La Banque d'Angleterre maintient ses taux à 3,75 % malgré deux voix pour une hausse
Le Comité de politique monétaire britannique a voté 7 voix contre 2 le maintien du taux directeur à 3,75 % le 18 juin. Deux membres réclamaient une hausse à 4 %, signe d'une inquiétude croissante sur l'inflation énergétique. La livre a reculé à 1,322 dollar.

La Banque d'Angleterre a maintenu son taux directeur à 3,75 % à l'issue de sa réunion du 18 juin 2026, mais le vote a révélé une fracture inhabituelle au sein du Comité de politique monétaire (MPC). Sept membres ont opté pour le statu quo, tandis que deux réclamaient une hausse immédiate de 0,25 point, à 4 %. Cette dissidence marque un durcissement par rapport à la réunion d'avril et place l'institution britannique à contre-courant de la Banque centrale européenne, qui vient au contraire de relever ses taux.
Une décision sous l'ombre du choc énergétique
Le contexte reste dominé par les conséquences du conflit au Moyen-Orient. Depuis le rapport monétaire d'avril, le prix du baril de Brent et le gaz de gros britannique se sont établis en moyenne à 100 dollars et 116 pence par therm, contre respectivement 66 dollars et 87 pence avant la crise. L'annonce d'un projet d'accord de paix dans les jours précédant la réunion a fait refluer ces prix vers 79 dollars le baril et 100 pence par therm, sans effacer la volatilité.
Le MPC souligne que la politique monétaire ne peut pas agir sur les prix de l'énergie, mais qu'elle doit garantir un retour durable de l'inflation vers la cible de 2 %. L'inflation des prix à la consommation a reflué à 2,8 % depuis la précédente réunion, tout en restant exposée à une remontée d'ici la fin d'année à mesure que la hausse des coûts énergétiques se diffuse dans l'économie.
Le Comité continuera de surveiller de près la situation au Moyen-Orient et la manière dont son impact se propage dans l'économie. Il se tient prêt à agir pour que l'inflation reste sur la trajectoire de la cible de 2 % à moyen terme.
Deux dissidents au nom de la gestion du risque
Les deux voix discordantes, celles de l'économiste en chef Huw Pill et de la membre externe Megan Greene, plaidaient pour une hausse préventive. Selon les minutes, ces membres se montraient moins confiants quant au rythme de désinflation observé avant le conflit. Ils redoutaient surtout que l'attention accrue des ménages et des entreprises aux chiffres d'inflation amplifie les effets de second tour, c'est-à-dire la transmission de la hausse des prix vers les salaires et les marges.
Ces dissidents avançaient également un argument de marché : le resserrement actuel des conditions financières pourrait s'inverser en l'absence de relèvement du taux. Face à une forte incertitude sur l'ampleur des effets de second tour, ils privilégiaient une hausse au titre d'une stratégie de gestion du risque. La majorité a jugé au contraire qu'un marché du travail qui continue de se détendre et des signes d'affaiblissement de l'activité pouvaient contenir les pressions inflationnistes.
Réaction des marchés : la livre fléchit
Les opérateurs ont interprété le maintien comme un signal plus accommodant qu'attendu. La livre sterling a cédé environ 0,5 % pour s'établir autour de 1,322 dollar, son plus bas niveau depuis le début du mois d'avril. Le rendement de l'emprunt d'État britannique à dix ans s'est inscrit autour de 4,78 %, en rebond depuis ses creux récents, les investisseurs jaugeant à la fois la décision britannique et celle de la Réserve fédérale américaine.
Le calendrier reste serré. La Banque d'Angleterre devait préciser dès le 19 juin son programme de ventes d'obligations pour le troisième trimestre, dans le cadre de la réduction de son bilan (resserrement quantitatif). La prochaine décision de taux est attendue le 30 juillet.
Une divergence croissante entre banques centrales
La réunion britannique illustre l'éclatement des trajectoires monétaires en 2026. La Banque centrale européenne a relevé son taux de dépôt à 2,25 % le 11 juin, sa première hausse depuis 2023, justifiée par les pressions inflationnistes nées du conflit. La Réserve fédérale, elle, maintient sa fourchette entre 3,50 % et 3,75 % tout en laissant la porte ouverte à un resserrement d'ici la fin d'année. La Banque du Japon a de son côté porté son taux à 1 %, au plus haut depuis 1995.
Cette divergence reflète des points de départ différents. La Banque d'Angleterre avait abaissé son taux de 5,25 % à 3,75 % entre août 2024 et décembre 2025, avant que le choc pétrolier ne fige sa trajectoire. La BCE part d'un niveau bien plus bas et doit composer avec une croissance atone, les services de l'institution ayant ramené leur prévision pour la zone euro à 0,8 % en 2026.
Ce que cela change pour les épargnants français
Pour un épargnant français, l'enjeu se joue moins outre-Manche que dans la lecture des marchés obligataires européens. Le maintien britannique conforte l'idée que les grandes banques centrales calibrent désormais leur politique sur la durée et l'ampleur du choc énergétique, non sur un cycle de baisses programmées. Or les taux longs européens conditionnent directement le rendement des fonds en euros et l'attractivité des supports sécurisés.
La hausse de la BCE et le statu quo prudent de la Banque d'Angleterre dessinent un environnement de taux durablement élevés. Pour l'épargne de précaution, cela soutient les rendements des produits adossés aux obligations souveraines. Pour les supports en unités de compte, la volatilité sur les changes et les marchés de taux invite à un suivi régulier de son allocation.
Ce qu'il faut surveiller
- La trajectoire du baril de Brent et du gaz européen, déterminante pour l'inflation des prochains mois.
- Le vote du MPC le 30 juillet : un basculement de la majorité signalerait un tournant.
- Les chiffres d'inflation britanniques et de la zone euro, attendus en hausse au second semestre.
- Le rendement des emprunts d'État, baromètre du rendement futur des fonds en euros.
La Banque d'Angleterre conserve donc une posture d'attente vigilante, prête à durcir si l'inflation énergétique s'installe. La fracture interne du Comité rappelle néanmoins que la patience monétaire a ses limites et que la prochaine étape pourrait pencher vers le resserrement plutôt que vers la détente.
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