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Circle lance Arc : BlackRock et DTCC valident, Washington reste sans loi

Circle a ouvert le 16 septembre son réseau Arc, dont les validateurs fondateurs sont BlackRock, DTCC, Visa, Mastercard et ICE. La chaîne porte déjà 642 millions de dollars d'USDC. La veille, le Sénat américain avait refusé d'ouvrir le débat sur la loi censée encadrer ces actifs.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Visualisation abstraite d'un réseau de règlement institutionnel : nœuds lumineux reliés par des lignes géométriques, en dégradé bleu et vert

Circle a mis en service le 16 septembre son réseau Arc, une blockchain publique dont la sécurité repose sur onze institutions financières recrutées comme validateurs fondateurs. La liste réunit BlackRock, le dépositaire central américain DTCC, l'opérateur boursier ICE, Mastercard, Visa, Standard Chartered, Galaxy, MoneyGram, SBI Group, Sumitomo Corporation et Worldpay, passé sous le contrôle de Global Payments. Circle opère le douzième nœud.

Le calendrier donne à l'opération une résonance particulière. La veille, le Sénat américain avait refusé par 49 voix contre 50 d'ouvrir le débat sur le texte censé répartir la surveillance des actifs numériques entre les deux régulateurs de marché du pays. L'infrastructure privée prend donc de l'avance sur le cadre légal appelé à la régir.

Les teneurs de la plomberie financière deviennent opérateurs de réseau

Un validateur produit les blocs, ordonne les transactions et rend leur inscription définitive. Circle souligne que ces institutions participeront au fonctionnement même du réseau, selon un déploiement du groupe fondateur organisé par étapes.

Le poids de ces signatures se mesure aux bilans qu'elles portent. DTCC déclare conserver 114 000 milliards de dollars de titres actifs au troisième trimestre 2026. ICE exploite le New York Stock Exchange. Visa et Mastercard opèrent les deux principaux réseaux de cartes de la planète. La nouveauté tient à leur position dans la pile technique : ces groupes interviennent au niveau du consensus, là où les partenariats bancaires précédents s'arrêtaient à la couche applicative.

Sur le plan technique, Arc facture ses frais en USDC, ce qui dispense l'utilisateur de détenir un jeton volatil pour payer une transaction. Circle annonce une finalité inférieure à la seconde, la compatibilité avec la machine virtuelle Ethereum et la prise en charge de signatures résistantes au calcul quantique. Un mode de confidentialité optionnel reste en développement. Le réseau de test a traité plus de 700 millions de transactions en moins d'un an, et plus de cent applications étaient disponibles dès l'ouverture.

« Arc est le lancement le plus important de l'histoire de Circle depuis l'USDC lui-même », a déclaré Jeremy Allaire, cofondateur, président et directeur général de l'entreprise, qui décrit un système d'exploitation économique « ouvert, neutre et toujours actif », conçu pour un monde où les machines transigent au même titre que les personnes.

Une chaîne publique à liste de validateurs fermée

Arc démarre sous un régime de preuve d'autorité, où seuls des acteurs agréés produisent les blocs. Circle évoque une trajectoire vers la preuve d'enjeu, dans laquelle la participation s'acquiert par immobilisation de capital, et situe cette éventuelle bascule à l'horizon 2027. L'émetteur a procédé cette semaine aux États-Unis à la création initiale du jeton ARC, soit 10 milliards d'unités, en précisant que cette émission technique ne vaut pas engagement de le rendre public. Les frais de réseau restent payables en USDC.

Cette architecture nourrit la critique principale adressée au projet. Pour Nolan Pratt, qui analysait le lancement pour Forkast le 16 septembre, Arc ne constitue pas un réseau décentralisé au sens traditionnel mais un environnement à permissions, où l'ensemble des validateurs tient lieu de garantie réglementaire et commerciale. Lorsque Circle avait dévoilé le projet en août 2025, Adam Cochran, associé chez Cinneamhain Ventures, y voyait une chaîne de consortium composée de validateurs privés approuvés à l'avance.

Les défenseurs du modèle assument l'arbitrage. Robbie Mitchnick, responsable mondial des actifs numériques chez BlackRock, estime que les blockchains conçues pour un usage précis peuvent accélérer l'adoption et juge Arc bien positionnée sur les paiements et les stablecoins. Michael Blaugrund, vice-président chargé des initiatives stratégiques chez ICE, met en avant des frais prévisibles et un règlement instantané qui répondent à des points de friction remontés par la clientèle institutionnelle.

Arc porte déjà 642 millions de dollars d'USDC

Arc portait 642 millions de dollars d'USDC le 17 septembre, selon les données publiées en continu par Circle. Sur les trente-neuf réseaux où l'émetteur déclare son jeton, ce montant place la nouvelle chaîne au sixième rang, devant Polygon et ses 620 millions, très loin derrière Ethereum et ses 50,3 milliards. L'encours total d'USDC atteint 73,9 milliards de dollars.

Le contraste avec la devise européenne est net. L'EURC, le jeton en euros du même émetteur, plafonne à 412 millions d'euros toutes chaînes confondues, soit moins de 0,6 % de l'encours en dollars. Sur Arc, il ne pèse que 6,1 millions d'euros. L'essentiel des montants qui circulent sur ces rails reste libellé en dollars.

