Ormuz : la perspective d'un accord fait tomber le Brent sous 80 dollars
Le secrétaire au Trésor Scott Bessent évoque un accord imminent sur la réouverture du détroit d'Ormuz. Le Brent est retombé à 79,22 dollars le 6 août, l'or a bondi à 4 222 dollars et les marchés ont divisé par deux leurs paris sur un resserrement de la Fed.
Une phrase du secrétaire américain au Trésor a suffi à retourner trois marchés en même temps. Interrogé sur CNBC le mardi 4 août 2026, Scott Bessent a déclaré qu'un accord sur la réouverture du détroit d'Ormuz pouvait intervenir « aujourd'hui ou demain ». Le baril de Brent, qui s'échangeait au dessus de 100 dollars à la fin du mois de juillet, est retombé à 79,22 dollars le 6 août. L'or a suivi le chemin inverse, jusqu'à 4 222 dollars l'once. Et les opérateurs ont divisé par deux leurs anticipations de resserrement monétaire américain.
Pour un épargnant de la zone euro, cet enchaînement compte davantage que la géopolitique elle même. Le pétrole a été depuis février le moteur de l'inflation importée qui a contraint la Banque centrale européenne à relever ses taux pour la première fois depuis 2023. Sa décrue rebat les cartes d'un calendrier monétaire que les marchés tenaient pour acquis.
Ce que Washington a dit, ce que Téhéran dément
« Nous sommes en discussion avec les Iraniens », a expliqué Scott Bessent sur l'antenne de « Squawk Box ». « Il y a une chance que nous ayons un accord aujourd'hui ou demain pour ouvrir le détroit et aller vers une position plus normalisée dans ce conflit. » Interrogé sur la possibilité que Téhéran perçoive un péage sur le passage, le secrétaire au Trésor a répondu que l'accord garantirait la liberté de circulation.
Ces propos ont suivi ceux de Donald Trump, qui avait averti la veille depuis le Bureau ovale que cette série de négociations constituait la « dernière chance » de mettre fin à un conflit vieux de cinq mois. « C'est une dernière chance pour eux de signer un bon document », a déclaré le président américain, qui a par ailleurs qualifié les dirigeants iraniens de « incroyablement fourbes » dans un message publié sur Truth Social.
La partie iranienne oppose un démenti constant. Téhéran nie que des négociations directes avec les États-Unis soient en cours ou programmées. Le président iranien Masoud Pezeshkian a indiqué mardi que son pays continuerait de défendre ses frontières tout en assurant ne pas rechercher une extension du conflit, selon les médias d'État. Un canal existe pourtant : le porte parole du ministère qatari des Affaires étrangères, Majed Al Ansari, a confirmé que ses diplomates travaillaient avec le Pakistan et Oman à faire circuler des projets de texte entre les deux capitales.
Cet écart entre l'optimisme américain et le silence iranien explique la nervosité des cours. Le mardi 4 août, le pétrole avait d'abord grimpé jusqu'à 3 % avant de s'effondrer après l'entretien de Scott Bessent et la confirmation qatarie.
Un point de passage qui vaut un cinquième du pétrole mondial
Le détroit d'Ormuz concentre environ 20 % de la consommation mondiale de produits pétroliers, soit près du quart du commerce maritime de brut. Aucun autre goulet d'étranglement de la planète ne pèse autant. Les forces iraniennes ont déclaré le détroit fermé le 4 mars 2026, avant de mettre leur menace à exécution en visant les navires qui tentaient de le franchir. Le trafic des pétroliers s'est effondré, les armateurs ayant suspendu leurs transits.
La Réserve fédérale de Dallas a chiffré ce que représente une telle fermeture : retirer près de 20 % de l'offre mondiale ampute la croissance du produit intérieur brut mondial de 2,9 points de pourcentage en rythme annualisé sur un trimestre. C'est l'ordre de grandeur d'un choc récessif, et c'est la raison pour laquelle une simple perspective de réouverture déplace autant les cours.
La séquence de baisse a été brutale. Le lundi 3 août, le Brent perdait plus de 7 % en séance avant de terminer autour de 83,51 dollars. Le 4 août, nouvelle chute de 5,3 %. Le 5 août, le baril reculait encore pour s'établir autour de 80 dollars, avant de toucher 79,22 dollars le 6 août. Le WTI américain suivait, autour de 76 dollars.
« Si nous obtenons quelque chose de concret sur un accord de paix, ou plus important encore sur la réouverture du détroit d'Ormuz, alors nous pourrions voir de solides rallyes de soulagement sur l'ensemble des marchés. »
Nick Twidale, chef analyste de marché chez AT Global Markets
Kyle Rodda, analyste senior des marchés financiers chez capital.com, résumait de son côté la mécanique du lundi : « Les vendredis sont faits pour se battre mais les lundis sont faits pour les marchés dans le monde de Trump, les cours du brut ouvrant en forte baisse. »
La chaîne de transmission vers les taux
Le mécanisme qui relie un détroit du Golfe aux anticipations de taux tient en quatre maillons. La perspective de réouverture réduit d'abord la prime de risque incorporée dans le brut. La baisse du pétrole allège ensuite les anticipations d'inflation, en effaçant les pressions qui maintenaient les banques centrales sur le qui vive depuis l'escalade. Un profil d'inflation plus bas abaisse à son tour la trajectoire du taux terminal. Enfin, la moindre rémunération anticipée du dollar pèse sur le billet vert.
Les chiffres traduisent cette bascule. Selon les données CME FedWatch, les opérateurs sont passés d'une anticipation de deux hausses de taux de la Fed d'ici la fin de l'année à une seule. La probabilité d'un relèvement lors de la réunion du Comité de politique monétaire de septembre est revenue à 59 %, contre 67 % auparavant. L'indice du dollar est retombé autour de 99,70 et le rendement du Treasury à dix ans s'est établi près de 4,6 %.
