Analyse de données

Centres de données : BofA voit les dépenses mondiales doubler à 2 100 milliards de dollars en 2028

Bank of America Global Research prévoit 1 000 milliards de dollars de dépenses mondiales en centres de données en 2026, puis 2 100 milliards en 2028, portées par l'IA. Les serveurs pèsent 31,4 millions de dollars sur un coût de 49 millions par mégawatt.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Campus de centres de données vu du ciel avec ses ventilateurs en toiture et son poste électrique, alors que BofA prévoit 2 100 milliards de dollars de dépenses en 2028

Bank of America Global Research estime que les dépenses mondiales consacrées aux centres de données atteindront 1 000 milliards de dollars en 2026, puis 2 100 milliards de dollars en 2028. La banque américaine a publié cette projection dans une note diffusée vendredi 23 octobre 2026. Elle attribue cette accélération à la demande et au développement des services d'intelligence artificielle (IA). Au cours de change de référence de la BCE du jour (1,1193 dollar pour un euro), le montant de 2028 représente environ 1 876 milliards d'euros.

Une enveloppe multipliée par huit en six ans

La trajectoire publiée par BofA part de 275 milliards de dollars en 2022. Le passage à 1 000 milliards en 2026 correspond à un quasi quadruplement en quatre ans. Le doublement attendu entre 2026 et 2028 suppose une croissance moyenne proche de 45 % par an sur deux exercices.

La banque prolonge sa projection jusqu'en 2030, avec un total de 2 930 milliards de dollars. Le rythme annuel moyen retomberait alors autour de 18 % entre 2028 et 2030. Le pic de croissance se situerait sur les deux prochaines années.

Le coût d'un mégawatt, poste par poste

BofA chiffre le coût total de construction d'un centre de données à environ 49 millions de dollars par mégawatt de capacité. Les équipements informatiques en représentent 78 %. Les serveurs pèsent à eux seuls 31,4 millions de dollars par mégawatt, et le réseau 4,8 millions.

Les « néoclouds », ces opérateurs spécialisés qui louent de la puissance de calcul dédiée à l'IA, coûteraient davantage. La banque les évalue à près de 57 millions de dollars par mégawatt, car ils concentrent plus de puces dans un espace réduit. Elle anticipe une hausse de leur nombre.

Les autres composants du site, comme les transformateurs, les groupes électrogènes et les refroidisseurs, se situent pour beaucoup entre 100 000 dollars et 1,1 million de dollars par mégawatt. BofA y voit la raison pour laquelle les fabricants de puces et de serveurs ont capté l'essentiel des premiers gains du cycle.

Un scénario cohérent avec les dernières notes de la banque

Cette estimation prolonge une série de relèvements. Le 30 septembre 2026, l'analyste spécialiste des semiconducteurs de BofA, Vivek Arya, a porté son estimation du marché des systèmes pour centres de données IA à 2 200 milliards de dollars sur 2026 à 2030, avec une progression de 40 % par an, contre 1 800 milliards et 33 % auparavant.

« L'adoption des outils agentiques par les particuliers et les entreprises, la concurrence entre laboratoires d'IA publics et privés et l'offre limitée de puces maintiendront probablement les dépenses en IA à un niveau soutenu pendant plusieurs années. »

Vivek Arya, analyste chez BofA Global Research, note du 30 septembre 2026 (traduction)

Morgan Stanley avait pour sa part chiffré en juillet 2025 à environ 2 900 milliards de dollars les investissements cumulés dans les centres de données mondiaux jusqu'à fin 2028. La banque y voyait un besoin de financement externe de 1 500 milliards de dollars, supérieur à ce que les flux de trésorerie des grands fournisseurs de cloud peuvent couvrir.

Les risques d'un cycle d'investissement

La structure de coûts que décrit BofA porte sa principale fragilité. Un opérateur peut reporter l'achat d'une nouvelle génération de serveurs en quelques mois. Le raccordement électrique, le refroidissement et le bâtiment engagent au contraire des chantiers longs et difficiles à interrompre.

Si les attentes de demande en IA se tassent et que les ajouts de capacité marquent une pause, le recul des bénéfices toucherait d'abord les fournisseurs de puces et de serveurs. Les industriels qui vendent les équipements électriques et thermiques, aux montants unitaires plus faibles, seraient moins exposés. Le financement reste l'autre inconnue : le chiffrage de Morgan Stanley montre qu'une part croissante de ces chantiers dépend du crédit privé, des émissions obligataires et de la titrisation.

La place de la France dans cette course

La France s'est positionnée sur ce marché lors du Sommet pour l'action sur l'IA de février 2025. Emmanuel Macron y avait annoncé un montant d'engagements privés, en majorité orientés vers des capacités de calcul et des centres de données.

« On a obtenu 109 milliards d'euros d'investissements privés français et étrangers pour l'IA en France. »

Emmanuel Macron, président de la République, 11 février 2025

Rapporté aux projections de BofA, ce montant pluriannuel équivaut à un peu plus d'un mois de dépenses mondiales au rythme attendu pour 2028.

Quelles conséquences pour un épargnant ?

Pour un investisseur particulier, l'exposition à ce cycle passe surtout par trois canaux : les actions de fabricants de semiconducteurs et de serveurs, les foncières cotées spécialisées dans les centres de données et les fournisseurs d'équipements électriques. Les fonds indiciels thématiques regroupent souvent plusieurs de ces familles.

BofA souligne que ces segments ne réagissent pas de la même façon à un ralentissement. Les valeurs de matériel informatique concentrent la croissance attendue et la plus forte sensibilité à un report des commandes. Les actifs liés à l'infrastructure physique (énergie, refroidissement, immobilier) dépendent de contrats plus longs.

Les prochaines échéances

Les publications trimestrielles des grands fournisseurs de cloud américains, attendues à partir de la fin octobre, diront si leurs budgets d'investissement suivent la trajectoire décrite par BofA. Leurs prévisions de dépenses pour 2027 constitueront le premier test du doublement annoncé pour 2028.

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.