Banques centrales

La Banque d'Angleterre vers un statu quo à 3,75 % et un QT ramené à 50 milliards

Le comité de politique monétaire britannique se réunit le 17 septembre 2026. Le marché attend un taux directeur inchangé à 3,75 % et une réduction du portefeuille de gilts ramenée de 70 à 50 milliards de livres sur douze mois, alors que le 30 ans touche 5,95 %.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Visualisation abstraite du dénouement d'un portefeuille obligataire souverain, colonnes institutionnelles et remontée des primes de terme sur les marchés de taux

La Banque d'Angleterre réunit son comité de politique monétaire le jeudi 17 septembre 2026, et deux décisions distinctes sortiront du même communiqué. La première porte sur le taux directeur, maintenu à 3,75 %. La seconde est la revue annuelle du rythme de réduction de son portefeuille obligataire, un exercice que le comité conduit chaque mois de septembre depuis 2022.

Les salles de marché anticipent un taux inchangé et un ralentissement du resserrement quantitatif (QT, quantitative tightening). L'enquête que la banque centrale mène auprès des intervenants de marché, ouverte du 15 au 17 juillet 2026 auprès de 78 participants, attribue une probabilité moyenne de 71,0 % à un maintien à 3,75 % à l'issue de la réunion du 17 septembre, contre 24,7 % à une hausse vers 4 %.

Trois voix pour une hausse dès juillet

Le 29 juillet 2026, le comité a voté par 6 voix contre 3 le maintien du taux à 3,75 %. Andrew Bailey, Sarah Breeden, Swati Dhingra, Clare Lombardelli, Dave Ramsden et Alan Taylor ont préféré l'attente. Megan Greene, Catherine L. Mann et Huw Pill ont plaidé pour un quart de point supplémentaire, à 4 %.

Les trois dissidents invoquaient le risque d'effets de second tour sur les prix et les salaires, ainsi que la durée de la dérive: l'inflation britannique dépasse la cible de 2 % depuis plus de cinq ans. Le compte rendu officiel précise qu'ils jugeaient préférable de resserrer par anticipation, une correction ultérieure leur paraissant moins coûteuse que l'inverse.

Le décor a changé depuis cette réunion. Le comité avait calibré ses projections de juillet sur un baril de Brent à 84 dollars et un gaz britannique à 136 pence par therm, niveaux relevés à la clôture du 28 juillet. Le Brent s'échangeait lundi 14 septembre à 107,49 dollars, en hausse de 2,75 % sur la séance. L'inflation est remontée à 2,9 % sur un an en juillet, après 2,6 % en juin, selon l'Office for National Statistics. L'indice sous-jacent est resté à 2,6 % et les services ont ralenti de 3,6 % à 3,4 %. Le chiffre d'août paraîtra le mercredi 16 septembre à 7 heures, soit la veille de la décision.

Un portefeuille ramené de 875 à 488 milliards

Entre 2009 et 2021, la Banque d'Angleterre a acheté 875 milliards de livres d'obligations souveraines britanniques au titre de l'assouplissement quantitatif (QE, quantitative easing), selon Reuters. Le dénouement a débuté en 2022, par un mélange de ventes actives et de non réinvestissement des titres arrivés à échéance.

En septembre 2024, le comité avait fixé la réduction à 100 milliards de livres sur douze mois, dont 13 milliards par ventes actives. Un an plus tard, il a voté par 7 voix contre 2 un rythme abaissé à 70 milliards entre octobre 2025 et septembre 2026, dont 21 milliards de ventes, ce qui ramène le stock détenu à des fins de politique monétaire à 488 milliards.

Le calendrier du trimestre en cours montre la prudence adoptée sur la partie longue de la courbe. Pour le troisième trimestre 2026, l'avis de marché du 19 juin programme trois adjudications de 725 millions de livres sur le segment 3 à 7 ans et deux adjudications de 600 millions sur le segment 7 à 20 ans. Aucune vente n'est prévue au delà de 20 ans.

