Macroéconomie

Anticipations d'inflation : les ménages de la zone euro repassent sous 3 %

Les ménages de la zone euro anticipent 2,9 % d'inflation sur un an, contre 3,0 % en juin, selon l'enquête BCE publiée le 21 août 2026. Troisième recul consécutif, alors que l'inflation réalisée atteint 2,9 % en juillet. Les anticipations à cinq ans restent ancrées à 2,4 %.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Illustration abstraite du reflux des anticipations d'inflation dans la zone euro, formes institutionnelles européennes et ondes concentriques apaisées

Les ménages de la zone euro anticipent 2,9 % d'inflation pour les douze prochains mois, contre 3,0 % en juin. L'enquête sur les anticipations des consommateurs (CES, Consumer Expectations Survey), publiée le 21 août 2026 par la Banque centrale européenne (BCE), enregistre ainsi un troisième recul mensuel consécutif de cet indicateur, revenu sous le seuil de 3 % pour la première fois depuis février 2026.

Le reflux dépasse le seul horizon court. Les anticipations à trois ans reviennent à 2,7 %, après 2,8 % en juin. Celles à cinq ans restent stables à 2,4 %, niveau inchangé depuis mars. La perception de l'inflation passée sur douze mois recule également, à 3,5 % contre 3,6 %. L'enquête a été conduite entre le 2 et le 27 juillet 2026 auprès d'environ 19 000 consommateurs de onze pays de la zone euro.

Trois mois de reflux après le choc de mars

La trajectoire de 2026 se lit en deux temps. Les anticipations à un an s'établissaient à 2,6 % en janvier puis 2,5 % en février. En mars, elles bondissent à 4,0 %, sous l'effet du choc énergétique déclenché par la guerre au Moyen-Orient, selon la terminologie retenue par la BCE dans ses publications. Le niveau se maintient à 4,0 % en avril.

Le repli s'engage ensuite sans interruption : 3,5 % en mai, 3,0 % en juin, 2,9 % en juillet. En trois relevés, les ménages ont effacé 1,1 point de leurs anticipations et sont revenus à 0,4 point du point bas de février. L'horizon à trois ans suit le même chemin, culminant à 3,0 % en mars avant de redescendre à 2,7 %.

L'ancrage à long terme n'a pas cédé

La mesure à cinq ans constitue le véritable enjeu pour une banque centrale, parce qu'elle indique si les agents continuent de croire à la cible de 2 %. Cet indicateur est passé de 2,3 % en février à 2,4 % en mars, puis n'a plus bougé pendant cinq mois. Un choc énergétique de grande ampleur s'est donc traduit par un déplacement de 0,1 point seulement des anticipations de long terme.

Ce résultat répond directement à l'inquiétude exprimée par Isabel Schnabel, membre du directoire de la BCE, dans un entretien accordé à Reuters le 21 mai 2026. Elle y relevait un mouvement préoccupant dans cette même enquête.

« Ce qui est plus inquiétant, c'est que dans notre enquête sur les anticipations des consommateurs, les anticipations d'inflation ont aussi augmenté à moyen terme et la distribution des anticipations s'est déplacée vers la droite. Cela a souvent été interprété comme un indicateur précoce d'une montée du risque de désancrage des anticipations d'inflation. Cela doit être surveillé de très près. »

Isabel Schnabel, membre du directoire de la BCE, entretien avec Reuters publié le 26 mai 2026

Le désancrage désigne la situation où les ménages et les entreprises cessent de croire au retour de l'inflation vers la cible et calent leurs comportements de prix et de salaires sur des niveaux durablement supérieurs. Les chiffres de juillet vont en sens inverse de ce scénario : la queue droite de la distribution s'est résorbée sur les horizons trois et cinq ans, tandis que l'incertitude entourant les anticipations à un an est restée inchangée, tout en demeurant supérieure à son niveau d'avant le conflit.

L'inflation réalisée poursuit pourtant sa hausse

Le contraste avec les prix constatés reste marqué. Eurostat a confirmé le 19 août 2026 une inflation annuelle de 2,9 % en juillet dans la zone euro, après 2,8 % en juin et 2,0 % un an plus tôt. L'énergie affiche une progression de 10,3 % sur un an, contre 8,5 % en juin, et les services accélèrent à 3,3 %. L'alimentation, l'alcool et le tabac ralentissent à 1,2 %, les biens industriels hors énergie remontent à 0,9 %.

Les écarts nationaux restent larges : 2,4 % en France, 2,8 % en Allemagne, 2,9 % en Italie et 3,9 % en Espagne. La Roumanie affiche le taux le plus élevé de l'Union à 8,2 %, la Suède le plus bas à 0,3 %. Les ménages abaissent donc leurs anticipations au moment même où le choc énergétique continue d'alimenter l'indice, ce qui suggère qu'ils traitent la hausse des prix de l'énergie comme un phénomène transitoire.

Revenus, logement et accès au crédit

Les autres composantes de l'enquête dessinent un tableau plus nuancé. Les anticipations de croissance du revenu nominal sur douze mois reviennent à 1,0 %, après 1,1 % en juin, soit un rythme très inférieur à l'inflation attendue. La croissance perçue des dépenses sur les douze mois écoulés reste à 5,1 % et celle attendue pour l'année à venir à 3,6 %, deux niveaux stables.

Sur le logement, les consommateurs tablent toujours sur une hausse de 3,4 % du prix de leur bien sur un an. Les anticipations de taux hypothécaires à douze mois refluent à 4,9 %, contre 5,0 % en juin. L'écart selon le revenu demeure substantiel : les ménages du quintile inférieur anticipent 5,7 % et ceux du quintile supérieur 4,4 %. La part des consommateurs déclarant avoir sollicité un crédit au cours des trois derniers mois est montée à 14,3 % en juillet, contre 13,4 % en avril.

