Analyse des marchés

Jet privé : après NetJets, PlaneSense ferme la vente de cartes d'heures

PlaneSense a suspendu le 8 septembre la vente de sa carte d'heures sur PC-12, six semaines après NetJets. Les deux opérateurs continuent en revanche de vendre des parts de copropriété, un segment dont l'activité progresse de 10 % sur un an en Amérique du Nord.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Illustration abstraite de la copropriété d'avion privé, silhouette d'appareil fractionnée en parts géométriques sur dégradé bleu profond et vert émeraude

PlaneSense a suspendu la vente de sa carte d'heures CobaltPass sur ses Pilatus PC-12, a indiqué l'opérateur américain le 8 septembre 2026 au site spécialisé Private Jet Card Comparisons. Six semaines plus tôt, NetJets, premier exploitant mondial de jets d'affaires, avait déjà cessé de vendre cartes et locations courtes à de nouveaux clients. Les deux sociétés continuent en revanche de commercialiser des parts de copropriété.

La carte d'heures (jet card) est un forfait prépayé, souvent de 25 heures de vol, qui donne accès à un appareil sans détenir de quote-part du capital. La copropriété fractionnée désigne l'achat d'une fraction d'avion, généralement à partir du seizième, assortie d'un quota d'heures garanties et d'une redevance mensuelle. Aux États-Unis, ces programmes relèvent du Part 91K, le régime réglementaire propre à la propriété partagée, distinct du Part 135 qui encadre l'affrètement à la demande.

PlaneSense referme sa porte d'entrée sur le PC-12

L'opérateur du New Hampshire continue de vendre CobaltPass sur ses Pilatus PC-24, et les ventes de parts restent ouvertes sur les deux types d'appareils. Une porte-parole justifie la décision par la capacité de flotte : « CobaltPass s'est révélé un point d'entrée populaire vers le programme fractionné de PlaneSense », déclare-t-elle à Private Jet Card Comparisons, avant d'ajouter que « la disponibilité est délibérément pilotée en fonction de la capacité de la flotte et de la demande, afin que le programme n'affecte pas les opérations ni la constance du service ». Elle précise que les stocks resteront indexés sur la croissance de la flotte, avec de nouvelles disponibilités attendues « dans les prochains mois ».

PlaneSense exploite 49 PC-12 et 19 PC-24 selon les dernières données de l'agence fédérale de l'aviation américaine citées par le site, et se classe sixième opérateur américain en heures de vol cumulées entre affrètement et copropriété. Le même jour, FXAir, courtier détenu par Flexjet, a ouvert une liste d'attente pour son abonnement Aviation +, qui garantit tarifs et disponibilité sur les Phenom 300 et Challenger 300.

NetJets avait donné le signal le 31 juillet

NetJets a annoncé en interne le 31 juillet 2026 la restriction de ses ventes de cartes et de locations, pour la deuxième fois en cinq ans après l'arrêt total d'août 2021. Dans un communiqué transmis à Private Jet Card Comparisons puis à SherpaReport, la filiale de Berkshire Hathaway invoque « des taux de fidélisation record, conjugués à une demande accrue des propriétaires et du marché » et affirme vouloir « se concentrer sur son cœur de métier, la propriété partagée », sans « compromettre la qualité de service due aux détenteurs actuels de cartes, de locations et de parts ».

À la différence de 2021, les clients déjà servis conservent leur accès. NetJets confirme que les détenteurs de cartes pourront acheter une carte de renouvellement, et que les locataires de 25 heures pourront reconduire leur contrat ou basculer sur une carte de 25 heures. L'opérateur alignait 872 appareils au début du mois d'août, hors flotte gérée par sa filiale Executive Jet Management, après avoir ajouté plus de 350 avions nets à sa flotte fractionnée en six ans. Sur le premier semestre 2026, ses vols ont progressé de 11,8 % sur un an.

Le fractionné croît deux fois plus vite que l'affrètement

Les relevés d'Argus TraqPak pour juillet 2026, publiés par Aviation International News, chiffrent l'écart entre les deux modèles. En Amérique du Nord, l'activité des opérateurs fractionnés a progressé de 10 % sur un an, contre 4,8 % pour l'affrètement Part 135 et 1,4 % pour le Part 91, régime des avions détenus et exploités en propre. Le segment fractionné en cabine large signe la plus forte hausse de tous les segments suivis, à 20,4 %. L'activité mondiale ressort en progression de 5,6 %.

Le rapport trimestriel déposé par Berkshire Hathaway le 10 août traduit la même dynamique en dollars. Les revenus des services aéronautiques du groupe, qui réunissent NetJets et FlightSafety, ont augmenté de 15,5 % sur le premier semestre 2026. Le document attribue cette hausse « à l'augmentation du nombre d'appareils dans les programmes de propriété partagée, des heures de vol effectuées, des heures de formation et des prix moyens ». Le résultat avant impôt du pôle services a gagné 150 millions de dollars au deuxième trimestre, soit 20,6 %.

Les livraisons d'appareils neufs progressent moins vite que l'activité. Selon le rapport de livraisons publié le 3 septembre par la General Aviation Manufacturers Association (GAMA), l'association des constructeurs d'aviation générale, 383 jets d'affaires ont été livrés au premier semestre 2026, en hausse de 8,2 % sur un an, et 289 turbopropulseurs, en hausse de 7,8 %. La facturation totale des avions atteint 14,3 milliards de dollars, en progression de 15,5 %.