Pourquoi le marché table sur 50 milliards

Dans l'enquête de juillet, la médiane des 68 réponses situe la réduction de la période suivante, d'octobre 2026 à septembre 2027, à 50 milliards de livres, avec un premier quartile à 50 et un troisième à 55. Les participants prolongent la décrue ensuite: 45 milliards pour le cycle 2027 à 2028, 35 milliards pour celui de 2028 à 2029 et 25 milliards pour celui de 2029 à 2030.

Interrogés sur la ventilation des ventes de la prochaine période, ils anticipent 43,3 % sur les maturités 3 à 7 ans, 41,1 % sur 7 à 20 ans et 15,6 % au delà de 20 ans. La même enquête place le taux neutre médian à 3,25 % et la croissance britannique 2026 à 1,00 %.

La banque centrale a chiffré l'effet de son propre programme. Fin juillet, elle estimait que le QT avait contribué pour 20 à 30 points de base à une hausse de 200 points de base des primes de terme sur les gilts depuis 2022, soit environ 5 points de base de plus que son estimation de l'année précédente.

Les gilts longs au plus haut de l'année

Le marché obligataire pèse sur l'arbitrage. Lundi 14 septembre en fin de matinée, le gilt à 10 ans se traitait à 5,37 % et le 30 ans à 5,91 %, ce dernier ayant inscrit dans la séance son plus haut des douze derniers mois à 5,95 %. Sur la même fenêtre, le point bas du 10 ans ressortait à 4,23 %.

L'écart avec le continent demeure large. L'OAT française à 10 ans cotait 4,48 % et sa version à 30 ans 5,14 %, contre 3,52 % pour le Bund à 10 ans et 4,96 % pour le dix ans américain. Le FTSE 100 gagnait 0,52 % à 10 706,06 points, tandis que la livre cédait 0,27 % face au dollar, à 1,3482.

Ces niveaux dépassent nettement ce qu'attendaient les intervenants en juillet, qui plaçaient le gilt à 10 ans à 4,80 % en médiane pour fin décembre 2026. Un décalage de près de 60 points de base en deux mois alimente l'argument des gérants qui réclament un freinage plus marqué des ventes.

La facture budgétaire du dénouement

Le programme comporte une dimension budgétaire explicite, la Facilité d'achat d'actifs (APF) étant indemnisée par le Trésor britannique. Le rapport trimestriel publié le 4 août 2026 rappelle que les transferts nets de l'APF vers le Trésor avaient culminé à 123,9 milliards de livres cumulés fin septembre 2022. Les flux se sont inversés dès octobre 2022.

Fin juin 2026, le cumul net transféré au Trésor ne s'élevait plus qu'à 16,2 milliards, et la banque centrale prévoit que les versements du Trésor vers l'APF restent nécessaires jusqu'au terme du dénouement. Son rapport souligne toutefois que les économies de charge de la dette permises par le QE compensent en grande partie, voire en totalité, ces transferts sur la durée de vie du programme. L'arbitrage intervient alors que John Healey, chancelier de l'Échiquier, prépare son budget d'automne sous la contrainte d'un marché obligataire tendu.

Ce que l'épargnant français doit surveiller

La divergence entre les deux rives de la Manche s'accentue. La Banque centrale européenne a relevé son taux de dépôt à 2,50 %, avec effet au 16 septembre 2026, après 2,25 % depuis le mois de juin. Confrontée au même choc énergétique, la Banque d'Angleterre laisse son taux immobile et ajuste le levier de son bilan.

Le comité a rappelé en septembre 2025 qu'une barre élevée s'appliquait à toute modification du rythme prévu en dehors de la revue annuelle. La décision de jeudi engage donc douze mois. Le niveau retenu indiquera jusqu'où une banque centrale accepte de laisser les primes de terme peser sur son émetteur souverain avant de lever le pied, une question que les détenteurs d'OAT longues et de fonds obligataires européens suivent de près.

Trois paramètres méritent l'attention jeudi: le montant annuel retenu, la part réalisée par ventes actives plutôt que par simples tombées, et la répartition par maturité. Ce dernier réglage commande la pression exercée sur les échéances longues, celles qui déterminent le coût du crédit immobilier et le rendement des portefeuilles obligataires.

Sources

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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