Matières premières

Ormuz : un navire touché par un projectile, le Brent clôture à 104,61 dollars

L'UKMTO a signalé dimanche un navire de commerce en feu après avoir été touché par un projectile non identifié dans le détroit d'Ormuz. Téhéran fait état d'un marin tué. Le trafic est tombé à sept passages quotidiens et le Brent a clôturé vendredi à 104,61 dollars.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Visualisation abstraite d'un couloir maritime stratégique et de flux pétroliers interrompus, en dégradé bleu profond et vert

L'UKMTO, l'organisme de la marine britannique qui suit la sécurité du trafic marchand, a signalé le dimanche 13 septembre 2026 qu'un navire de commerce avait pris feu après avoir été touché par un projectile non identifié alors qu'il traversait le détroit d'Ormuz. L'avis, diffusé sous la référence 134-26, précise que le premier signalement lui est parvenu à 23 h 00 GMT le samedi 12 septembre.

Les autorités locales se sont rendues sur zone pour aider à évacuer l'équipage, selon la mise à jour publiée par l'organisme. Cet incident survient alors que le trafic commercial dans ce passage stratégique est tombé à sept navires sur une journée, contre environ 125 grands bâtiments quotidiens avant le début du conflit.

Ce que dit l'avis maritime britannique

L'UKMTO indique qu'au moment de la diffusion de son alerte, l'état de l'équipage, l'ampleur des dégâts subis par le navire et l'éventuel impact environnemental restaient inconnus. L'organisme n'a pas communiqué le nom du bâtiment, son type ou son pavillon, et la position exacte de l'incident à l'intérieur du détroit n'a pas été précisée.

L'avis appelle les navires qui empruntent le détroit d'Ormuz à la prudence et leur demande de signaler toute activité suspecte pendant que l'enquête se poursuit. L'organisme avait déjà rapporté un épisode comparable le 18 août 2026, quand un navire de commerce avait été touché par un projectile non identifié à la sortie du détroit, faisant des blessés.

Un mort selon Téhéran, une attribution contestée

Les médias iraniens et les autorités de Téhéran ont fait état d'un navire de commerce iranien frappé au large de l'île de Qeshm, avec un marin tué et trois blessés, certains bilans évoquant quatre blessés. Téhéran attribue le tir aux forces américaines. Ces chiffres proviennent de sources iraniennes et n'ont pas été confirmés par l'organisme britannique, qui s'est abstenu de désigner un responsable.

Donald Trump a pour sa part estimé que l'Iran était probablement à l'origine du tir. Le président américain a également affirmé que les États-Unis contrôlaient le détroit d'Ormuz, une assertion rejetée publiquement par le Corps des gardiens de la révolution islamique. Les deux camps livrent donc des versions opposées d'un même événement, ce qui invite à traiter les bilans avec réserve.

Le trafic maritime s'est effondré dans le détroit

Les données préliminaires de suivi des navires compilées par la société d'analyse Kpler, reprises par Reuters, montrent que sept navires ont franchi le détroit d'Ormuz jeudi 10 septembre, deux à la sortie et cinq à l'entrée. Le total revient de onze la veille et se compare à une moyenne d'environ quinze bâtiments par jour sur les dix jours précédents.

Ces relevés minorent probablement la réalité, car certains navires coupent leur transpondeur AIS pour échapper à la détection. Avant le déclenchement de la guerre avec l'Iran le 28 février 2026, environ 125 grands navires marchands franchissaient le détroit chaque jour. Ce couloir achemine en temps normal près de 20 % du pétrole brut et du gaz naturel liquéfié consommés dans le monde.

Le contraste avec les autres routes reste net : 26 navires de charge ont traversé le détroit de Bab al-Mandab le même jeudi, un chiffre proche de la moyenne de 27 sur dix jours. Un signe d'activité résiduelle est apparu le 10 septembre, quand le méthanier Al Marrouna a quitté Ormuz pour livrer du gaz de Ras Laffan, au Qatar, vers le Pakistan, première cargaison connue d'un navire lié au Qatar depuis la fin juillet.

Pourquoi l'oléoduc saoudien change l'équation

Un second événement pèse sur l'équilibre des approvisionnements. L'oléoduc Est-Ouest saoudien, qui traverse le royaume dans les régions de Riyad et de Médine, a été visé à plusieurs reprises jeudi par des drones venus d'Irak. Les attaques ont fait des victimes et causé des dégâts matériels, contraignant l'infrastructure à interrompre ses opérations.

La portée de cet arrêt dépasse le seul territoire saoudien : cet ouvrage constitue précisément la voie de contournement qui permet d'acheminer du brut vers la mer Rouge sans emprunter le détroit d'Ormuz. Sa mise à l'arrêt réduit la marge de manœuvre disponible au moment même où le trafic maritime se contracte.

Une commission de sécurité irakienne de haut niveau s'est rendue samedi dans la province de Maysan pour enquêter, selon l'agence de presse irakienne INA. Les points de passage d'al-Shib et d'al-Shalamcheh avec l'Iran ont été fermés au trafic de voyageurs et de marchandises jusqu'à nouvel ordre. Le président irakien Nizar Amidi a condamné les attaques visant l'Arabie saoudite et rejeté l'usage du territoire irakien comme base de lancement contre des pays voisins.

Quel effet sur les prix du brut ?

