Matières premières

Cuivre : la décision américaine du 30 juin sur le cuivre raffiné met le marché mondial sous tension

Washington doit trancher avant le 30 juin sur une surtaxe du cuivre raffiné. Le métal s'échange à 6,14 dollars la livre à New York, les stocks du COMEX battent des records et Goldman Sachs voit le cours dépasser 14 000 dollars la tonne si la mesure s'applique.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Illustration abstraite de surfaces métalliques cuivrées et de flux divergents évoquant la tension du marché mondial du cuivre face à la décision tarifaire américaine

Le marché mondial du cuivre retient son souffle. Le département américain du Commerce doit remettre avant le 30 juin 2026 un rapport sur l'état des capacités de raffinage du pays, document qui décidera de l'opportunité d'une surtaxe sur les importations de cuivre raffiné. Cette échéance ferme cristallise depuis plusieurs semaines les arbitrages des négociants et alimente une fracture inédite entre les deux grandes places de cotation du métal rouge.

À New York, le contrat le plus actif sur le COMEX cotait 6,14 dollars la livre le 26 juin, après un record absolu à 6,67 dollars atteint plus tôt dans le mois. Sur un an, le cuivre américain progresse de plus de 21 %. À Londres, le contrat à trois mois du London Metal Exchange (LME) s'établissait autour de 13 371 dollars la tonne le 24 juin. L'écart entre les deux marchés, longtemps marginal, s'est installé comme une donnée structurelle.

Le verrou réglementaire du 30 juin

L'enjeu remonte à l'enquête ouverte par l'administration Trump au titre de la section 232 du Trade Expansion Act, le dispositif qui autorise des droits de douane pour motif de sécurité nationale. Depuis le 1er août 2025, une surtaxe de 50 % frappe le cuivre semi-transformé et les produits dérivés à forte intensité de cuivre : barres, fils, tubes, poudres. Le cuivre raffiné sous forme de minerais, de concentrés, d'anodes et de cathodes a en revanche été exempté, car il sert de matière première aux industries de transformation situées sur le sol américain.

Ce traitement de faveur était présenté comme temporaire. La proclamation présidentielle prévoyait un calendrier d'application progressive : un droit universel de 15 % sur le cuivre raffiné à compter du 1er janvier 2027, porté à 30 % au 1er janvier 2028. Rien n'est toutefois automatique. Le secrétaire au Commerce doit d'abord remettre au président, avant le 30 juin, une analyse des capacités de raffinage domestiques et du marché du cuivre raffiné, qui déterminera si la mesure se justifie.

Une étape intermédiaire a déjà rebattu les cartes. Une proclamation signée le 2 avril 2026 a remplacé l'ancien mode de calcul fondé sur le seul contenu métallique par une assiette assise sur la valeur en douane totale du produit importé, élargissant mécaniquement la base taxable des dérivés.

Une ruée vers les entrepôts américains

L'anticipation de la surtaxe a déclenché un déplacement massif des flux physiques vers les États-Unis. Les négociants ont rapatrié le métal là où les prix sont les plus élevés, gonflant les stocks entreposés sous régime COMEX jusqu'à un record de 652 200 tonnes, contre environ 80 000 tonnes au début de 2025. Les importations américaines de cuivre raffiné ont atteint en moyenne près de 140 000 tonnes par mois entre janvier 2025 et mai 2026, soit près du double de la moyenne mensuelle de 2024.

Cette aspiration vide les autres places. Les stocks du LME sont tombés à 352 100 tonnes, un plus bas de près de trois mois, en repli de plus de moitié depuis l'été précédent. La prime du COMEX sur le LME, de l'ordre de 2 à 3 %, s'est durablement ancrée. Un cadre du London Metal Exchange a estimé que cet écart relevait désormais d'une différence de marché installée pour durer.

Le cuivre est l'artère qui relie la machine physique, l'intelligence numérique, la mobilité, les infrastructures, la communication et les systèmes de sécurité.

