Le Brent franchit 100 dollars, l'IBEX recule avant la BCE et l'inflation américaine
Le Brent a franchi 100 dollars mercredi, une première depuis le 24 juillet, après la destruction de cinq pétroliers iraniens et des frappes houthies en Arabie saoudite. L'IBEX 35 cède 0,93 %, l'inflation espagnole atteint 4,3 %. BCE jeudi, IPC américain vendredi.
Le contrat Brent de novembre a franchi la barre des 100 dollars mercredi 9 septembre en séance européenne, à 100,02 dollars vers 8 h 20 à Londres, après un plus haut de 100,19 dollars. Le baril gagne 2,14 % par rapport à sa clôture de la veille, ressortie à 97,92 dollars. Selon Bloomberg, la référence européenne retrouve ce seuil pour la première fois depuis le 24 juillet.
Les places européennes reculent. L'IBEX 35 madrilène cède 0,93 % à 19 811,50 points, après avoir perdu la barre des 20 000 points la veille et touché un plancher de 19 794,60 points en début de séance. Le STOXX Europe 600 abandonne 0,45 % à 646,69 points, le CAC 40 recule de 0,65 % à 8 264,26 points et le DAX de 0,38 % à 25 908,14 points.
Deux échéances immobilisent les opérateurs jusqu'à la fin de la semaine : la décision de la Banque centrale européenne jeudi 10 septembre et la publication de l'indice des prix à la consommation américain vendredi 11 septembre.
Cinq pétroliers iraniens détruits, quatre villes saoudiennes touchées
Le mouvement du brut tient à deux séries d'événements survenus mardi 8 septembre. Le commandement central américain a annoncé la destruction de cinq navires transportant du brut iranien, quatre dans le golfe d'Oman et un au large de l'île de Kharg, après des tirs de missiles balistiques des Gardiens de la révolution visant un bâtiment de la marine américaine. Les équipages avaient reçu l'ordre d'évacuer avant les frappes et aucun militaire américain n'a été blessé. Téhéran a ensuite revendiqué une riposte contre une base américaine en Jordanie.
Le même jour, les Houthis ont frappé quatre villes du sud de l'Arabie saoudite : Abha, Khamis Mushait, Jizan et Najran. Les autorités saoudiennes font état de 73 blessés et d'incendies sur des installations énergétiques, dont certaines opérations ont été suspendues. Le premier exportateur mondial de brut voit donc ses capacités visées pendant que le marché intègre déjà un risque sur le transit maritime régional.
Le WTI d'octobre suit le mouvement, à 94,61 dollars, en hausse de 1,70 %. Dans une note publiée le 21 juillet, Goldman Sachs retenait un scénario central de 80 dollars pour le Brent au quatrième trimestre 2026, assorti d'un dépassement possible de 120 dollars et d'une moyenne de 100 dollars en 2027 si le détroit d'Ormuz restait perturbé.
L'inflation espagnole accélère à 4,3 % sous l'effet des carburants
Madrid recule plus vite que ses voisins pour une raison mesurable. Selon l'indicateur avancé publié le 28 août par l'Institut national de statistique espagnol, la variation annuelle de l'IPC est ressortie à 4,3 % en août, contre 3,6 % en juillet, soit sept dixièmes de hausse en un mois. L'indice harmonisé atteint 4,5 %. Sur un mois, les prix progressent de 0,7 %.
L'INE attribue cette accélération aux carburants et lubrifiants pour véhicules, qui avaient baissé en août 2025, et à un repli des prix alimentaires moins marqué que l'année précédente. L'inflation sous jacente recule pour sa part d'un dixième, à 2,9 %. Le choc se concentre donc sur l'énergie, ce qui expose l'économie espagnole à chaque dollar gagné par le baril.
Sur la cote madrilène, la séance oppose deux camps. Repsol progresse de 2,12 % à 28,93 euros, portée par la hausse du brut. Les valeurs financières reculent : Banco Santander perd 1,55 % à 12,73 euros et BBVA 1,22 % à 25,04 euros. Iberdrola limite les dégâts avec un gain de 0,43 %.
Inditex publie un semestre record et perd 3 %
Le principal contributeur au repli de l'indice espagnol vient pourtant de la distribution. Inditex, maison mère de Zara, cède 3,22 % à 54,70 euros après avoir publié mercredi matin des comptes semestriels record. Le groupe galicien affiche un bénéfice net de 2 980 millions d'euros, en hausse de 6,8 %, pour un chiffre d'affaires de 19 755 millions d'euros, en progression de 7,6 % et de 9,2 % à taux de change constants. La marge brute s'établit à 11 596 millions d'euros, soit 58,7 % des ventes, en amélioration de 40 points de base.
