La livre sterling au plus haut depuis 16 mois face à l'euro, lesté par la dette française
L'euro est tombé mercredi à 0,845 livre, son plus bas depuis juin 2025, après neuf séances de baisse. Les craintes sur les finances publiques françaises font monter l'OAT à 10 ans à 4,88 %, tandis que les marchés parient sur une hausse de taux de la Banque d'Angleterre.
La livre sterling a atteint mercredi 7 octobre son plus haut niveau depuis 16 mois face à l'euro. Selon Reuters, l'euro a reculé de 0,27 % à 84,49 pence, son plus bas niveau depuis juin 2025, et aligne une neuvième séance de baisse consécutive face à la devise britannique. L'agence attribue ce repli aux inquiétudes sur la situation budgétaire de la France à l'approche de l'élection présidentielle de 2027.
La monnaie unique perd du terrain face au dollar dans les mêmes proportions. L'euro cédait 0,6 % à 1,1199 dollar en fin de matinée, selon Reuters. La livre reculait de 0,3 % face au billet vert, à 1,3239 dollar, soutenu par la hausse du pétrole selon l'agence. Sa progression face à l'euro tient à la faiblesse de la monnaie unique.
Le cours de l'euro face à la livre depuis janvier
Les cotations de CNBC et de Yahoo Finance situaient le plus bas de la séance entre 0,8447 et 0,8449 livre pour un euro. Il faut remonter au début de juin 2025 pour retrouver un tel niveau : le cours de référence de la BCE oscillait alors entre 0,8419 et 0,8436 livre du 2 au 9 juin 2025.
Le recul s'est accéléré depuis la fin septembre. Le cours de référence publié par la Banque centrale européenne (BCE) est passé de 0,86045 livre le 25 septembre à 0,8488 livre le 6 octobre. Le 2 janvier 2026, un euro valait 0,8719 livre. Sur l'année, la perte de la monnaie unique face à la devise britannique atteint environ 3 %.
Le rendement de l'OAT à 10 ans repart à la hausse
Sur le marché obligataire, le rendement de l'OAT à 10 ans progressait de 13,6 points de base à 4,88 % vers 12h10, heure de Paris, selon les cotations de CNBC. Le Bund allemand de même échéance s'établissait à 3,50 %. L'écart entre les deux emprunts d'État atteignait environ 138 points de base. Le taux italien à 10 ans, à 4,67 %, restait inférieur au taux français.
La tension est revenue après une journée d'accalmie. Selon Reuters, le rendement de l'OAT avait reculé de plus de 11 points de base mardi, avant de regagner plus de 7 points dès les premiers échanges de mercredi. Le gouverneur de la Banque de France, Emmanuel Moulin, a déclaré mercredi sur France Inter que la situation ne nécessitait pas, à ce stade, une intervention de la BCE, rapporte l'agence.
Le calendrier politique entretient la nervosité des investisseurs. Les députés de la commission des finances ont ouvert mercredi l'examen de la partie recettes du projet de loi de finances pour 2027, selon Le Parisien. Le texte vise un déficit public ramené à 5 % du PIB en 2027 et prévoit quelque 45 milliards d'euros d'économies nouvelles. Son examen en séance doit commencer le 13 octobre.
Le Premier ministre Sébastien Lecornu doit s'exprimer mercredi soir depuis Matignon sur les lycées, les carburants, la crise agricole et la situation financière du pays. Mardi, Marine Le Pen, candidate du Rassemblement national à la présidentielle, a promis 140 milliards d'euros d'économies cumulées sur le quinquennat en cas de victoire, selon Reuters.
La Banque d'Angleterre attendue sur une hausse de taux en novembre
La devise britannique profite d'un écart d'anticipations entre banques centrales. La Banque d'Angleterre (BoE) maintient son taux directeur à 3,75 % depuis le 18 décembre 2025. Selon les données de LSEG citées par Reuters, les marchés attribuent une probabilité de 81 % à une hausse lors de sa prochaine décision, prévue le 5 novembre. La BCE et la Réserve fédérale américaine ont déjà resserré leur politique depuis le début de la guerre en Iran, rappelle Reuters. Les tensions obligataires en zone euro ont toutefois réduit les paris sur de nouvelles hausses de taux de la BCE, selon l'agence.
Le marché obligataire britannique subit la même pression que les marchés européens. Le rendement du gilt à 10 ans a touché 5,44 % mercredi, selon Reuters, porté par la hausse du pétrole. CNBC le cotait à 5,45 % vers 12h10, heure de Paris. Le Brent gagnait 0,96 % à 101,55 dollars le baril en début de matinée, d'après Reuters. Selon l'agence, les taux d'emprunt britanniques à long terme avaient atteint la semaine dernière leur plus haut niveau depuis les années 1990.
Le budget de John Healey, prochain test pour la livre
Les investisseurs attendent le premier budget du chancelier de l'Échiquier John Healey, prévu le 28 octobre selon Reuters. Le 6 octobre, il a reçu au Trésor les économistes des teneurs de marché de la dette britannique. Selon le compte rendu publié mercredi par le Trésor, il a insisté sur la crédibilité budgétaire et réaffirmé l'engagement du gouvernement envers ses règles budgétaires.
« Ce sera un budget qui penche vers le resserrement budgétaire et qui, au bout du compte, pèse sur la croissance. »
Dominic Bunning, responsable de la stratégie de change G10 chez Nomura, cité par Reuters
Selon cet analyste, des hausses d'impôts comme un relèvement de l'imposition des gains en capital pourraient freiner l'investissement. Elles pèseraient alors davantage sur les perspectives conjoncturelles de la livre que sur ses fondamentaux de long terme.
Les conséquences pour les épargnants français
Pour un épargnant en euros, la hausse de la livre renchérit les achats en sterling. Au cours de référence de la BCE du 2 janvier, 1 000 livres coûtaient environ 1 147 euros. Au cours de mercredi midi, la même somme revient à environ 1 184 euros. Les détenteurs d'actifs libellés en livres, comme des actions cotées à Londres ou des fonds investis en actions britanniques, enregistrent à l'inverse un gain de change lorsqu'ils les convertissent en euros.
La hausse des rendements de l'OAT pèse davantage sur l'épargne française. Les nouvelles émissions de l'État offrent des coupons plus élevés, que les fonds en euros de l'assurance vie n'intègrent que progressivement, au rythme du renouvellement de leurs portefeuilles obligataires. La baisse du prix des obligations déjà émises pèse en revanche sur la valeur des fonds obligataires et des unités de compte exposées à la dette française.
Les prochaines échéances
- Mercredi soir : intervention de Sébastien Lecornu depuis Matignon.
- Mercredi : publication du compte rendu de la dernière réunion de la Réserve fédérale américaine.
- 28 octobre : premier budget de John Healey.
- 5 novembre : décision de taux de la Banque d'Angleterre.
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