Safran relève ses objectifs 2026 après un premier semestre à marge record
Safran a publié le 28 juillet un chiffre d'affaires semestriel ajusté de 17,6 milliards d'euros, en hausse de 19 %, et une marge opérationnelle record de 18,4 %. Le groupe relève tous ses objectifs 2026, porté par les pièces de rechange pour moteurs civils.
Safran a publié le 28 juillet ses comptes du premier semestre 2026 et relevé l'ensemble de ses objectifs annuels. Le motoriste français affiche un chiffre d'affaires ajusté de 17 571 millions d'euros, en progression de 19,0 % sur un an et de 20,2 % en organique. Le résultat opérationnel courant ajusté atteint 3 237 millions d'euros, en hausse de 29,0 %. La marge opérationnelle ressort à 18,4 % du chiffre d'affaires, en amélioration de 140 points de base, un niveau que le groupe n'avait jamais atteint.
Le résultat net ajusté part du groupe s'établit à 1 924 millions d'euros, en progression de 21 %. Le flux de trésorerie disponible atteint 2 616 millions d'euros, contre 1 830 millions un an plus tôt.
"Porté par une forte demande de pièces de rechange pour moteurs civils, Safran a réalisé un excellent premier semestre 2026, dépassant largement nos attentes", a déclaré Olivier Andriès, directeur général du groupe, qui souligne une rentabilité record.
La rechange civile fait toute la différence
La performance ne vient pas de la vente de matériel neuf mais de l'entretien du parc en service. Les ventes de pièces de rechange pour moteurs civils progressent de 27,9 % en dollars sur le semestre. L'ensemble des services liés aux moteurs civils bondit pour sa part de 40,4 %. Cette activité concentre l'essentiel de la rentabilité du groupe.
La mécanique est structurelle et propre au métier de motoriste. Un moteur neuf se vend à faible marge, parfois à perte dans les premières années d'un programme, puis se rémunère pendant vingt à trente ans sur les visites d'atelier et les pièces détachées. Le parc de CFM56, la génération précédente, reste massivement en exploitation et alimente un flux de révisions récurrent, pendant que la flotte de LEAP commence tout juste à rejoindre les ateliers.
La division Propulsion illustre ce basculement. Son chiffre d'affaires progresse de 27,7 % en organique et son résultat opérationnel courant atteint 2 253 millions d'euros, en hausse de 28 %, pour une marge de 24,5 %, en amélioration de 120 points de base.
Le LEAP franchit un nouveau palier
Safran a livré 1 030 moteurs LEAP au premier semestre, soit 41 % de plus qu'un an plus tôt, dont 510 sur le seul deuxième trimestre. C'est le quatrième trimestre consécutif au-dessus de la barre des 500 unités.
Le LEAP est produit par CFM International, coentreprise détenue à parts égales avec l'américain GE Aerospace. Il équipe l'Airbus A320neo, le Boeing 737 MAX et le COMAC C919 chinois. La cadence de livraison dépend donc directement des chaînes d'assemblage des avionneurs. Airbus a livré 351 appareils sur le premier semestre 2026 contre 306 un an plus tôt, vise environ 870 livraisons sur l'année et annonce une cadence A320 comprise entre 70 et 75 appareils par mois d'ici la fin 2027.
GE Aerospace, qui publiait ses propres comptes le 16 juillet, avait signalé des tensions d'approvisionnement persistantes. Safran classe de son côté la chaîne d'approvisionnement parmi ses points de vigilance, aux côtés de l'impact potentiel du conflit au Moyen-Orient.
Des objectifs relevés sur toute la ligne
Le groupe attend désormais une croissance du chiffre d'affaires de l'ordre de 15 % en 2026, contre une fourchette basse à moyenne annoncée jusqu'ici. Le résultat opérationnel courant ajusté est attendu entre 6,4 et 6,5 milliards d'euros, contre 6,1 à 6,2 milliards précédemment. Le flux de trésorerie disponible est relevé de la fourchette 4,4 à 4,6 milliards vers 4,7 à 4,9 milliards.
Les hypothèses opérationnelles suivent le même mouvement. La croissance des livraisons de LEAP est désormais attendue dans le haut de la fourchette comprise entre 15 % et 20 %, contre environ 15 % auparavant. Les ventes de pièces de rechange en dollars sont attendues en hausse d'environ 25 %, contre 15 % précédemment, et les services d'environ 25 % également, contre 20 %.
Le groupe a consacré 980 millions d'euros à ses investissements industriels sur le semestre, contre 788 millions un an plus tôt, principalement pour élargir ses capacités de maintenance et de production. La recherche et développement totale atteint 1 105 millions d'euros, dont 701 millions autofinancés.
Ce que le résultat consolidé ne dit pas
Un chiffre détonne dans la publication. Le résultat net consolidé part du groupe s'établit à 1 750 millions d'euros, contre 5 045 millions au premier semestre 2025. Le bénéfice par action passe de 12,07 à 4,21 euros. Cet écart n'a rien d'opérationnel.