Carlos Pascual, vice-président senior, géopolitique et affaires internationales, S&P Global Energy

Un déficit structurel derrière le bruit tarifaire

Au-delà du jeu réglementaire, le cuivre reste porté par une équation de fond. La demande gonfle sous l'effet conjugué de l'électrification, des véhicules électriques, qui consomment trois à quatre fois plus de cuivre qu'un modèle thermique, et des centres de données dédiés à l'intelligence artificielle, dont un site hyperscale peut absorber jusqu'à 50 000 tonnes.

Une étude de S&P Global publiée le 8 janvier 2026 chiffre l'ampleur du défi. La demande mondiale atteindrait 42 millions de tonnes en 2040, en hausse de 50 % par rapport aux niveaux actuels, tandis que la production plafonnerait dès 2030 autour de 33 millions de tonnes. Le déficit pourrait grimper à 10 millions de tonnes à cet horizon, soit un quart sous la demande projetée. Daniel Yergin, vice-président de S&P Global, résume l'enjeu : le cuivre est selon lui le grand catalyseur de l'électrification, mais la cadence de cette électrification devient un défi croissant.

À court terme, les bilans confirment la tension. JP Morgan anticipe un déficit du cuivre raffiné d'environ 330 000 tonnes en 2026. Goldman Sachs estime de son côté que le déséquilibre hors États-Unis pourrait atteindre 640 000 tonnes, dix fois plus que ses prévisions antérieures, le métal étant détourné vers les entrepôts américains.

Les paris des grandes banques

Les scénarios divergent sur la trajectoire des prix. Goldman Sachs juge que le cours pourrait dépasser 14 000 dollars la tonne au second semestre 2026 si la surtaxe entre en vigueur, et a relevé sa cible de fin d'année à 13 735 dollars. La banque retient comme hypothèse centrale un droit d'au moins 25 % sur le cuivre raffiné, applicable peu après la décision. Citi mise sur un potentiel de hausse de l'ordre de 10 % depuis les niveaux londoniens, en invoquant l'ambiguïté stratégique entretenue par Washington.

D'autres maisons appellent à la prudence. Bank of America table sur un prix moyen 2026 plus mesuré, autour de 11 313 dollars la tonne. Goldman Sachs elle-même prévient que les records actuels ne tiendront pas : une fois la décision américaine connue et le brouillard tarifaire dissipé, le reflux du métal hors des entrepôts COMEX pourrait peser sur les cours dans la seconde moitié de l'année.

Ce que cela change pour les épargnants

Pour l'investisseur européen, le cuivre n'est pas un marché de niche. Le métal irrigue les chaînes de valeur de la transition énergétique, de l'automobile et des infrastructures numériques, autant de secteurs présents dans les fonds actions et thématiques accessibles via un contrat d'assurance vie ou un plan d'épargne en actions. Une surtaxe américaine renchérirait les intrants des transformateurs européens et pourrait nourrir les pressions sur les coûts industriels.

L'exposition directe au métal passe par des fonds indiciels sur les producteurs miniers ou sur les contrats à terme, des supports volatils dont la valeur réagit vivement aux décisions de politique commerciale. La fracture entre New York et Londres rappelle aussi qu'un même actif peut désormais afficher deux prix selon la place, une prudence à intégrer avant toute allocation. La diversification reste la meilleure parade face à un marché suspendu à une signature attendue dans les prochains jours.

Ce qu'il faut surveiller

  • La remise et le contenu du rapport du département du Commerce, attendu pour le 30 juin 2026.
  • La décision présidentielle qui suivra : maintien du calendrier 2027-2028, application anticipée ou abandon.
  • L'évolution des stocks LME, dont le repli mesure la tension réelle de l'offre hors États-Unis.
  • La trajectoire de la prime COMEX, baromètre des anticipations de surtaxe.

La séquence des prochains jours dira si la fracture du marché du cuivre se referme ou si elle s'installe comme une nouvelle norme des échanges mondiaux du métal rouge.

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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