Société Générale et Deutsche Bank reculent de près de 5 % avec la hausse des taux
L'indice Euro Stoxx Banks cédait 3,8 % mercredi 7 octobre, pénalisé par la remontée des taux souverains. L'écart entre l'OAT et le Bund approchait 140 points de base et le taux italien à dix ans gagnait 15 points.
Les valeurs bancaires européennes ont lâché du terrain mercredi 7 octobre, entraînées par une nouvelle vague de ventes sur les obligations d'État. Vers 14h25, heure de Paris, l'indice Euro Stoxx Banks (les principales banques de la zone euro) cédait 3,77 % à 294,71 points, selon les cotations de CNBC. Son pendant paneuropéen, le STOXX Europe 600 Banks, reculait de 3,40 % à 403 points. Le CAC 40 perdait 1,13 % au même moment, à 7 775,88 points.
Société Générale signait la plus forte baisse des grandes banques suivies, avec un repli de 5,26 % à 63,77 euros. Deutsche Bank abandonnait 4,74 %, UniCredit 4,48 % et Intesa Sanpaolo 4,13 %. BNP Paribas cédait 3,76 % et Crédit Agricole 3,56 %. Les espagnoles Santander et BBVA perdaient chacune près de 3,8 %, ING 2,8 %.
L'écart entre la France et l'Allemagne frôle 140 points de base
La pression vient du marché de la dette souveraine. Le rendement de l'OAT (obligation assimilable du Trésor, l'emprunt d'État français) à dix ans montait de 16 points de base à 4,909 % vers 14h40, selon CNBC. Le Bund allemand de même échéance ne prenait que 3 points, à 3,513 %. L'écart entre les deux titres, le spread, atteignait ainsi près de 140 points de base, contre 127 à la clôture de mardi.
L'Italie subit le même mouvement. Le taux du BTP à dix ans gagnait 15 points de base à 4,682 %, soit un écart de 117 points avec l'Allemagne, contre 105 la veille. La France emprunte toujours plus cher que l'Italie sur cette échéance, avec une différence d'environ 23 points de base. L'Espagne résistait mieux : son taux à dix ans progressait de 8 points, à 4,161 %.
Le mouvement dépasse l'Europe. Selon Reuters, le rendement du Trésor américain à 30 ans a touché mercredi un nouveau plus haut depuis 24 ans. CNBC le cotait à 5,719 % vers 14h40, avec un sommet de séance à 5,731 %. Le Brent de mer du Nord gagnait 1,28 % à 101,87 dollars le baril.
Pourquoi la hausse des taux pénalise les banques
Les opérateurs cités par Reuters avancent deux mécanismes. La hausse des rendements fait baisser la valeur des obligations d'État que les banques détiennent, ce qui leur inflige des pertes sur ces portefeuilles. Les marchés craignent en outre une contagion du risque français au reste de la zone euro, ainsi que des tensions sur les expositions liées à l'immobilier.
« Le marché subit une pression sur les taux, un élargissement des spreads et un contexte globalement plus faible, aussi parce que le pétrole a recommencé à monter. La perspective d'un pic d'inflation fait le reste. »
Carlo Franchini, responsable des clients institutionnels chez Banca Ifigest, cité par Reuters (traduction France Épargne)
Le lien entre banques et États se lit dans les bilans. Fin août 2026, les banques installées en France détenaient 313,99 milliards d'euros de titres de dette des administrations publiques françaises, selon les statistiques de bilan de la Banque centrale européenne (BCE). Leurs homologues italiennes portaient 411,17 milliards d'euros de dette publique italienne, les espagnoles 264,34 milliards et les allemandes 173,38 milliards de titres de leur propre État.
La flambée des prix ravive la question budgétaire
Le retour de l'inflation complique la tâche des gouvernements. Selon Reuters, la hausse des prix a atteint 4,1 % sur un an en septembre en Italie, contre 3,2 % en août. Le ministre italien de l'Économie, Giancarlo Giorgetti, a demandé mercredi que Bruxelles en tienne compte pour juger les écarts aux objectifs budgétaires. Rome avait négocié sa trajectoire de dépenses sur une hypothèse d'inflation de 1,8 %.
« Nous ne remettons pas en cause les règles budgétaires, mais nous demandons qu'elles soient adaptées à la réalité d'aujourd'hui. »
Giancarlo Giorgetti, ministre italien de l'Économie, cité par Reuters (traduction France Épargne)
Le gouverneur de la Banque de France écarte une aide de Francfort
Interrogé sur France Inter mercredi matin, Emmanuel Moulin a attribué la hausse des taux à un mouvement parti des marchés américains, nourri par les craintes d'inflation et de hausses de taux des banques centrales. Le gouverneur a relié l'écart français au déficit public, plus élevé que chez les autres pays de la zone euro, et à l'incertitude sur le vote du budget. Il chiffre à 92 milliards d'euros la charge d'intérêts de la dette en 2027, en hausse de plus de 10 milliards.
« Il est très important pour rassurer les marchés et pour rassurer les Français d'avoir un budget d'ici la fin de l'année et d'avoir un budget qui prévoit une baisse du déficit. »
Emmanuel Moulin, gouverneur de la Banque de France, sur France Inter le 7 octobre 2026
Le gouverneur a estimé que les conditions d'une intervention de la BCE sur la dette française ne sont pas réunies, l'inflation dépassant l'objectif de 2 %. Il a ajouté que le marché reste ouvert à l'Agence France Trésor, qui « peut continuer d'émettre des obligations », à un coût croissant.
Actionnaires, emprunteurs et déposants face à la séance
Le repli de mercredi entame les gains de l'année. Le STOXX Europe 600 Banks reste en hausse d'environ 13 % depuis le 31 décembre 2025 (355,30 points), selon les données de CNBC. Il se situe en revanche 7,6 % sous son plus haut de clôture du 7 septembre, à 435,97 points. L'Euro Stoxx Banks avait déjà perdu 3,90 % le 1er octobre.
Pour les emprunteurs, Emmanuel Moulin a situé les taux de crédit immobilier autour de 3,30 %, en prévenant qu'ils « peuvent augmenter fortement » si la tension sur la dette publique se prolonge. Les dépôts bancaires restent couverts par le Fonds de garantie des dépôts et de résolution (FGDR) jusqu'à 100 000 euros par personne et par établissement. Ce sont les actionnaires des banques et les porteurs de leurs obligations qui supportent le risque de marché.
Les rendez-vous à surveiller
- La réunion des ministres des Finances de la zone euro cette semaine, où Giancarlo Giorgetti compte plaider pour plus de souplesse budgétaire.
- L'adoption du budget italien pour 2027, annoncée par Rome pour la semaine prochaine.
- Le cours du Brent, au-dessus de 100 dollars le baril, et son effet sur les anticipations d'inflation.
- Le vote du projet de loi de finances pour 2027 en France, que le gouverneur de la Banque de France estime indispensable avant la fin de l'année.
Placer pendant que les taux bougent
Un mouvement de taux ne touche pas de la même façon une OAT à dix ans et un fonds monétaire. Le simulateur situe l’enveloppe adaptée à votre horizon.
Ouvrir le simulateurOrientation en 1 minute