Goldman Sachs publie lundi ses résultats T1 2026 : le retour de la « Fee Machine »
Goldman Sachs ouvre la saison des résultats bancaires le 13 avril avec un BPA attendu à 16,48 $ (+16,7 %). La banque mise tout sur ses commissions de conseil et de trading, après avoir soldé son aventure dans la banque de détail.

Lundi 13 avril avant l'ouverture de Wall Street, Goldman Sachs dévoilera ses comptes du premier trimestre 2026. Cette publication revêt une importance particulière : elle constitue le premier véritable test, pour l'ensemble du secteur bancaire américain, de la résilience des revenus face au choc géopolitique déclenché par le conflit iranien fin février. Les analystes tablent sur un bénéfice par action (BPA) compris entre 16,14 et 16,48 dollars, soit une progression de 16,7 % sur un an, portée par un chiffre d'affaires estimé à 17 milliards de dollars (+12,9 %).
La « Fee Machine » : un recentrage stratégique assumé
Depuis deux ans, le PDG David Solomon orchestre un repositionnement radical. Goldman Sachs s'est séparé de son portefeuille de prêts personnels Marcus, a transféré le programme Apple Card à JPMorgan Chase et a réduit de près de 48 % les revenus de sa division Platform Solutions au quatrième trimestre 2025. L'objectif : redevenir un pure player de la banque d'investissement et du trading institutionnel. Solomon résume cette ambition par une formule désormais célèbre en interne, la « Fee Machine ».
Les premiers résultats sont tangibles. Au quatrième trimestre 2025, les commissions de banque d'investissement atteignaient 2,58 milliards de dollars (+25 % sur un an), tandis que les revenus de trading actions signaient un record historique à 4,31 milliards. Le carnet de commandes en conseil (advisory backlog) a atteint en janvier 2026 son plus haut niveau depuis quatre ans.
Commissions de conseil : la barre des 2,6 milliards en vue
Pour ce premier trimestre, les analystes projettent des commissions de banque d'investissement à environ 2,42 milliards de dollars, en hausse de 26 % sur un an. Le consensus Zacks place même les revenus de cette division à 2,6 milliards (+33,1 %). Plusieurs facteurs alimentent cet optimisme.
Le volume mondial de fusions et acquisitions a connu un démarrage record au premier trimestre 2026, avec plus de 1 300 milliards de dollars de transactions. Vingt-quatre méga-opérations dépassant les 10 milliards ont été conclues, accompagnées de quarante transactions supérieures à 5 milliards, selon Reuters. L'assouplissement de la politique antitrust sous l'administration Trump facilite ces rapprochements géants, tandis que 3 000 à 4 300 milliards de dollars de « dry powder » en capital investissement attendent d'être déployés.
Les moteurs de l'activité transactionnelle
La consolidation dans l'intelligence artificielle domine les opérations. Les entreprises cherchent à acquérir des capacités en IA plutôt qu'à les développer en interne. Le secteur pharmaceutique, confronté à une « falaise de brevets » estimée à 200 milliards de dollars, génère également un flux soutenu d'acquisitions. L'énergie et les infrastructures complètent le tableau, portées par les fusions Devon/Coterra et BlackRock GIP/AES.
Trading : la volatilité comme alliée
Les desks de trading de Goldman Sachs sont positionnés pour profiter d'un trimestre marqué par des mouvements de marché exceptionnels. Les analystes anticipent un chiffre d'affaires trading de l'ordre de 10 milliards de dollars sur le trimestre, réparti entre les revenus FICC (obligations, devises et matières premières) à 5,02 milliards et les revenus actions à 5 milliards (+19,2 % sur un an).
La fermeture du détroit d'Ormuz fin février a propulsé le baril de Brent au delà de 110 dollars, tandis que l'or a franchi les 4 750 dollars l'once. Ces dislocations de marché, combinées à la volatilité des bons du Trésor américain (le rendement à 10 ans a chuté de 9 points de base à 4,25 % après le cessez le feu du 8 avril), constituent un terrain fertile pour les activités de market making.
« Les revenus de financement FICC et actions ont atteint 11,4 milliards de dollars en 2025, un record, avec un taux de croissance annuel composé de 17 % depuis 2021 » a rappelé David Solomon lors de la présentation des résultats annuels.
Le supercycle des introductions en Bourse
Au premier trimestre 2026, 127 dossiers d'introduction en Bourse ont été déposés aux États-Unis, le volume le plus élevé depuis trois ans. Goldman Sachs, co-leader mondial de l'ECM (Equity Capital Markets), se trouve au cœur de ce renouveau. Trois opérations historiques se profilent dans les prochains mois.
