Matières premières

Pétrole : le Brent plonge de 7 % après la pause des frappes américaines en Iran

Le Pentagone a suspendu vendredi 24 juillet sa campagne aérienne contre l'Iran, qui a cessé à son tour ses opérations. Le Brent a perdu jusqu'à 7,4 % pour repasser sous 90 dollars, l'or a gagné 1,4 % et les paris sur une hausse des taux de la Fed se sont détendus.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Visualisation abstraite d'un flux sombre et visqueux qui retombe brutalement tandis que des particules dorées s'élèvent, évoquant la chute du baril et la hausse de l'or

Le Pentagone a suspendu vendredi 24 juillet la campagne de frappes aériennes qu'il menait contre l'Iran depuis treize nuits consécutives. Téhéran a répondu en interrompant à son tour ses opérations. Ce double arrêt, confirmé par l'absence d'attaques samedi et dimanche, a suffi à déclencher le mouvement le plus brutal de l'été sur le marché pétrolier : le Brent a perdu jusqu'à 7,4 % à la réouverture des échanges, repassant sous la barre des 90 dollars le baril.

Le contrat de septembre sur le Brent s'échangeait à 91,20 dollars dimanche à 22h04 GMT, en recul de 5,58 dollars soit 5,77 %, selon les relevés de Reuters. Le brut léger américain (WTI) cédait dans le même temps 5,50 % à 84,40 dollars. Lundi matin, le baril de référence européen se stabilisait autour de 91,93 dollars, effaçant une partie de sa chute initiale.

Treize nuits de frappes, puis deux jours de silence

La décision américaine ne procède d'aucun accord diplomatique formel. Selon les informations recueillies par Reuters et Al Monitor, les conseillers de Donald Trump l'ont averti que l'armée avait épuisé ses séries de cibles présélectionnées et que les stocks de munitions s'amenuisaient, en particulier les intercepteurs de défense antiaérienne. Le général Dan Caine, chef d'état-major interarmées, avait alerté sur ce point.

Mike Waltz, ambassadeur des États-Unis auprès des Nations unies, a livré dimanche sur Fox News une lecture politique de cette suspension. « Il donne un peu d'espace aux discussions, il leur laisse un peu de marge », a déclaré le diplomate au sujet du président américain. Interrogé sur l'état des forces armées, il a affirmé que l'armée « dispose de tout ce dont elle a besoin », tout en concédant avoir hérité d'« une situation dégradée ».

Un haut responsable iranien, cité anonymement par Reuters, a résumé la position de Téhéran en trois mots : « attaque pour attaque ». Sa formulation complète mérite d'être rapportée : « Si les attaques cessent, l'Iran interrompra également ses opérations. Ce message a déjà été transmis aux États-Unis. » Le même responsable a toutefois refroidi les attentes : « Il y a plus de scepticisme que d'optimisme au sujet de l'arrêt des attaques. L'opinion dominante est que la pause est tactique plutôt que sincère. »

Le baril efface la prime de guerre accumulée en juillet

Le reflux prend d'autant plus de relief que le brut avait grimpé de plus de 30 % depuis le début du mois, porté par la reprise des hostilités et par les contraintes pesant sur le trafic maritime dans le détroit d'Ormuz. Le cabinet d'analyse Kpler avait relevé mi-juillet que la circulation des pétroliers et des méthaniers dans le détroit était tombée à son plus bas niveau depuis le 25 mai, avec six navires seulement franchissant le passage en une journée, un plancher sur cinq semaines. Aucun méthanier n'y était entré durant le week-end concerné.

Malgré la correction de lundi, le Brent conserve une progression supérieure à 50 % depuis le 1er janvier, selon les calculs de Bloomberg. La détente efface la dernière flambée, pas le choc énergétique de l'année.

L'or, les obligations et les devises accompagnent le reflux

Le repli du baril s'est propagé à l'ensemble des classes d'actifs. L'or au comptant a progressé de 1,4 % à 4 110,56 dollars l'once à 02h00 GMT lundi, la baisse conjuguée du pétrole et du billet vert ayant apaisé les craintes inflationnistes. L'argent gagnait environ 2 % à 59,37 dollars l'once et le platine 1,6 % à 1 618,83 dollars. L'indice du dollar reculait de 0,3 %.

Sur le marché obligataire, le rendement du bon du Trésor américain à dix ans revenait à 4,679 %. L'euro se raffermissait à 1,1410 dollar. Les indices actions européens abordaient la séance en hausse après avoir subi la semaine précédente leur plus forte baisse en quinze jours, provoquée précisément par l'envolée du brut.