Safran publie des données ajustées qui neutralisent deux éléments comptables : l'amortissement des actifs incorporels issus du rapprochement entre Sagem et Snecma, et surtout la variation de juste valeur de son portefeuille de couverture de change. Le groupe facture une large part de son activité en dollars et supporte une part importante de ses coûts en euros. Il couvre donc cette exposition sur plusieurs exercices. Les mouvements de parité font varier la valeur comptable de ce portefeuille d'une année sur l'autre, indépendamment de l'activité du semestre, et gonflaient la base de comparaison de 2025.
Le paramètre économique à suivre reste le taux couvert. Safran retient une hypothèse de 1,15 dollar pour un euro en 2026, pour un taux de couverture de 1,12. Le groupe indique disposer d'une couverture complète jusqu'en 2029, à des taux ciblés entre 1,12 et 1,14. Cette visibilité protège les marges à moyen terme, mais elle empêche aussi de profiter pleinement d'un éventuel raffermissement du dollar.
La défense change d'échelle
La division Équipements et Défense progresse de 14,0 %, avec un résultat opérationnel courant de 907 millions d'euros, en hausse de 29 %, pour une marge de 13,1 %, en amélioration de 60 points de base. Safran a livré 33 moteurs M88, qui propulsent le Rafale de Dassault Aviation, soit plus du triple du volume de l'an dernier.
Cette montée en puissance accompagne la hausse des cadences chez l'avionneur, portée par les commandes à l'export. Elle apporte au groupe un moteur de croissance moins dépendant du trafic aérien commercial, dans un contexte de réarmement européen.
Les Aircraft Interiors restent le maillon le plus fragile du portefeuille. Le chiffre d'affaires progresse de 6,6 % et le résultat opérationnel courant atteint 54 millions d'euros, soit une marge de 3,7 %. La progression de 200 points de base est la plus forte des trois divisions, mais le niveau absolu demeure très éloigné des deux autres.
Une valorisation qui laisse peu de place à l'erreur
Pour un épargnant français, le dossier présente un profil particulier. Le titre est éligible au plan d'épargne en actions, il figure parmi les plus fortes pondérations du CAC 40 et il donne accès à un cycle industriel long. Le groupe a par ailleurs racheté environ 2,6 millions de ses propres actions pour 804 millions d'euros au premier semestre et versé 1 390 millions d'euros de dividendes à ses actionnaires.
La contrepartie tient dans le prix. Au cours de 333,20 euros relevé le 28 juillet, la capitalisation atteint environ 139 milliards d'euros, soit près de 32,6 fois les bénéfices attendus pour 2026, pour un rendement du dividende estimé à 1,22 %. À ce niveau, une large part du cycle de rechange est déjà intégrée dans les cours. Un ralentissement du trafic aérien, un nouveau décalage des cadences chez les avionneurs ou une dégradation de la chaîne d'approvisionnement pèseraient rapidement sur ce multiple.
Ce qu'il faut surveiller
- La cadence de livraison des LEAP au second semestre, indicateur avancé du chiffre d'affaires de la Propulsion et de la trajectoire d'Airbus vers 870 appareils.
- Le rythme d'entrée des premiers LEAP en visite d'atelier, qui déterminera le relais de croissance des services après le pic du CFM56.
- L'évolution de la parité entre l'euro et le dollar par rapport au taux couvert de 1,12, qui fixe le point d'entrée des marges de 2027 et des exercices suivants.
- Les tensions sur les pièces forgées et les matériaux, identifiées comme point de vigilance par Safran comme par GE Aerospace.
- Le retour des Aircraft Interiors vers une rentabilité à deux chiffres, dernier écart de marge du portefeuille.
Le message des comptes semestriels est net. Safran gagne aujourd'hui davantage d'argent en entretenant les moteurs vendus hier qu'en livrant ceux de demain. Tant que le parc mondial vole et vieillit, cette rente se reconstitue chaque année. Le débat pour l'investisseur ne porte plus sur la solidité du cycle, mais sur le prix auquel il se paie déjà.
Sources
- Safran, communiqué de résultats du premier semestre 2026, 28 juillet 2026
- Safran, rapport financier semestriel 2026, relayé par WebDisclosure
- ABC Bourse, couverture de la publication Safran, 28 juillet 2026
- Boursorama, cotation et actualités Safran, 28 juillet 2026
- Zonebourse, ratios de valorisation et consensus Safran
- Safran, communiqué de chiffre d'affaires du premier trimestre 2026, 23 avril 2026
- Safran, résultats annuels 2025 et investor update, 13 février 2026
- GE Aerospace, communiqué de résultats du deuxième trimestre 2026
- Air Journal, objectifs de livraisons Airbus 2026
- ABC Bourse, cadences de production A320 chez Airbus
- L'Essentiel de l'éco, cadences Airbus, Boeing et COMAC
- Safran, fiche technique du moteur M88
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