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easyJet cède à Castlelake : 690 pence par action pour un rachat à 5,5 milliards de livres

Le conseil d'easyJet s'est déclaré prêt à recommander l'offre de 690 pence par action de Castlelake, valorisant la compagnie à 5,5 milliards de livres. Après quatre refus, la cinquième proposition du fonds américain acte le retrait probable d'un poids lourd de Londres.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Visualisation abstraite d'une trajectoire aérienne ascendante fusionnant avec des flux de capitaux, symbolisant le rachat d'une compagnie aérienne européenne par un fonds américain

Le conseil d'administration d'easyJet a franchi un cap dimanche 5 juillet 2026 en se déclarant prêt à recommander l'offre de rachat du fonds américain Castlelake. La proposition, fixée à 690 pence par action en numéraire, valorise la compagnie à bas coûts à 5,2 milliards de livres en capital, soit 5,5 milliards sur une base entièrement diluée (environ 7,3 milliards de dollars). Cette cinquième tentative, la plus élevée, marque un revirement après quatre refus successifs et ouvre la voie au retrait d'une valeur emblématique de la Bourse de Londres.

Une bataille menée en cinq offres

La séquence a débuté le 29 mai 2026, lorsque Castlelake a approché la compagnie une première fois à 560 pence par action. Le conseil a écarté cette proposition, puis les trois suivantes, portées successivement à 600, 625 et 650 pence. Le quatrième refus, prononcé le 25 juin, a été qualifié d'unanime par la direction.

easyJet a jugé ces avances hautement opportunistes. Selon la compagnie, Castlelake cherchait à s'emparer du transporteur à bon compte, en profitant d'un cours déprimé par le choc géopolitique lié au conflit iranien. La direction a estimé que le marché sous-évaluait alors durablement ses actifs.

Le déblocage est venu après le quatrième rejet. easyJet a ouvert partiellement ses livres et accordé un accès encadré à certaines données commerciales, permettant au fonds d'affiner sa cinquième proposition. Le conseil a conclu que les termes financiers de cette dernière offre se situaient à un niveau qu'il serait, selon ses propres mots, disposé à recommander à ses actionnaires.

Le mécanisme de l'offre et sa prime

À 690 pence, la proposition fait ressortir une prime d'environ 24 % par rapport au cours de clôture de vendredi, à 558,2 pence. L'écart apparaît nettement plus large au regard du cours qui prévalait avant la première approche de fin mai, période durant laquelle l'action évoluait sous pression.

Le règlement s'effectuerait intégralement en numéraire, une caractéristique appréciée des actionnaires en quête de liquidité immédiate. Certains investisseurs réclamaient toutefois davantage : plusieurs voix au capital visaient un seuil de 7 livres par action, soit 10 pence de plus que le montant retenu.

La famille Haji-Ioannou, fondatrice de la compagnie autour de Stelios Haji-Ioannou, demeure le premier actionnaire avec une participation d'environ 15,3 %. Son adhésion sera déterminante pour la suite du processus, tout comme celle des grands gérants institutionnels présents au tour de table.

Le verrou de la propriété européenne

La structure du rachat répond à une contrainte réglementaire majeure. Pour conserver sa licence d'exploitation européenne, une compagnie aérienne doit rester détenue et contrôlée à hauteur d'au moins 51 % par des ressortissants de l'Union européenne, en application du règlement européen 1008/2008. easyJet opère notamment sous une licence autrichienne, essentielle à son réseau continental.

Pour respecter ce seuil, le véhicule d'acquisition serait détenu à 49 % par Castlelake et à 51 % par des intérêts européens. Deux figures du secteur incarnent ce volet : Peter Bellew, ancien directeur des opérations d'easyJet entre 2019 et 2022 et ancien patron de Malaysia Airlines, ainsi que Mark Breen, cadre expérimenté de l'aérien. Castlelake soutient que ce montage reproduit des structures déjà adoptées par plusieurs compagnies européennes soumises aux mêmes règles.

easyJet a néanmoins qualifié d'opaque l'identité de certains investisseurs européens pressentis, ce qui laisse subsister une incertitude sur la validation finale par les autorités de l'aviation civile.

Castlelake, un fonds rompu à l'aéronautique

Basé à Minneapolis, Castlelake est un gestionnaire spécialisé dans le crédit privé et les actifs réels, doté d'environ 36 milliards de dollars d'encours. Le fonds n'est pas un nouveau venu dans l'aérien : il a bâti puis cédé le loueur d'avions Avolon et détient une position au capital de la scandinave SAS. Cette expérience du financement de flottes nourrit son argumentaire.

Castlelake affirme vouloir soutenir le programme de modernisation de la flotte et les plans de croissance de la compagnie. easyJet exploite une flotte récente d'appareils de la famille Airbus A320 et détient des créneaux horaires convoités à Londres, Milan et Genève, des actifs stratégiques dans un ciel européen saturé.

Les analystes doutent encore de l'issue

Le marché reste partagé sur l'aboutissement de l'opération. RBC Capital Markets a abaissé sa recommandation d'Outperform à Sector Perform, tout en relevant son objectif de cours de 405 à 600 pence. Citi a suivi une trajectoire comparable, passant de Buy à Neutral avec un objectif porté de 500 à 580 pence.

Les deux établissements pointent la même fragilité : rien ne garantit qu'une offre ferme sera déposée ni qu'un prix définitif sera arrêté. Citi évalue par ailleurs l'actif net de la compagnie dans une fourchette de 770 à 890 pence, un niveau supérieur à l'offre actuelle, et rappelle la pression concurrentielle exercée par Jet2 sur les liaisons entre le Royaume-Uni et l'Espagne.

Ce qu'il faut surveiller

Le calendrier fixe désormais l'échéance. Castlelake a jusqu'au 3 août 2026, à 17 heures heure de Londres, pour déposer une offre ferme ou renoncer, conformément à la règle britannique dite du put up or shut up. D'ici là, trois inconnues domineront : l'accord définitif du conseil sur le prix, la validation réglementaire du montage de propriété européenne et le ralliement des actionnaires, à commencer par la famille fondatrice.

Pour les épargnants exposés aux actions européennes, l'opération illustre une tendance de fond : les fonds de crédit privé disposent de capacités financières considérables pour retirer de la cote des sociétés jugées sous-valorisées. Un aboutissement priverait la Bourse de Londres d'une nouvelle capitalisation de premier plan, prolongeant une érosion des grandes valeurs cotées observée depuis plusieurs années sur la place britannique.

Sources

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.