Macroéconomie

Moody's épargne la France : la note Aa3 maintenue, le répit reste fragile

L'agence Moody's a maintenu vendredi soir la note souveraine de la France à Aa3, avec une perspective négative, alors qu'une dégradation était jugée probable après une semaine de violences et de tensions sur la dette. La France emprunte toujours à plus de 5 % sur dix ans.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Le ministère de l'Économie et des Finances à Bercy vu depuis la Seine au crépuscule, alors que Moody's maintient la note Aa3 de la France

Une dégradation jugée probable qui n'a pas eu lieu

L'agence Moody's a maintenu vendredi 23 octobre en fin de soirée la note souveraine de la France à Aa3, avec une perspective négative, alors que la plupart des observateurs anticipaient un abaissement d'un cran vers A1. Le verdict est tombé peu avant 23 heures, heure de Paris, après la clôture des marchés européens. Il met un terme provisoire à une semaine marquée par des violences urbaines, un marché obligataire sous tension et un débat budgétaire difficile à l'Assemblée nationale.

La France conserve ainsi son dernier cran « double A » parmi les trois grandes agences américaines. Fitch et Standard & Poor's cotent déjà l'Hexagone A+, avec une perspective stable, depuis plus d'un an. Une dégradation de Moody's aurait aligné les trois notations et fragilisé davantage l'accès du pays aux marchés de la dette.

Une année sous surveillance étroite

Le maintien de vendredi prolonge une séquence déjà clémente. Le 24 octobre 2025, Moody's avait dégradé la perspective de la France à négative en énumérant trois conditions d'une future baisse : l'affaiblissement durable de la capacité des institutions législatives à relever les principaux défis de crédit, la difficulté persistante à réduire sensiblement le déficit budgétaire, ou une pause durable de la réforme des retraites. Le 10 avril 2026, l'agence avait confirmé la note malgré la suspension du chantier des retraites, en s'appuyant sur un déficit 2025 ramené à 5,1 % du produit intérieur brut, plus faible que sa prévision.

Les hypothèses posées par l'agence

Dans sa publication, Moody's indique tabler sur l'adoption d'un budget 2027 réduisant le déficit, ainsi que sur un apaisement des coûts de financement et des tensions sociales dans les mois qui viennent. La perspective négative signifie qu'une dégradation reste l'issue la plus probable si ces hypothèses ne se réalisent pas. Le calendrier parlementaire est serré : le projet de loi de financement de la Sécurité sociale a été rejeté en commission le 16 octobre, les députés ont renvoyé le même jour le texte portant la taxe Zucman, et l'élection présidentielle se profile à six mois.

Les marchés exigent déjà plus que les agences

Le répit survient sur un marché devenu intraitable. Le rendement de l'OAT à dix ans a franchi la barre des 5 % mercredi, une première depuis 2002, avant de culminer autour de 5,1 % jeudi puis de se stabiliser vers 5,04 % vendredi matin. L'écart de taux avec l'Allemagne a dépassé 170 points de base en fin de semaine, un niveau inédit depuis la crise de la dette de 2011, contre environ 70 points de base en début d'année.

Les fondamentaux ne prêtent pas à la complaisance : le déficit public devrait atteindre 5,4 % du PIB cette année, la dette culmine à 119 % du PIB avec une projection de 121,7 % en 2027, et la charge de la dette atteindra 91 milliards d'euros l'an prochain. L'Insee a par ailleurs abaissé sa prévision de croissance 2026 à 0,4 %, après un premier semestre proche de la récession.

À Paris, un soulagement affiché

« La décision déjoue les pronostics déclinistes », a réagi le Premier ministre Sébastien Lecornu sur X.

Le chef du gouvernement a salué « l'action des forces politiques qui, sans majorité, ont accepté d'ouvrir le débat sur le budget dans un calendrier normal », ajoutant que la France doit montrer aux prêteurs « qu'il existe un chemin ». La première présidente de la Cour des comptes, Amélie de Montchalin, avait alerté quelques jours plus tôt sur le risque d'un « étouffement financier » si la trajectoire de la dette n'était pas maîtrisée. Le ministre de l'Économie Roland Lescure voit de son côté dans la charge de la dette un « signal d'alarme ».

