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Solvabilité de Wakam à 66 % : l'ACPR réclamerait 200 millions d'euros

Wakam SA couvre 66 % de son capital de solvabilité requis fin 2025, selon son propre rapport. L'Argus de l'assurance évoque une exigence de 200 millions d'euros de l'ACPR. La compagnie porte en marque blanche des garanties facultatives, que nul fonds de garantie ne protège.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Visualisation abstraite d'une structure financière fragilisée, évoquant la dégradation du ratio de solvabilité d'un assureur européen

Wakam SA couvrait 66 % de son capital de solvabilité requis au 31 décembre 2025, pour un seuil réglementaire fixé à 100 %. Le SCR (Solvency Capital Requirement, le capital que la directive Solvabilité II impose de détenir pour absorber un choc survenant une fois tous les deux cents ans) atteignait 61 millions d'euros à cette date. Le chiffre figure dans le SFCR (Solvency and Financial Condition Report, le rapport public de solvabilité que chaque assureur européen publie chaque année), approuvé par le conseil d'administration de la compagnie le 8 avril 2026.

L'Argus de l'assurance a écrit le 16 septembre 2026 que l'ACPR (Autorité de contrôle prudentiel et de résolution, le superviseur français des banques et des organismes d'assurance) exigerait un adossement en urgence de 200 millions d'euros pour combler ce déficit. L'Agefi a chiffré le 21 septembre le besoin à 140 millions d'euros de fonds propres, assortis de l'arrivée d'un nouvel actionnaire avant la fin de l'année. Sollicitée par L'Argus, la compagnie n'a pas répondu dans les délais impartis.

Le dossier dépasse le cas d'une compagnie isolée. Wakam porte en marque blanche des garanties vendues sous l'enseigne de courtiers, de MGA (managing general agents, des intermédiaires qui souscrivent les risques pour le compte d'un assureur) et de plateformes numériques. L'assuré signe avec une marque commerciale, tandis que la garantie est portée par une société dont le nom ne figure que dans la notice d'information.

Un ratio de 66 % après deux décisions comptables

Avant retraitement, les comptes 2025 affichaient une couverture de 1,58 fois le SCR et de 4,86 fois le MCR (Minimum Capital Requirement, le plancher absolu de fonds propres sous lequel l'agrément est en jeu). Deux décisions ont fait basculer le ratio. La première est une opération non récurrente d'apurement comptable. La seconde retient une hypothèse conservatrice de reconnaissance des créances de plus de trois mois, dans l'attente de l'opérationnalité complète de la balance âgée, prévue en 2026.

L'effet combiné des deux écritures a ramené la couverture du SCR à 66 % et celle du MCR à 150 %, pour un minimum requis de 16,6 millions d'euros, et fait apparaître un besoin de capital de 20 millions d'euros. La compagnie indique avoir informé l'ACPR au titre de l'article L. 352-1 du Code des assurances et avoir engagé un plan de remédiation. Une recapitalisation de 34 millions d'euros a été réalisée en mars 2026, financée par la holding Big Wakam SAS et par l'actionnaire principal Opera Finance SA, puis une seconde opération a été programmée au deuxième trimestre 2026 pour renforcer les fonds propres Tier 1. Au cours du seul exercice 2025, les actionnaires avaient déjà injecté 85 millions d'euros.

Des primes émises en recul de 305 millions d'euros

Les primes émises sont tombées à 509,4 millions d'euros en 2025, en repli de 305,4 millions sur un an, dont 60 % s'expliquent par la reprise des activités britanniques par la filiale Wakam UK Ltd. Les primes acquises ressortent à 600,7 millions d'euros. La France pèse 50 % du chiffre d'affaires, le Royaume-Uni 41 % et le reste de l'Europe 9 %.

Le ratio de sinistralité net de réassurance s'établit à 84,0 %, en hausse de 8,7 points, sous l'effet négatif de 96,6 millions d'euros liés aux opérations d'apurement. Hors cette écriture exceptionnelle, la marge technique nette atteint 34 millions d'euros. Le résultat net de l'exercice reste déficitaire. En 2025, la compagnie a également conclu un traité de Loss Portfolio Transfer (LPT, une cession à un réassureur de l'intégralité des provisions de sinistres d'exercices passés) avec le groupe Compre, spécialiste de la gestion des portefeuilles en extinction, portant sur les survenances 2024 et antérieures.

La presse spécialisée avance un besoin de 200 millions d'euros

Selon L'Argus de l'assurance, le collège du superviseur n'aurait pas validé les comptes de la compagnie lors d'une décision intervenue en juin, et des réserves pèseraient sur la sincérité des états financiers. Le titre évalue les besoins de trésorerie à court terme à 140 millions d'euros, auxquels s'ajouterait le remboursement d'un prêt de 15 millions d'euros au 1er janvier. Il fait état d'une couverture de réassurance à hauteur de 75 % et d'une cession rapide imposée par le régulateur, avec peu de candidats déclarés. Ces éléments reposent sur les informations du journal et n'ont pas été confirmés publiquement par l'ACPR.