SpaceX a déposé confidentiellement un dossier d'introduction pour juin 2026, visant une valorisation de 1 750 milliards de dollars qui en ferait le plus grand début boursier de l'histoire. OpenAI, après avoir bouclé le 31 mars une levée de 122 milliards de dollars à une valorisation de 852 milliards, cible une IPO au quatrième trimestre. Anthropic préparerait une cotation à une valorisation comprise entre 400 et 500 milliards de dollars. Ces trois opérations à elles seules pourraient éclipser l'ensemble des introductions depuis l'an 2000.
Un risque d'éviction pour les autres candidats
Certains observateurs s'inquiètent toutefois d'un effet d'aspiration : ces méga-IPO pourraient « absorber l'essentiel des capitaux et de l'attention », selon Fortune, retardant les cotations de dizaines de licornes SaaS et IA en attente. Databricks, valorisée à 134 milliards après une levée de 4 milliards en décembre, reste en embuscade.
Le revers de la médaille : les vents contraires géopolitiques
Le trimestre se découpe en deux séquences distinctes. Janvier et février ont bénéficié d'un environnement favorable aux transactions. Puis l'opération « Epic Fury » et la fermeture du détroit d'Ormuz ont gelé nombre de dossiers en cours. Les transactions transfrontalières dans les secteurs de la consommation et de l'industrie ont été reportées, les conseils d'administration adoptant une posture attentiste face à l'incertitude.
Jamie Dimon, le patron de JPMorgan Chase, a qualifié l'inflation actuelle de « mouffette de la fête », un convive indésirable qui menace de s'incruster. La Réserve fédérale a relevé ses prévisions d'inflation PCE à 2,7 % pour 2026, enterrant tout espoir de baisse des taux au premier semestre. Pour Goldman Sachs, dont l'exposition au crédit à la consommation reste limitée après la cession de Marcus, ce contexte est paradoxalement favorable : la volatilité nourrit les revenus de trading, tandis que le gel temporaire des transactions constitue un report d'activité plutôt qu'une destruction de valeur.
Valorisation et positionnement par rapport aux concurrents
L'action Goldman Sachs se négocie à environ 907 dollars, en repli de 3,7 % depuis le 1er janvier, une performance nettement supérieure à la moyenne du secteur bancaire (recul de 8,6 %). JPMorgan a perdu 8,7 % et Morgan Stanley 7,3 % sur la même période. Le ratio cours/bénéfice prévisionnel de Goldman s'établit à 16,98 fois, une prime par rapport à la moyenne du secteur (15,13 fois) et à JPMorgan (13,95 fois).
Le consensus des 26 analystes qui couvrent le titre affiche un objectif de cours moyen de 969 dollars, soit un potentiel de hausse de près de 16 %. Sur les quatre derniers trimestres, Goldman a systématiquement dépassé les prévisions de bénéfices avec une surprise moyenne de +14,02 %. Le modèle Zacks anticipe un nouveau dépassement avec un « Earnings Surprise Probability » de +1,48 %.
Ce que les investisseurs doivent surveiller lundi
Plusieurs indicateurs clés méritent une attention particulière lors de la publication de lundi matin.
- Revenus d'investment banking : le seuil de 2,5 milliards de dollars constituerait un signal fort pour l'ensemble du secteur du conseil en fusions et acquisitions.
- Revenus de trading : un dépassement de la barre des 10 milliards confirmerait la capacité de Goldman à monétiser la volatilité géopolitique.
- Objectif de ROTCE à 16 % : le retour sur fonds propres tangibles est la métrique favorite de David Solomon pour mesurer le succès de sa stratégie de recentrage.
- Commentary sur le pipeline M&A : le ton de la direction sur l'impact du cessez le feu iranien et la reprise des transactions sera scruté par les marchés.
- Provisions pour pertes de crédit : bien que l'exposition soit réduite, toute détérioration signalerait un stress plus large dans le système financier.
Goldman Sachs ouvre une semaine décisive pour les marchés, qui verra aussi JPMorgan, Wells Fargo et Citigroup publier mardi 14, puis Bank of America mercredi 15. Côté européen, LVMH lance la saison des résultats du luxe le même jour, suivi de Kering et d'Hermès. Les investisseurs recevront également les données d'inflation à la production (PPI) mardi, complétant un tableau dense qui pourrait redéfinir les attentes pour le reste de l'année.
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