Les analystes restent sceptiques

La prudence domine chez les intervenants de marché : pour Ipek Ozkardeskaya, de Swissquote, « les turbulences françaises ne se sont pas encore transformées en une véritable crise de la dette européenne », mais « il convient de surveiller de près les écarts de taux, alors que les contestations se propagent à d'autres pays ». Avant le verdict, Nicolas Laine, de l'Institut Montaigne, jugeait un passage à A1 « très crédible », voire, dans un « scénario sévère », un abaissement assorti d'une perspective négative.

Même amputée d'un cran, la notation française resterait enviée : pour Éric Dor, directeur des études économiques de l'IESEG, elle serait même « encore surestimée » à ce niveau par rapport à l'Espagne et au Portugal, deux pays dont la situation budgétaire est pourtant plus saine et la dette repassée sous les 100 % du PIB.

Ce qu'il faut surveiller maintenant

  • Le verdict de Standard & Poor's attendu le 27 novembre, alors que sa perspective est stable : l'agence disposera d'une visibilité complète sur la capacité budgétaire de la France.
  • La suite du débat sur le budget 2027 à l'Assemblée nationale, où plusieurs milliards d'euros d'économies sont déjà contestés par les députés.
  • Le calendrier social : une manifestation est prévue samedi à Paris et la CGT appelle à une mobilisation le 5 novembre, après les violences des 17 et 18 octobre.
  • La réaction des marchés obligataires à la reprise, lundi, la décision étant tombée après la clôture de vendredi.

Les répercussions pour l'épargne des ménages

La note souveraine sert de référence à l'ensemble des taux longs français. Le maintien à Aa3 écarte une envolée immédiate des rendements, dont dépendent en partie les fixations des crédits immobiliers de longue durée et la valorisation des fonds obligataires logés dans les contrats d'assurance vie. La perspective négative entretient en revanche une prime de risque durable : les épargnants exposés aux marchés doivent s'attendre à des mouvements amples jusqu'à l'échéance de fin novembre.

Un sursis à transformer

En maintenant la note, Moody's accorde au gouvernement le temps qu'il demandait. La perspective négative rappelle que ce temps est compté, et que le prochain verdict, celui de Standard & Poor's, n'attend que cinq semaines.

Sources

  • Bloomberg, « France Avoids Moody's Downgrade in Reprieve After Week of Crisis », 23 octobre 2026 : lien
  • Le Parisien avec AFP, « L'agence Moody's maintient la note souveraine de la France à Aa3 avec perspective négative », 23 octobre 2026 : lien
  • BFM Business avec AFP, « Moody's annonce maintenir la note de la France avec perspective négative », 23 octobre 2026 : lien
  • TF1 Info, « Moody's : l'agence maintient la note souveraine de la France à Aa3 avec perspective négative », 23 octobre 2026 : lien
  • Europe 1, « Dette française : pas de dégradation de la note chez Moody's mais la pression reste forte », 23 octobre 2026 : lien
  • Challenges avec AFP, « Un abaissement de la note de Moody's paraît très crédible », 23 octobre 2026 : lien
  • Europe 1, « Émeutes, dette publique, budget... Après Fitch et S&P, l'agence Moody's va-t-elle dégrader la note de la France ? », 23 octobre 2026 : lien
  • Le Parisien, « Il serait incompréhensible que la note ne bouge pas : la crédibilité de la France déjà atteinte », 23 octobre 2026 : lien
  • Reuters, « Unrest-hit France poised for Moody's ratings verdict », 23 octobre 2026
  • Boursorama avec AFP, « Le rendement de l'OAT à dix ans grimpe à 5,14 % », 22 octobre 2026
  • L'Agefi, « Le spread OAT Bund approche de son pic de 2011 », 22 octobre 2026
  • MarketWatch, « France is getting its credit rating reviewed », 23 octobre 2026

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.