Le pari sur les taux se retourne une nouvelle fois

Le calendrier donne à cette détente une portée particulière. Le comité de politique monétaire de la Réserve fédérale américaine se réunit les 28 et 29 juillet, et Kevin Warsh tiendra sa conférence de presse mercredi. La fourchette cible des taux directeurs se situe à 3,50 % à 3,75 %, inchangée depuis le 11 décembre 2025. Les contrats à terme recensés par l'outil FedWatch du CME donnaient en fin de semaine dernière environ 65 % de probabilité à un maintien, contre près de 35 % à un relèvement d'un quart de point.

C'est surtout l'échéance de septembre qui concentrait les paris haussiers, avec une probabilité proche de 80 % d'au moins 25 points de base de hausse. Ces anticipations reposaient largement sur la trajectoire du brut. Dhiraj Narula, stratégiste taux américains chez HSBC, observait que la cherté du pétrole avait ravivé l'idée d'une Fed contrainte de maintenir sa politique restrictive plus longtemps, tout en soulignant que les anticipations d'inflation étaient restées relativement contenues. Il attribuait cette résistance à la fermeté de la communication des responsables de la Fed sur la stabilité des prix, qui a empêché le choc énergétique de contaminer les anticipations de long terme.

Le contexte américain s'était en réalité déjà détendu avant la trêve. Après un pic à 4,2 % sur un an en mai, son plus haut niveau depuis avril 2023, l'indice des prix à la consommation est retombé à 3,5 % en juin, sous le consensus des économistes, l'inflation sous-jacente ressortant à 2,6 %. L'énergie demeure le poste le plus inflammable, encore en hausse de 15,7 % sur un an. Kevin Warsh n'en avait pas moins résumé sa position au forum de la Banque centrale européenne à Sintra par une phrase désormais citée à chaque réunion : « l'inflation reste trop élevée ».

Ce que la détente change pour les épargnants français

Côté européen, la BCE a maintenu ses trois taux directeurs inchangés le 23 juillet, son taux de dépôt restant fixé à 2,25 % après le relèvement de juin. L'institution a relevé que l'inflation en zone euro était revenue à 2,8 % en juin après 3,2 % en mai, la composante énergie ralentissant de 10,8 % à 8,5 %. Elle prévient néanmoins que la hausse des prix devrait se maintenir nettement au-dessus de sa cible jusqu'au premier semestre 2027, les perspectives de prix de l'énergie restant proches de son scénario de référence malgré une volatilité extrême. Un baril durablement redescendu sous 90 dollars rendrait cette trajectoire moins pentue.

La transmission au portefeuille des ménages passe d'abord par la pompe. Le gazole s'affichait à 2,097 euros le litre en moyenne nationale le 19 juillet, le SP95-E10 à 2,001 euros et le SP98 à 2,084 euros. Il avait franchi le seuil des 2 euros le 15 juillet, après être passé de 1,899 à 2,006 euros au cours de la première quinzaine du mois, soit près de 11 centimes en deux semaines. Le reflux du brut mettra plusieurs jours à se refléter à la pompe, les distributeurs écoulant d'abord les volumes achetés au prix fort.

Le gaz suit une logique voisine. Le contrat gazier de référence pour la livraison d'août a clôturé à 61,82 euros le mégawattheure le 24 juillet, en repli de 1,1 % sur la séance mais toujours en hausse de 13 % sur sept jours. Pour les détenteurs de fonds en euros et d'obligations, une inflation moins vive éloigne le scénario d'un nouveau tour de vis monétaire, favorable aux valorisations obligataires déjà constituées mais moins généreux pour les rendements futurs.

Ce qu'il faut surveiller

La solidité de la trêve conditionne tout le reste. Aucun mécanisme de vérification n'encadre l'arrêt réciproque des opérations, et l'aveu de scepticisme formulé par la partie iranienne invite à la prudence. Une reprise des frappes ramènerait mécaniquement la prime de risque sur le baril.

Trois rendez-vous rythment la semaine. Le climat des affaires Ifo en Allemagne est publié lundi matin, suivi des commandes de biens durables aux États-Unis. La Fed tranche mercredi, la Banque d'Angleterre jeudi et la Banque du Japon vendredi. Le ton de Kevin Warsh, seul élément d'orientation d'une réunion dépourvue de projections trimestrielles, dira si la banque centrale américaine considère le choc pétrolier comme un épisode refermé ou comme une menace persistante.

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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