Matières premières

Pétrole : rebond depuis un plus bas, accord Iran incertain

Le brut remonte après un plus bas de six semaines, au terme d'un mois de mai marqué par une chute d'environ 19 % du Brent. Le marché reste suspendu à un éventuel accord entre les États-Unis et l'Iran et à la réouverture du détroit d'Ormuz.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Visualisation abstraite de flux de pétrole noir et de courants énergétiques évoquant la volatilité du marché pétrolier mondial

Le pétrole est reparti à la hausse après être tombé à un plus bas de six semaines, les opérateurs pesant la probabilité d'un accord entre les États-Unis et l'Iran capable de désamorcer la crise au Moyen-Orient. Ce rebond met un terme provisoire à un mois de mai violent, durant lequel les cours ont effacé une large part de la prime de risque accumulée pendant le conflit.

Sur l'ensemble du mois, le Brent a reculé d'environ 19 %, sa pire performance mensuelle depuis mars 2020 et le choc de la pandémie. Le brut de référence international a clôturé autour de 92 dollars le baril le 29 mai, en repli de près de 1,8 % sur la séance, après être passé brièvement sous les 91 dollars en cours de journée. Le West Texas Intermediate (WTI), la référence américaine, évoluait dans le même temps autour de 90 dollars.

De la flambée au reflux

Le contraste avec les semaines précédentes est saisissant. Au plus fort des tensions, le Brent avait grimpé jusqu'aux environs de 126 dollars, tandis que le North Sea Dated, indice du brut physique en mer du Nord, s'était envolé vers 144 dollars avant de retomber sous les 100 dollars. La crainte d'une fermeture du détroit d'Ormuz, par où transite une part majeure du pétrole mondial, avait alors propulsé les prix.

Le reflux récent traduit un pari de marché : celui d'une désescalade. Depuis le pic de 2026, les cours ont abandonné près de 20 %, à mesure que les signaux d'apaisement se multipliaient. Le rebond observé après le plus bas de six semaines montre toutefois que ce scénario reste fragile, l'accord n'ayant rien d'acquis.

Un accord annoncé mais non finalisé

Selon plusieurs informations de presse, Washington et Téhéran seraient parvenus à un accord provisoire pour prolonger leur cessez-le-feu de soixante jours et autoriser une navigation sans entrave dans le détroit d'Ormuz. Cette perspective a nourri l'optimisme des marchés et alimenté la baisse des prix.

La prudence reste néanmoins de mise. Le président Donald Trump, qui a laissé entendre qu'un accord était imminent, n'avait pas validé les termes proposés. Le vice-président JD Vance a pour sa part averti qu'il demeurait incertain de savoir si, et quand, un accord avec l'Iran pourrait être finalisé. Cette ambiguïté entretient la nervosité et explique en grande partie le sursaut des cours.

Le marché oscille entre le soulagement d'une issue diplomatique et la crainte d'un échec qui rouvrirait la question d'Ormuz, principal goulot d'étranglement du transport pétrolier mondial.

Pourquoi le détroit d'Ormuz pèse autant

Le détroit d'Ormuz concentre le passage d'une fraction considérable du brut et du gaz naturel liquéfié échangés sur la planète. Toute menace sur cette voie maritime se traduit mécaniquement par une prime de risque sur les cours, car les volumes concernés ne peuvent être que partiellement réacheminés par d'autres routes.

La perspective d'une réouverture pleine et entière du détroit a donc un effet immédiat et puissant : elle lève la menace sur l'offre et provoque un dégonflement rapide de la prime géopolitique. C'est exactement ce mécanisme qui a comprimé les prix en mai, avant le rebond technique observé depuis le plus bas de six semaines.

Une onde de choc au-delà du baril

Les mouvements du brut dépassent largement le seul marché de l'énergie. Le prix du baril irrigue les coûts de transport, les prix à la pompe et, plus largement, la trajectoire de l'inflation que surveillent les banques centrales. La présidente de la Réserve fédérale de Kansas City a d'ailleurs prévenu que le choc énergétique en cours ne pouvait être balayé comme un phénomène purement transitoire, compte tenu d'une inflation de base déjà élevée.

Pour l'économie, un repli durable du brut soulagerait le pouvoir d'achat des ménages et atténuerait les pressions sur les prix. À l'inverse, une rechute brutale en cas d'échec des négociations raviverait les craintes inflationnistes et compliquerait la tâche des banquiers centraux, déjà partagés entre soutien à l'activité et maîtrise des prix.

Ce que cela signifie pour les épargnants

Ces secousses rappellent la volatilité propre aux matières premières. Le pétrole demeure un actif cyclique, sensible à la géopolitique comme aux décisions de production. Une exposition directe au baril expose à des variations brutales, à l'image de la chute d'environ 19 % enregistrée en un seul mois.

Les épargnants français qui souhaitent s'exposer à ce secteur le font le plus souvent de manière indirecte, via des fonds diversifiés, des supports en unités de compte au sein d'une assurance vie ou des produits indiciels cotés. La diversification reste la meilleure réponse à ce type de soubresauts, en évitant de concentrer son patrimoine sur un actif aussi imprévisible. L'enjeu, pour l'investisseur, n'est pas seulement la performance d'un éventuel fonds pétrolier, mais l'effet d'entraînement des cours du brut sur l'ensemble de son allocation, des valeurs énergétiques aux obligations sensibles à l'inflation.

À surveiller

Trois éléments commanderont la suite : la finalisation ou l'enlisement des négociations entre Washington et Téhéran, le statut effectif du détroit d'Ormuz et la durée du cessez-le-feu, ainsi que les signaux des banques centrales sur l'impact inflationniste du choc énergétique. Tant que ces incertitudes persistent, le marché pétrolier devrait rester nerveux et propice à des écarts de cours marqués.

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.