Le groupe indique que ses ventes en magasin et en ligne ont progressé de 9 % à taux constants entre le 1er août et le 7 septembre. Ses prévisions pour l'exercice retiennent une croissance de la surface commerciale d'environ 5 %, une marge brute stable à 50 points de base près et un effet de change négatif d'environ 1 % sur les ventes. Le titre recule malgré ces publications, aucun relèvement d'objectif n'accompagnant les résultats.
La BCE tranche jeudi sur un arbitrage inconfortable
Le Conseil des gouverneurs publie sa décision jeudi 10 septembre à 14 h 15, suivie d'une conférence de presse. Les taux directeurs sont inchangés depuis le 17 juin 2026 : la facilité de dépôt s'établit à 2,25 %, les opérations principales de refinancement à 2,40 % et la facilité de prêt marginal à 2,65 %, d'après les séries publiées par la BCE.
L'arbitrage est inconfortable. L'indice d'ensemble remonte sous l'effet d'une seule composante, l'énergie, pendant que l'inflation sous jacente continue de refluer, en Espagne comme ailleurs. Relever les taux face à un choc d'offre pétrolier freinerait une demande qui ne tire pas les prix. Maintenir le statu quo laisse la banque centrale exposée si le baril s'installe durablement au dessus de 100 dollars et déplace les anticipations d'inflation.
Le marché obligataire s'ajuste déjà. Le rendement de l'emprunt d'État espagnol à dix ans monte à 3,82 %, celui du Bund allemand à 3,38 % et celui de l'OAT française à 4,25 %. L'écart entre l'Espagne et l'Allemagne ressort ainsi à environ 44 points de base. L'euro se traite à 1,1639 dollar, en hausse de 0,14 %.
L'inflation américaine attendue vendredi
Le Bureau of Labor Statistics publie l'indice des prix à la consommation d'août vendredi 11 septembre à 8 h 30, heure de la côte est. L'indice des prix à la production du même mois paraît dès jeudi 10 septembre, à la même heure, selon le calendrier officiel de l'agence.
Le dernier point connu porte sur juillet. L'indice d'ensemble ressortait alors à 3,4 % sur un an et l'indice hors alimentation et énergie à 2,5 %, d'après les séries du Bureau of Labor Statistics. La désinflation était réelle après un pic à 4,2 % en mai. La remontée du brut intervenue depuis pose la question d'un retournement sur les données d'août puis de septembre, avec un décalage de plusieurs semaines entre le prix du baril et celui payé à la pompe.
Ce que cela change pour les épargnants
La chaîne de transmission est courte. Le prix du baril alimente l'inflation d'ensemble, qui oriente la trajectoire des taux directeurs, laquelle fixe la rémunération des fonds en euros, celle des livrets réglementés et le coût du crédit immobilier. Un baril durablement à trois chiffres décale vers le haut la totalité de cette chaîne.
Pour un portefeuille exposé aux actions européennes, la séance de mercredi illustre l'effet de composition à l'œuvre. Les producteurs d'énergie encaissent la hausse du brut pendant que la distribution, les banques et les valeurs sensibles aux taux la subissent. Les indices les plus exposés sont ceux dont le pays affiche la facture énergétique la plus lourde.
Ce qu'il faut surveiller
- La décision de la BCE jeudi 10 septembre à 14 h 15 et le ton de la conférence de presse qui suit.
- L'indice des prix à la production américain jeudi 10 septembre, puis l'indice des prix à la consommation vendredi 11 septembre.
- La tenue du seuil des 100 dollars sur le Brent, retrouvé pour la première fois depuis le 24 juillet.
- L'état des installations énergétiques saoudiennes visées mardi et la suite des échanges de frappes entre Washington et Téhéran.
- L'indice espagnol définitif d'août publié par l'INE, qui confirmera ou corrigera l'estimation avancée de 4,3 %.
La France et l'Espagne importent l'essentiel de leur énergie. Chaque hausse durable du baril se traduit par un transfert de revenu vers les pays producteurs, puis par une inflation d'ensemble supérieure à l'inflation sous jacente. La séance de mercredi donne à voir la chaîne complète : hausse du brut, repli des indices, tension sur les rendements souverains, et un Conseil des gouverneurs qui doit arbitrer jeudi entre un choc venu de l'extérieur et une inflation domestique qui se calme.
Sources
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