Le gaz à 83,98 euros : Kazimir déplace son attention du pétrole vers l'électricité
Peter Kazimir, gouverneur de la banque centrale slovaque et membre du Conseil des gouverneurs, dit surveiller désormais le gaz et l'électricité davantage que le pétrole. Le TTF néerlandais cote 83,98 euros le mégawattheure, en hausse de 161 % sur un an.
Le gouverneur de la Banque nationale de Slovaquie Peter Kazimir a publié lundi 14 septembre 2026 un commentaire dans lequel il déplace le centre de sa vigilance : « Mon attention se porte désormais moins sur les prix du pétrole et des carburants, et de plus en plus sur ceux du gaz et de l'électricité. » Ce membre du Conseil des gouverneurs de la BCE (Banque centrale européenne) s'exprime quatre jours après le relèvement des taux directeurs décidé à Berlin.
Un commentaire de gouverneur intitulé « No surprises »
Le texte, diffusé sur le site de la NBS (Národná banka Slovenska), qualifie la décision du 10 septembre de « réponse mesurée à un environnement très incertain dans lequel les risques d'inflation sont clairement orientés à la hausse ». Peter Kazimir y défend une position d'attente active : « La hausse de taux de septembre préserve notre flexibilité. Nous fonderons nos décisions futures sur les données disponibles à chaque réunion. »
Le gouverneur slovaque insiste sur la durée du choc énergétique. « Le choc énergétique dure déjà depuis plus longtemps que beaucoup ne l'anticipaient. Pourtant, toutes ses conséquences ne se sont pas encore transmises à l'économie », écrit-il. Il en tire une mécanique de second tour : « Plus les coûts énergétiques élevés persistent, plus le risque augmente qu'ils s'ancrent dans les anticipations de long terme, les salaires et les prix. »
Il ouvre un second front, alimentaire. « L'inflation alimentaire, si importante pour les perceptions et les anticipations, devrait elle aussi repartir à la hausse », écrit le gouverneur, dont le commentaire lie l'ampleur de cette reprise au déroulement des épisodes météorologiques.
Le mégawattheure européen a plus que doublé en un an
Le contrat de référence du gaz européen, le TTF néerlandais, cotait 83,98 euros le mégawattheure le 14 septembre 2026, en hausse de 5,60 % sur une journée, selon les données de marché compilées par Trading Economics. Le même relevé affiche une progression de 35,97 % sur un mois et de 161,17 % sur un an.
Cette flambée tient à un empilement de ruptures d'offre. Le détroit d'Ormuz reste « effectivement fermé », la Norvège a prolongé des arrêts sur ses champs gaziers, et la sécheresse a réduit la production hydroélectrique et nucléaire pendant qu'une canicule estivale poussait la demande d'électricité vers les centrales à gaz, rapporte Euronews. Les stocks européens de gaz ne dépassaient pas 57,1 % de leur capacité au 1er août, le niveau le plus bas relevé à cette date dans l'historique de la série.
« Plusieurs risques défavorables du côté de l'offre se sont matérialisés, et les niveaux de stockage de gaz sont historiquement bas avant la saison de chauffe », résume Daniel Kral, économiste chez Oxford Economics. Son cabinet chiffre à 3,5 % l'inflation que la zone euro atteindrait au second semestre 2026 aux prix de gros observés, contre 3 % dans son scénario central.
Ce que montrent les derniers relevés de prix
L'inflation de la zone euro est montée à 3,3 % en août, après 2,9 % en juillet, a détaillé Christine Lagarde le 10 septembre. La composante énergie a bondi à 14,3 %, contre 10,3 % le mois précédent. L'inflation hors énergie et alimentation a reculé à 2,4 %, et les prix alimentaires sont restés à 1,2 %, le niveau que Peter Kazimir attend désormais en hausse.
Le Conseil des gouverneurs a inscrit le gaz dans son propre bilan des risques : « Les prix du gaz, en particulier, pourraient augmenter en cas de nouvelles ruptures d'approvisionnement ou d'un hiver inhabituellement froid coïncidant avec de faibles niveaux de stockage. » Les projections de septembre placent l'inflation totale à 3,0 % en 2026, 2,5 % en 2027 et 2,1 % en 2028, les deux dernières années ayant été révisées en hausse par rapport à juin.
Deux accents distincts au sein du Conseil des gouverneurs
La sortie de Peter Kazimir arrive deux jours après celle de Martin Kocher, gouverneur de la banque centrale d'Autriche, qui liait au Financial Times une nouvelle hausse des taux au maintien du baril autour de 100 dollars jusqu'en décembre. Le Brent a clôturé vendredi à 104,61 dollars. Là où le gouverneur autrichien ancre son raisonnement sur le pétrole, son homologue slovaque déclare regarder le gaz et l'électricité.
Les deux interventions convergent sur le diagnostic d'un choc d'offre énergétique dont la durée commandera la réponse monétaire. La BCE a relevé ses trois taux directeurs de 25 points de base le 10 septembre, portant la facilité de dépôt à 2,50 % au 16 septembre, les opérations principales de refinancement à 2,65 % et la facilité de prêt marginal à 2,90 %. Un premier relèvement était entré en vigueur le 17 juin.
Ce que cela change pour l'épargne des ménages français
En France, l'INSEE a relevé une inflation de 2,4 % en août et anticipe 2,9 % en fin d'année dans sa note de conjoncture du 11 septembre, en désignant la même cause : « le prix du gaz flamberait et la hausse des prix de l'énergie contaminerait les prix des produits manufacturés et de certains services, notamment de transport ». L'institut chiffre à 0,4 % le recul du pouvoir d'achat des ménages sur l'année 2026.
Le livret A sert 1,70 % depuis le 1er août 2026, selon service-public.fr. Rapporté à une inflation française de 2,4 % en août, son rendement réel ressort négatif d'environ 0,7 point, et l'écart se creuserait si la prévision de 2,9 % se vérifiait. Le LEP (livret d'épargne populaire), soumis à conditions de ressources, reste servi à 2,50 %, soit un rendement réel proche de l'équilibre au relevé d'août.
Les prochains rendez-vous
Le Conseil des gouverneurs se réunit à nouveau les 28 et 29 octobre 2026 à Francfort, la conférence de presse étant prévue le second jour, puis les 16 et 17 décembre. Trois séries de données commanderont l'arbitrage : le remplissage des stocks de gaz avant l'hiver, la diffusion du choc énergétique aux prix alimentaires, et les salaires. L'indicateur de suivi des rémunérations de la BCE pointe une remontée modeste de la croissance des salaires négociés, à 2,7 % au premier semestre 2027, quand la rémunération par tête a progressé de 3,3 % au deuxième trimestre 2026.
Peter Kazimir décrit lui-même la marche à suivre dans la dernière ligne de son commentaire : « Nous prendrons chaque décision au moment où elle sera nécessaire, et nous ne faiblirons pas lorsque les éléments appelleront à agir. »
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