L'action Circle a réagi à la hausse. Le titre cotait 84,63 dollars le 17 septembre en milieu de séance à New York, en hausse de 5,20 % sur une clôture précédente à 80,45 dollars, pour une capitalisation de 21,5 milliards de dollars. Le titre reste à près de 47 % sous son plus haut des cinquante-deux dernières semaines, inscrit à 159,47 dollars. Le bitcoin évoluait dans le même temps à 76 614 dollars et l'ether à 2 459,89 dollars.

Washington légifère à contretemps

Le vote du 15 septembre portait sur une motion de clôture, la procédure qui ouvre le débat au Sénat. Il fallait 60 voix, le texte en a réuni 49 contre 50. Quatre sénateurs républicains ont voté contre : Susan Collins, Josh Hawley, Jerry Moran et Thom Tillis, ce dernier pour des raisons de procédure, afin de préserver la possibilité d'un nouveau scrutin. Le projet, référencé H.R. 3633, confiait les titres à la Securities and Exchange Commission et les matières premières numériques à la Commodity Futures Trading Commission. Il interdisait par ailleurs à la Réserve fédérale d'émettre une monnaie numérique de banque centrale.

Le blocage tient à un désaccord sur les règles déontologiques applicables aux responsables publics détenant des actifs numériques. Le sénateur Mark Warner a justifié son opposition par l'absence de traitement de ce conflit d'intérêts, qui rendait selon lui impossible son soutien à la poursuite de la procédure. Sa collègue Cynthia Lummis avait plaidé l'inverse juste avant le scrutin.

Le régulateur boursier américain, lui, avance. La SEC réunit ce 17 septembre à son siège de Washington une table ronde consacrée à la préparation d'un marché actions ouvert vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Vingt-sept intervenants se répartissent sur trois panels, parmi lesquels BlackRock, Nasdaq, le NYSE, DTCC, Citadel Securities, State Street, Jane Street et BNP Paribas. Les autorités américaines travaillent ainsi sur les conséquences opérationnelles d'un marché permanent pendant que le Congrès échoue à en fixer le socle juridique.

L'Europe avance sur une voie séparée

Le calendrier européen répond à une autre logique. La Banque centrale européenne prévoit la mise en service initiale de Pontes au troisième trimestre 2026, selon sa propre documentation. Ce dispositif relie les plateformes de marché fonctionnant en registre distribué aux services TARGET, afin que le règlement en monnaie de banque centrale reste possible sur des titres tokenisés. Le protocole Hash-Link synchronise la livraison des titres et le paiement.

La France a organisé sa propre réflexion. L'AMF, la Banque de France et la direction générale du Trésor ont lancé le 12 mars 2026 un groupe stratégique de place dédié à l'innovation et à la tokenisation de la finance. Il est piloté par Denis Beau, premier sous-gouverneur de la Banque de France, Christophe Bories pour le Trésor et Sébastien Raspiller, secrétaire général de l'AMF. Treize institutions y participent, dont BNP Paribas, Société Générale, Crédit Agricole, Euronext et Euroclear. Ses chantiers couvrent la tokenisation des titres de créances négociables à court terme, les fonds tokenisés et l'articulation avec la monnaie de banque centrale de gros.

Société Générale figure d'ailleurs parmi les banques mondiales recensées par Circle comme actives sur Arc ou en phase d'exploration, aux côtés de BNY, HSBC, State Street, Standard Chartered et BTG Pactual. Sa filiale Forge émet l'EURCV, un stablecoin en euros conforme au règlement MiCA et adossé à un agrément d'établissement de monnaie électronique délivré par l'ACPR.

Quel effet pour un épargnant français ?

Aucun de ces chantiers ne modifie aujourd'hui la fiscalité ni la disponibilité des placements accessibles depuis un contrat d'assurance vie ou un compte-titres. L'effet attendu porte sur la mécanique de règlement : des délais raccourcis, une circulation continue des liquidités et, à terme, des fonds monétaires ou obligataires dont les parts s'échangeraient sans interruption.

Deux points méritent surveillance. Le premier concerne le risque de contrepartie : la sécurité d'Arc repose sur la réputation et la solidité de douze institutions identifiées, qui contrôlent ensemble la production des blocs. Le second concerne la devise : tant que l'encours en euros représente moins d'un centième de l'encours en dollars, un basculement massif de l'épargne vers ces rails accroîtrait l'exposition au billet vert.

Les échéances à surveiller

  • La montée en charge effective des onze validateurs fondateurs, dont le déploiement se fera par étapes.
  • Le passage vers la preuve d'enjeu, que Circle présente comme une hypothèse de travail à l'horizon 2027.
  • La mise en service de Pontes par la BCE, prévue au troisième trimestre 2026.
  • Les conclusions du groupe stratégique de place français sur la tokenisation.
  • Une éventuelle reprise du texte américain répartissant les compétences entre SEC et CFTC.
  • L'évolution de l'encours d'EURC, aujourd'hui marginal face à son équivalent en dollars.

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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