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Bell cède 49,9 % de ses tours cellulaires à La Caisse pour 2,45 milliards de dollars canadiens

Bell Canada vend 49,9 % de sa nouvelle société de tours cellulaires à La Caisse pour 2,45 milliards de dollars canadiens (1,56 milliard d'euros). L'opération valorise ses plus de 5 000 sites à 4,91 milliards et doit ramener le levier de BCE vers 3,5 fois.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Pylône de téléphonie cellulaire en treillis au bord d'un champ québécois, à l'image des 5 000 sites cédés en partie par Bell à La Caisse

Bell Canada, filiale du groupe canadien de télécommunications BCE Inc., a signé le 27 octobre 2026 une entente définitive avec La Caisse (Caisse de dépôt et placement du Québec). Le fonds québécois achète 49,9 % d'une nouvelle société regroupant les tours cellulaires de Bell pour 2,45 milliards de dollars canadiens, soit environ 1,56 milliard d'euros. La transaction valorise cette société, baptisée provisoirement TowerCo, à environ 4,91 milliards de dollars canadiens (près de 3,13 milliards d'euros).

BCE, sigle de Bell Canada Enterprises, n'a aucun lien avec la Banque centrale européenne. Le groupe affectera le produit de la cession à la réduction de sa dette et au financement de ses relais de croissance, dont les centres de données consacrés à l'intelligence artificielle.

Les termes de l'entente

TowerCo détiendra et exploitera plus de 5 000 sites répartis dans tout le Canada, ce qui en fera la plus grande société spécialisée dans les tours du pays. Son siège sera à Montréal. Bell conservera 50,1 % du capital et le contrôle de la société, dont les résultats resteront consolidés dans ses comptes.

  • Périmètre cédé : les infrastructures passives (pylônes et structures qui portent les antennes).
  • Actifs conservés par Bell : ses fréquences, tout l'équipement de réseau actif et les terrains dont il est propriétaire.
  • Location : TowerCo louera à Bell de la capacité sur les tours transférées, dans le cadre d'ententes à long terme, et construira de nouveaux sites pour l'opérateur au besoin.
  • Dette : TowerCo ne devrait porter aucune dette financière à la clôture.
  • Calendrier : la clôture est prévue au premier trimestre 2027, sous réserve des approbations réglementaires.

La direction de TowerCo revient à J. Bruce Furlong, ancien dirigeant de Bell. La société vise trois sources de croissance : la construction de sites, la densification du réseau et la location d'emplacements à d'autres opérateurs, appelée colocalisation.

Un levier financier à ramener à 3,5 fois

La cession s'inscrit dans le plan présenté lors de la Journée des investisseurs de 2025. BCE s'est engagé à ramener son ratio de levier financier net (dette nette divisée par l'excédent brut d'exploitation ajusté des douze derniers mois) à 3,5 fois d'ici la fin de 2027. Au 30 juin 2026, ce ratio s'établissait à 3,7 fois et la dette nette atteignait 39,96 milliards de dollars canadiens.

Si l'intégralité des 2,45 milliards servait à rembourser de la dette, le ratio reculerait mécaniquement vers 3,5 fois à excédent brut d'exploitation inchangé. BCE n'a pas chiffré cet effet dans son communiqué. Mirko Bibic, président et chef de la direction, a déclaré en entretien que la transaction permettrait d'atteindre ou de dépasser l'objectif tout en continuant d'investir.

« Comme nous le répétons depuis le début de 2025, notre approche consiste à renforcer notre bilan, à investir dans la croissance et à générer un rendement total pour nos actionnaires. Cette transaction s'inscrit dans notre approche, et le produit de la transaction servira à mettre en œuvre cette stratégie claire. »

Mirko Bibic, président et chef de la direction de BCE et de Bell Canada

Le groupe a engagé ce désendettement au printemps 2025, en réduisant de plus de moitié son dividende ordinaire. Il a ensuite cédé sa participation dans Maple Leaf Sports and Entertainment pour 4,7 milliards de dollars canadiens.

Une valorisation calquée sur l'accord Telus

La Caisse avait conclu en août 2025 une opération de même structure avec l'opérateur Telus. Elle avait acquis 49,9 % de Terrion, la filiale de tours de Telus, pour environ 1,26 milliard de dollars canadiens, ce qui valorisait l'ensemble à plus de 2,5 milliards pour près de 3 000 sites. Rapportée au nombre de sites, cette valorisation ressort à environ 840 000 dollars canadiens par site. Celle de TowerCo se situe sous le million de dollars canadiens par site.

Mirko Bibic a indiqué en entretien que Bell avait obtenu une valorisation proche de celle de Telus pour un réseau deux fois plus étendu. Il a précisé que plusieurs investisseurs institutionnels canadiens et étrangers avaient participé à l'enchère, menée sur plusieurs mois.

La thèse de La Caisse : plusieurs locataires par pylône

« Une même tour de télécommunications peut héberger plusieurs réseaux. En rendant cette infrastructure accessible à différents fournisseurs de services, nous pouvons renforcer la couverture, améliorer l'efficacité globale du système et ainsi permettre à un plus grand nombre de personnes d'accéder à la connectivité dont elles dépendent au quotidien. »

Emmanuel Jaclot, premier vice-président et chef, Infrastructures et Investissement durable à La Caisse

Emmanuel Jaclot a ajouté en entretien qu'une fois la tour construite, le coût d'ajout d'un client supplémentaire reste minime. La Caisse gère 552 milliards de dollars canadiens d'actifs nets au 30 juin 2026 pour 48 déposants, qui représentent plus de 6 millions de Québécois. Elle détient déjà des sociétés de tours aux États-Unis, en Europe et en Nouvelle-Zélande.

Les points de vigilance

Pour les actionnaires de BCE, la vente transfère à La Caisse 49,9 % des flux futurs de TowerCo, y compris une part des loyers que Bell versera pour utiliser ses anciennes tours.

Le succès du modèle dépend de la capacité de TowerCo à attirer d'autres opérateurs sur ses sites. Le marché canadien suit un mouvement engagé depuis deux décennies par la plupart des opérateurs américains, asiatiques et européens, qui ont cédé leurs pylônes.

Avant l'annonce, Maher Yaghi, analyste chez Banque Scotia, jugeait possible la vente d'une large participation minoritaire dans les tours, avec un recyclage du produit vers les infrastructures d'IA. Il se disait favorable à une telle structure si la valorisation et la gouvernance étaient attractives.

À suivre

  • Les approbations réglementaires canadiennes, préalables à une clôture au premier trimestre 2027.
  • L'affectation précise du produit entre remboursement de dette et investissements, dont les centres de données de Bell AI Fabric en Saskatchewan.
  • Les résultats du troisième trimestre 2026 de BCE, qui actualiseront le ratio de levier financier net.

Pour un épargnant français, l'opération illustre la place des infrastructures de télécommunications dans les portefeuilles des grands fonds de pension : des actifs aux revenus locatifs de long terme, adossés à des contrats avec des opérateurs.

Sources

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Tags :

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.