La Réserve fédérale présidée par Kevin Warsh avait maintenu le 29 juillet sa fourchette cible entre 3,50 % et 3,75 %, par neuf voix contre trois, trois gouverneurs plaidant pour un tour de vis supplémentaire. Le repli du pétrole affaiblit mécaniquement leur argumentaire.
Le marché du travail américain a renforcé le mouvement le même jour. L'enquête ADP a recensé 44 000 créations d'emplois privés en juillet, très loin des 75 000 attendues par les économistes interrogés par Dow Jones et en net repli sur les 95 000 de juin révisés. C'est le plus faible total mensuel de l'année. Les services ont porté seul la progression avec 47 000 postes, quand les activités productrices de biens perdaient 3 000 emplois. La rémunération annuelle des salariés restés en poste progressait de 4,4 %. Les offres d'emploi de juin étaient par ailleurs revenues à 7,36 millions contre 7,54 millions, et les commandes à l'industrie avaient reculé de 0,3 %.
L'or profite d'un ressort inhabituel
Le métal jaune a signé trois séances consécutives de hausse pour atteindre 4 222,92 dollars sur le contrat à terme le 5 août, au plus haut depuis près d'un mois. Le comptant progressait de 1,3 % à 4 127,04 dollars, l'argent gagnant de son côté 3,71 % à 61,61 dollars l'once.
La nature de ce rebond mérite attention. L'or monte habituellement quand la peur monte. Cette fois, il progresse parce que la tension retombe. L'explication tient à la compression des rendements réels : la baisse simultanée des anticipations d'inflation et des taux nominaux réduit le coût d'opportunité de détenir un actif qui ne verse aucun revenu. Il s'agit donc d'un arbitrage sur les rendements réels et le dollar, non d'une fuite vers la sécurité.
Simon Peter Massabni, de la plateforme XS.com, attribue cette progression à « la reprise de la diplomatie au Moyen Orient, à des données américaines plus molles et à des rendements obligataires en baisse ». Nick Cawley, de Solomon Global, observe pour sa part que l'or s'est « construit une base plus ferme autour de 4 000 dollars », la moyenne mobile à 50 jours située vers 4 175 dollars constituant la prochaine résistance.
Ce contexte reste réversible. J.P. Morgan qualifie explicitement la résolution du conflit iranien de catalyseur de repricing plutôt que de changement définitif du paysage macroéconomique, en soulignant l'incertitude persistante.
Ce que cela change pour l'épargne en euros
La zone euro est doublement exposée à ce mouvement, comme importatrice nette d'énergie et comme économie dont la banque centrale a bâti sa position récente sur le choc pétrolier. La BCE a maintenu son taux de dépôt à 2,25 % le 23 juillet, après la hausse du 11 juin, tout en laissant explicitement la porte ouverte à un relèvement en septembre. Christine Lagarde avait alors souligné que l'effet de la crise énergétique sur l'inflation ne s'était pas encore pleinement manifesté. À la sortie de cette réunion, les marchés intégraient une hausse de 25 points de base en septembre à près de 95 %.
Cette probabilité a été construite sur un baril à 100 dollars. Un Brent stabilisé sous 80 dollars change l'équation de l'inflation importée qui alimentait ce scénario. Selon l'estimation rapide publiée par Eurostat le 31 juillet, l'inflation de la zone euro est remontée à 2,9 % en juillet contre 2,8 % en juin, un niveau qui reste supérieur à la cible de 2 %. Le détail est éclairant : l'énergie affiche de loin le taux annuel le plus élevé, à 10,0 % contre 8,5 % en juin. C'est précisément cette composante qui se dégonflerait mécaniquement si la détente pétrolière se confirme.
Trois conséquences concrètes se dessinent pour les épargnants français. Le rendement des fonds en euros et des livrets réglementés dépend du niveau des taux courts : un cycle de resserrement écourté plafonne les perspectives de revalorisation, alors que le Livret A vient de passer à 1,7 % au 1er août, en application de l'arrêté du 28 juillet 2026. Les porteurs d'obligations et de fonds obligataires bénéficient à l'inverse d'une détente des anticipations, les maturités intermédiaires captant le mieux ce mouvement. Enfin, les valeurs pétrolières qui ont porté les indices depuis février voient leur moteur s'inverser, alors que TotalEnergies avait vu son bénéfice bondir de 67 % au deuxième trimestre grâce à un baril proche de 100 dollars.
Ce qu'il faut surveiller
La séquence des prochains jours déterminera si ce repricing tient. Trois points de contrôle méritent l'attention.
- La signature effective d'un accord. Tant que Téhéran dément l'existence de négociations directes, la baisse du brut repose sur une déclaration américaine et une médiation qatarie non confirmée par la partie iranienne.
- La reprise réelle du trafic maritime. Un texte ne rouvre pas un détroit. La normalisation se mesurera au nombre de pétroliers acceptant de transiter et au niveau des primes d'assurance maritime exigées sur ces trajets.
- Le rapport officiel sur l'emploi américain du 7 août. Publié par le Bureau of Labor Statistics deux jours après l'enquête ADP, il confirmera ou démentira le ralentissement du marché du travail qui a amplifié la détente des anticipations de taux.
La réunion de la BCE de septembre constituera le rendez vous suivant pour la zone euro. Entre une inflation à 2,9 % qui plaide pour la fermeté et un pétrole qui a perdu un cinquième de sa valeur en deux semaines, le conseil des gouverneurs devra arbitrer entre le chiffre d'hier et la tendance de demain.
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