L'Europe et la France reculent

Le rationnement américain contraste avec une demande européenne qui s'essouffle. Argus relève pour juillet un repli de 1,2 % de l'activité européenne sur un an, sa première baisse annuelle en quatorze mois, un recul concentré sur les cabines larges, en baisse de 6,5 %. Les relevés hebdomadaires de WingX confirment la tendance : au cours de la semaine 35, l'Europe a enregistré 13 334 départs de jets privés, en baisse de 3 % sur un an, et la France 2 009 départs, en repli de 9 %. L'Amérique du Nord affichait dans le même temps 52 238 départs, en hausse de 2 %.

« À l'approche de la fin du troisième trimestre, les jets d'affaires restent en hausse de 3,5 % malgré quelques semaines molles. La croissance diverge fortement selon les régions, avec un Moyen-Orient encore en baisse à deux chiffres, une Amérique du Nord en hausse de près de 5 %, et des marchés émergents comme l'Afrique et l'Amérique du Sud qui continuent de porter la tendance. »

Nick Koscinski, analyste chez WingX, cité par Private Jet Card Comparisons

Honda et L Catterton misent sur la propriété partagée

Les capitaux, eux, continuent d'affluer vers le modèle fractionné. Le 2 septembre, Arulean Air, filiale de Honda Aircraft Company immatriculée dans le Delaware en mars 2026, a pris une participation minoritaire dans l'opérateur Thrive Aviation, basé à Henderson (Nevada), pour lancer un programme de copropriété associant le HondaJet HA-420, un jet très léger, et le Challenger 3500 de Bombardier. Deux appareils ont déjà été livrés, et le rythme visé est de quatre à six HondaJet et de deux à quatre Challenger par an. « L'ajout d'opportunités de copropriété permet à Thrive Aviation de servir un large éventail de clients tout au long de leur parcours en aviation privée », déclare Curtis Edenfield, cofondateur et directeur général. Le détail du programme sera présenté du 20 au 22 octobre à Las Vegas, lors de la convention annuelle de la National Business Aviation Association (NBAA-BACE).

Le financement de la part suit le même mouvement. PlaneSense a lancé fin juillet, avec la société de crédit privé KSD Capital, une offre permettant de financer jusqu'à 70 % d'une quote-part de PC-12 ou de PC-24, avec un apport minimal de 30 % et un amortissement sur quinze ans indexé sur le taux Prime américain. « Pour certains clients potentiels, le financement peut être un élément important de la décision d'achat », explique George Antoniadis, président et directeur général de PlaneSense, pour qui cette formule permet « de préserver leur capital tout en accédant au service et à la constance de l'expérience PlaneSense ». En juillet 2025, Flexjet avait levé 800 millions de dollars auprès d'un consortium mené par L Catterton, société d'investissement adossée à LVMH, qui a pris 20 % du capital aux côtés de KSL Capital Partners et du groupe J. Safra.

Un actif d'usage pour l'investisseur français

Pour un patrimoine français, la copropriété d'avion privé relève de la catégorie des actifs d'usage : la part achetée ouvre un quota d'heures garanties et s'accompagne d'une redevance mensuelle, sans produire de coupon ni de loyer. La valeur de sortie dépend des conditions de rachat inscrites au contrat et de la cote du modèle à l'échéance ; ces deux paramètres varient d'un programme à l'autre.

L'accès depuis l'Europe passe par des accords entre exploitants. PlaneSense indique que ses copropriétaires utilisent leurs heures en Europe grâce à un partenariat avec l'opérateur Jetfly, leur zone de service principale couvrant les États-Unis continentaux, le Canada, le Mexique, l'Amérique centrale et les Caraïbes. La fermeture de ces cartes retire aux acheteurs le produit qui servait à calibrer un usage réel avant de s'engager sur une part.

Les points de vigilance

  • Réouverture sans calendrier ferme : PlaneSense conditionne le retour de CobaltPass à la croissance de sa flotte et évoque de nouvelles disponibilités dans les prochains mois. NetJets n'a fourni aucune indication de date.
  • Concentration sur un exploitant : la part reste liée à un programme unique. La qualité de service, la politique de rachat et la solidité financière de l'opérateur conditionnent l'usage comme la sortie.
  • Divergence géographique : la pénurie d'accès concerne l'Amérique du Nord. Les analystes d'Argus anticipaient pour août une croissance de 3,5 % outre-Atlantique contre 0,6 % en Europe.
  • Coûts d'exploitation en hausse : Berkshire Hathaway précise que la progression des résultats aéronautiques a été partiellement absorbée par la hausse des coûts d'équipage et d'instruction, de maintenance, de carburant et de sous-traitance.

Prochaine échéance à Las Vegas

Le prochain jalon est la convention NBAA-BACE, où Thrive Aviation détaillera son programme et où les exploitants installés annonceront leurs commandes. D'ici là, le relevé mensuel d'Argus sur l'activité d'août, attendu dans les prochains jours, indiquera si le tassement observé par WingX à la fin de l'été relève d'une respiration saisonnière ou d'un retournement plus durable.

Sources

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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