Le télécom canadien BCE dépasse les attentes au T3, porté par le Mondial et l'IA
BCE, maison mère de Bell Canada, publie un bénéfice ajusté supérieur au consensus au troisième trimestre, soutenu par les audiences record de la Coupe du monde 2026 et la croissance de ses solutions d'intelligence artificielle. L'action gagne plus de 3 % à Toronto.
BCE Inc., maison mère de l'opérateur Bell Canada, a publié jeudi 5 novembre des résultats trimestriels supérieurs aux attentes des analystes, portés par les audiences de la Coupe du monde 2026 et par ses activités liées à l'intelligence artificielle. Le bénéfice ajusté s'établit à 0,74 dollar canadien par action au troisième trimestre, en recul de 6,3 % sur un an. En dollars américains, il ressort à 53 cents par action, contre 49 cents attendus, et les revenus, à 4,42 milliards de dollars, dépassent les 4,34 milliards espérés. À la Bourse de Toronto, le titre gagnait plus de 3 % en matinée, à 30,38 dollars canadiens.
Coté à Toronto et à New York, BCE combine réseaux mobiles et fibre au Canada et aux États-Unis, médias avec Bell Media et services numériques aux entreprises. Le groupe boucle le trimestre sur des revenus de 6,18 milliards de dollars canadiens, en hausse de 2,2 %, et un EBITDA ajusté de 2,79 milliards, en progression de 0,9 %. C'est le quatrième trimestre consécutif de bénéfice ajusté supérieur au consensus.
Des audiences record pour le Mondial
La division Bell Media, diffuseur de la Coupe du monde 2026 au Canada, signe le trimestre le plus visible : 803 millions de dollars canadiens de revenus, en hausse de 9,7 % sur un an, et un EBITDA ajusté en progression de 8,0 % à 256 millions. La publicité bondit de 9,0 %, tirée par le sport. Les retransmissions du Mondial ont touché plus de 30 millions de Canadiens, et la finale a réuni en moyenne 6,4 millions de téléspectateurs, du jamais vu pour un match de Coupe du monde au pays. Le réseau de Bell a acheminé 330 téraoctets de trafic mobile dans les stades et les zones de supporters de Toronto et de Vancouver pendant la compétition.
La plateforme de streaming Crave prolonge l'élan avec 5,15 millions d'abonnés, en hausse de 21 % sur un an, dont les formules vendues directement aux téléspectateurs gagnent 41 %. Les revenus numériques de Bell Media progressent de 19,9 %, une bascule qui compense la faiblesse persistante de la publicité traditionnelle.
L'intelligence artificielle, deuxième moteur
Auprès des entreprises, les revenus du segment Bell Business Markets gagnent 9,2 %, avec 41 % de croissance pour les solutions d'intelligence artificielle, emmenées par Ateko et Bell Cyber. « Depuis notre journée investisseurs de 2025, les résultats du troisième trimestre de Bell traduisent un investissement responsable dans nos principaux relais de croissance et une exécution déterminée de nos priorités de long terme », commente Mirko Bibic, président directeur général de BCE et de Bell Canada.
Le groupe accélère aussi ses centres de données. Bell a signé un protocole d'accord non contraignant avec le gouvernement de la Saskatchewan pour étudier jusqu'à 900 mégawatts de capacité supplémentaires sur son site près de Regina, soit un potentiel de 1,2 gigawatt au total pour son programme Bell AI Fabric. La filiale américaine Ziply Fiber, acquise le 1er août 2025, apporte pour sa part 8 556 nouvelles connexions fibre aux États-Unis sur le trimestre. Au total, BCE compte 67 199 nouveaux abonnés résidentiels à la fibre, toutes géographies, et ses revenus internet gagnent 5,1 %.
Le pari des centres de données pèse sur la trésorerie
La contrepartie de cette bascule se lit dans les comptes. Le résultat net recule de 84,6 % à 701 millions de dollars canadiens, un repli mécanique : le troisième trimestre 2025 avait encaissé les plus-values de la cession de la participation minoritaire du groupe dans Maple Leaf Sports and Entertainment. Hors cet effet, le bénéfice ajusté perd 5,2 % à 695 millions. Les dépenses d'investissement bondissent de 49,3 % à 1,33 milliard de dollars, pour construire les centres de données de Bell AI Fabric au Canada et étendre le réseau de fibre de Ziply Fiber aux États-Unis. L'intensité capitalistique atteint 21,5 % des revenus, contre 14,7 % un an plus tôt, et le flux de trésorerie disponible recule de 14,9 % à 854 millions, alors que les flux opérationnels s'améliorent de 15,9 % à 2,22 milliards.
La direction confirme ses objectifs annuels : croissance des revenus entre 1 % et 5 %, EBITDA ajusté en hausse de 0 % à 4 %, mais un bénéfice ajusté par action attendu en recul de 5 % à 11 % et un flux de trésorerie disponible ramené entre 2,1 et 2,3 milliards de dollars canadiens.
Des pylônes monétisés pour financer la mutation
Le conseil d'administration a maintenu le dividende trimestriel à 0,4375 dollar canadien par action, payable le 15 janvier 2027, soit 1,75 dollar sur l'année. Au cours de 30,38 dollars, ce rendement annuel représente environ 5,8 %, de quoi entretenir l'intérêt des investisseurs en quête de revenus. Pour financer sa transformation, BCE a en outre annoncé un accord définitif avec l'investisseur institutionnel québécois La Caisse, qui acquerra 49,9 % d'une nouvelle société regroupant ses pylônes mobiles pour 2,45 milliards de dollars canadiens. « Cet accord nous permet de faire ressortir la valeur de nos actifs de pylônes tout en conservant le contrôle de l'activité », résume Mirko Bibic. L'objectif d'une dette nette ramenée à 3,5 fois l'EBITDA d'ici la fin 2027 est réaffirmé.
Une action sous pression depuis janvier
Le rebond du jour ne suffit pas encore à redresser le bilan annuel : avant la publication, l'action reculait d'environ 11,4 % depuis le 1er janvier, quand l'indice S&P 500 gagnait 12,3 %. Elle avait toutefois déjà avancé d'environ 4 % sur le dernier mois. Les indicateurs opérationnels soutiennent la direction : 24 110 ajouts nets d'abonnés mobiles postpayés, un taux de désabonnement postpayé ramené à 1,06 %, son plus bas niveau de troisième trimestre en quatre ans. Le revenu moyen par utilisateur mobile recule toutefois de 1,7 % à 57,07 dollars canadiens, pénalisé notamment par la mise en application d'une décision du régulateur canadien interdisant certaines facturations aux clients et par des promotions tarifaires devenues plus rares.
La conférence téléphonique avec les analystes, tenue jeudi en fin de matinée, devait permettre à la direction de détailler le calendrier de ses centres de données, désormais au cœur de la valeur de l'action.
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