Le marché avait déjà réagi avant cet incident. Le Brent a clôturé à 101,21 dollars le baril le mercredi 9 septembre, repassant la barre des cent dollars pour la première fois depuis juillet, le brut américain WTI finissant à 96,05 dollars. Vendredi matin, le Brent s'échangeait à 108,68 dollars, en hausse d'environ 1 %, et le WTI à 103,45 dollars, après une progression de plus de 6 % la veille pour les deux références.

Sur la semaine, les deux contrats ont gagné près de 13 %, leur meilleure performance hebdomadaire depuis le mois de juillet, et la semaine s'est achevée à plus de cent dollars pour la première fois depuis le mois de mai. Le contrat Brent d'échéance novembre a finalement terminé la séance de vendredi 12 septembre à 104,61 dollars, tandis que le WTI d'échéance octobre cédait 2,43 % à 99,99 dollars. Le sommet de l'année reste fixé à 126,41 dollars, atteint le 30 avril 2026.

Les places financières étant fermées le dimanche, la réaction des cours à cet incident ne sera lisible qu'à la réouverture de lundi. Ole Hansen, responsable de la stratégie matières premières chez Saxo Bank, avait relevé que le retour du Brent à plus de cent dollars traduisait une réévaluation par le marché de la durée pendant laquelle le conflit continuerait de brider l'offre régionale, selon des propos rapportés par Deutsche Welle.

Le déficit d'offre chiffré par l'Agence internationale de l'énergie

Le dernier rapport mensuel de l'Agence internationale de l'énergie chiffre l'ampleur du déficit. La production mondiale a reculé de 1,6 million de barils par jour en août, à 100,1 millions de barils quotidiens, et plus de 10 millions de barils par jour de capacités du Golfe demeurent à l'arrêt pour des raisons de sécurité.

  • Offre mondiale attendue en repli de 5,7 millions de barils par jour cette année, à 100,7 millions
  • Redressement de la production du Golfe repoussé à 2027, avec un rebond projeté de 8 millions de barils quotidiens
  • Demande mondiale anticipée en reprise de 2,6 millions de barils par jour en 2027
  • Pertes particulièrement marquées sur les distillats moyens et les charges pétrochimiques, surtout en Asie

Un facteur a amorti le choc. Paul Gruenwald, chef économiste mondial de S&P Global Ratings, a estimé lors d'une conférence à Singapour que la Chine avait évité au monde une crise énergétique bien plus sévère, alors que la perturbation d'Ormuz a coupé environ 20 % de l'approvisionnement énergétique mondial. Premier acheteur mondial de brut, Pékin a fortement réduit ses importations depuis le début de la guerre et puisé dans ses stocks. L'agence américaine d'information sur l'énergie estimait ces réserves stratégiques et commerciales chinoises à 1,4 milliard de barils fin décembre 2025.

La BCE relève ses taux au 16 septembre

Le canal de transmission vers l'épargne européenne passe par la politique monétaire. Le conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne a décidé le 10 septembre 2026 de relever ses trois taux directeurs de 25 points de base. Les taux de la facilité de dépôt, des opérations principales de refinancement et de la facilité de prêt marginal passeront respectivement à 2,50 %, 2,65 % et 2,90 % à compter du 16 septembre 2026.

Le conflit au Moyen-Orient continue de générer des pressions inflationnistes, et l'inflation devrait rester nettement supérieure à l'objectif pendant une période prolongée.

Communiqué de politique monétaire de la Banque centrale européenne, 10 septembre 2026

Les projections des services de la BCE retiennent une inflation totale moyenne de 3,0 % en 2026, 2,5 % en 2027 et 2,1 % en 2028. Hors énergie et alimentation, la trajectoire ressort à 2,5 %, 2,6 % puis 2,3 %. La croissance est attendue à 0,9 % en 2026, 1,4 % en 2027 et 1,5 % en 2028, une révision à la hausse pour les deux premières années qui reflète la résistance de l'économie de la zone euro. Le conseil des gouverneurs juge les risques orientés à la hausse pour les prix et à la baisse pour l'activité, et ne s'engage sur aucune trajectoire de taux.

Les points à surveiller pour les épargnants

Plusieurs échéances rapprochées détermineront la suite. La réouverture des marchés lundi donnera la première mesure de la prime de risque intégrée par les opérateurs. Le rétablissement éventuel de l'oléoduc Est-Ouest conditionnera la capacité d'exportation saoudienne hors du détroit. Les relevés hebdomadaires de Kpler indiqueront si le trafic se stabilise autour de sept à quinze passages quotidiens ou poursuit sa décrue.

Pour un épargnant français, l'enchaînement se lit en trois temps : un baril durablement supérieur à cent dollars nourrit l'inflation importée, une inflation supérieure à l'objectif prolonge le resserrement monétaire, et des taux directeurs plus élevés rémunèrent mieux les supports de taux tout en pesant sur la valorisation des obligations déjà détenues et sur les actifs sensibles au coût du capital. Les fonds en euros et les placements obligataires datés profitent mécaniquement de points d'entrée plus élevés, alors que les secteurs consommateurs d'énergie absorbent la hausse des coûts.

La BCE ayant retenu une approche décidée réunion par réunion, chaque publication d'inflation de la zone euro et chaque nouvel incident dans le Golfe pèseront sur la trajectoire. L'écart entre le scénario central de l'Agence internationale de l'énergie, qui repousse la reprise de l'offre du Golfe à 2027, et une normalisation plus rapide constitue la principale source d'incertitude pour les mois à venir.

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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