Le registre officiel de l'ACPR recensait au 21 septembre 2026 Wakam SA parmi les organismes d'assurance agréés, avec ses branches d'agrément et ses 29 passeports européens. Aucune décision de retrait d'agrément ni de la commission des sanctions visant la compagnie ne figure dans le recueil public du superviseur à cette date. Wakam SA reste habilitée à exercer en France et en libre prestation de services dans 29 pays européens. Tant que l'agrément tient, les contrats produisent leurs effets et les sinistres sont indemnisés selon les conditions souscrites.

Derrière une garantie annulation, un porteur de risque invisible

Wakam SA est agréée en France pour la branche 16 de l'article R. 321-1 du Code des assurances, celle des pertes pécuniaires diverses, sous laquelle se logent les garanties d'annulation. La compagnie distribue ses produits via sa plateforme Play&Plug, auprès de partenaires professionnels de l'assurance comme les courtiers, les MGA et les acteurs de l'insurtech, mais aussi de distributeurs non assureurs comme les détaillants et les places de marché. Le contrat Cancel-R, une couverture d'annulation de journées de roulage sur circuit distribuée par le cabinet VAX Conseils, illustre ce schéma : la fiche d'information remise à l'adhérent désigne VAX Conseils comme souscripteur et gestionnaire, et Wakam SA comme entreprise d'assurance.

L'assurance annulation de mariage obéit à la même architecture. Aucun assureur généraliste ne la commercialise en direct : quelques courtiers spécialisés ont noué des accords avec des porteurs de risque pour couvrir l'indisponibilité du lieu, la défaillance d'un prestataire ou l'hospitalisation d'un futur marié. La prime, comprise entre 1 et 3 % du budget de la réception, se règle en une fois, jusqu'à un an avant la cérémonie, et l'engagement de l'assureur court jusqu'au jour J. Sur cette durée, l'exécution de la garantie dépend de la capacité financière du porteur au jour du sinistre.

Le retrait d'agrément met fin aux contrats au quarantième jour

L'article L. 326-12 du Code des assurances règle le scénario extrême. En cas de dissolution d'une entreprise d'assurance à la suite d'une décision de l'ACPR prise au titre des articles L. 326-1 ou L. 326-2, tous les contrats souscrits cessent de plein droit d'avoir effet le quarantième jour à midi, à compter de la publication de la décision au Journal officiel. Les primes déjà échues restent dues à l'entreprise, mais ne lui sont définitivement acquises qu'au prorata de la période garantie jusqu'au jour de la résiliation.

Pour un contrat annuel d'habitation ou d'automobile, ce délai laisse le temps de se replacer chez un concurrent. Pour une garantie attachée à une date unique, le calendrier devient contraignant : un couple dont la réception tombe pendant la fenêtre de quarante jours perdrait sa couverture à quelques semaines de l'événement, au moment précis où les acomptes sont déjà versés et où aucun nouvel assureur n'accepte un risque aussi proche.

Aucun fonds de garantie pour les couvertures facultatives

Le FGAO (Fonds de garantie des assurances obligatoires de dommages) protège les souscripteurs, adhérents et bénéficiaires contre les conséquences du retrait d'agrément d'un assureur, mais son intervention est cantonnée par l'article L. 421-9 du Code des assurances aux contrats dont la souscription est rendue obligatoire par un texte législatif ou réglementaire. La responsabilité civile automobile de l'article L. 211-1 et l'assurance dommages ouvrage de l'article L. 242-1 entrent dans ce périmètre.

Une garantie d'annulation reste facultative. En cas de liquidation du porteur, l'assuré devient un créancier parmi d'autres et déclare sa créance au liquidateur, sans mécanisme de substitution. Le périmètre du fonds se définit par le caractère obligatoire du contrat, indépendamment de la nature du risque couvert.

Les échéances de fin d'année

Trois rendez-vous vont rythmer la suite du dossier. La seconde recapitalisation annoncée pour le deuxième trimestre 2026 doit être confirmée dans ses montants. L'arrivée d'un actionnaire capable d'apporter 140 millions d'euros est attendue avant la clôture de l'exercice, selon L'Agefi. Le remboursement du prêt de 15 millions d'euros au 1er janvier constitue la première échéance de trésorerie datée.

Pour un particulier, la vérification passe par la notice d'information du contrat, qui indique le nom de l'entreprise d'assurance, distinct de celui du distributeur. Le registre public de l'ACPR permet ensuite de contrôler le statut de cette entreprise, à partir de son nom ou de son numéro SIREN.

Sources

  • Wakam SA, Rapport sur la solvabilité et la situation financière, exercice 2025, approuvé le 8 avril 2026
  • Registre officiel de l'ACPR, fiche détaillée Wakam, consultée le 21 septembre 2026
  • L'Argus de l'assurance, 16 septembre 2026
  • L'Agefi, 21 septembre 2026
  • Code des assurances, articles L. 326-12, L. 352-1, L. 421-9 et R. 321-1, Légifrance
  • VAX Conseils, fiche d'information et de conseil préalable du contrat Cancel-R

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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