Un marché du travail qui envoie un signal moins favorable

Les anticipations de croissance économique à douze mois s'améliorent, à moins 1,2 % après moins 1,4 % en juin, tout en restant nettement négatives. Le taux de chômage attendu dans un an demeure à 11,2 %, contre une perception du taux actuel à 10,6 %, ce que la BCE interprète comme la marque d'un marché du travail globalement stable.

Les données trimestrielles nuancent cette lecture. Les personnes sans emploi évaluent à 30,8 % leur probabilité de retrouver un poste dans les trois mois en juillet, contre 32,1 % en avril. Les salariés en poste estiment à 9,8 % leur probabilité de perdre leur emploi sur le même horizon, après 8,8 % en avril. Les ménages modestes anticipent un chômage de 13,5 %, contre 9,4 % pour les plus aisés.

Quel impact sur la décision du 10 septembre ?

La BCE a relevé ses trois taux directeurs de 25 points de base le 11 juin 2026, première hausse depuis 2023. Le taux de facilité de dépôt, qui pilote l'orientation monétaire, est passé à 2,25 % avec effet au 17 juin, le taux des opérations principales de refinancement à 2,40 % et celui de la facilité de prêt marginal à 2,65 %. Le Conseil des gouverneurs a maintenu ces niveaux le 23 juillet.

Christine Lagarde justifiait ainsi la hausse de juin lors de sa conférence de presse.

« Le Conseil des gouverneurs s'engage à orienter la politique monétaire de manière à ce que l'inflation se stabilise à notre cible de deux pour cent à moyen terme. Conformément à cet engagement, nous avons décidé aujourd'hui de relever les trois taux d'intérêt directeurs de la BCE de 25 points de base. »

Christine Lagarde, présidente de la BCE, conférence de presse du 11 juin 2026

Les projections des services de l'Eurosystème de juin retiennent une inflation moyenne de 3,0 % en 2026, 2,3 % en 2027 et 2,0 % en 2028, avec une croissance de 0,8 %, 1,2 % puis 1,5 %. Les prévisionnistes professionnels interrogés par la BCE début juillet retiennent des chiffres plus bas : 2,7 % en 2026, 2,2 % en 2027 et 2,0 % en 2028, avec une croissance ramenée à 0,6 % cette année. Leurs anticipations de long terme, à l'horizon 2031, restent à 2,0 %.

Le canal salarial, que Isabel Schnabel désignait comme le troisième indicateur à surveiller, ne montre pas d'emballement. Le traqueur de salaires de la BCE, mis à jour le 29 juillet, ressort à 2,3 % pour 2026 et 2,7 % pour le premier trimestre 2027, une progression jugée stable par l'institution. Les effets de second tour, c'est à dire la répercussion d'un choc de prix initial sur les salaires puis sur les prix finaux, demeurent donc contenus à ce stade.

Deux lectures s'opposent au sein du Conseil des gouverneurs. La première, portée par les partisans d'un resserrement supplémentaire, retient que l'inflation réalisée continue de progresser et que l'ampleur du choc énergétique interdit de l'ignorer. Isabel Schnabel résumait cette position en mai : « Compte tenu de l'ampleur et de la persistance du choc actuel, ignorer ce dernier n'est plus une option selon moi. » La seconde souligne que les anticipations refluent sur tous les horizons, que le canal salarial reste calme et que la croissance attendue demeure négative, ce qui plaide pour la patience. Les prochaines projections des services de l'Eurosystème seront publiées le 10 septembre 2026, à l'occasion de la prochaine réunion de politique monétaire. La BCE indique procéder réunion par réunion, sans s'engager sur une trajectoire de taux.

Ce que cela change pour l'épargnant français

Le sujet touche directement la rémunération de l'épargne réglementée. Le taux du Livret A a été porté à 1,7 % au 1er août 2026, en hausse de 0,2 point, tout comme celui du livret de développement durable et solidaire (LDDS). Le LEP (livret d'épargne populaire), réservé aux ménages sous conditions de ressources, reste rémunéré à 2,5 %.

Rapportée à l'inflation harmonisée française de juillet, à 2,4 %, la rémunération du Livret A ressort négative en termes réels d'environ 0,7 point sur un an. Le LEP repasse pour sa part légèrement au dessus de ce seuil. Roland Lescure a présenté ainsi l'arbitrage au moment de l'annonce : « Face à l'inflation contenue mais réelle, et aux incertitudes liées à la crise au Moyen-Orient, j'ai décidé de relever le taux du Livret A à 1,7 % dès le 1er août 2026. Je tiens également à préserver un avantage marqué pour l'épargne des ménages les plus modestes avec un taux maintenu à 2,5 % pour le LEP. »

Si le reflux des anticipations se confirme et que l'inflation converge vers les 2,3 % projetés pour 2027, l'écart entre rendement nominal et hausse des prix se refermerait mécaniquement. Une reprise du choc énergétique produirait l'effet inverse et pèserait de nouveau sur le pouvoir d'achat des livrets, dont le taux n'est révisé que deux fois par an.

À surveiller dans les prochaines semaines

  • 10 septembre 2026 : publication des projections macroéconomiques des services de l'Eurosystème et décision du Conseil des gouverneurs.
  • 18 septembre 2026 : prochaine livraison de l'enquête CES, portant sur le mois d'août, qui dira si le reflux se prolonge pour un quatrième mois.
  • Prix de l'énergie : la composante énergétique progresse de 10,3 % sur un an et reste le premier moteur de l'écart entre inflation réalisée et anticipations.
  • Traqueur de salaires : la mise à jour de septembre étendra l'horizon au deuxième trimestre 2027 et précisera l'ampleur des effets de second tour.

Sources

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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