Marchés publics

Quantinuum entre au Nasdaq et lève 1,68 milliard de dollars, plus grande introduction quantique

Le spécialiste de l'informatique quantique soutenu par Honeywell a levé 1,68 milliard de dollars au Nasdaq le 4 juin, pour une valorisation proche de 14 milliards. Avec 30,9 millions de chiffre d'affaires en 2025, l'opération ravive le débat sur les valorisations du secteur.

Rédacteur en chef, France Épargne
5 min de lecture842 vues
Illustration abstraite de structures cristallines quantiques et de réseaux de noeuds lumineux symbolisant l'informatique quantique en bourse

Quantinuum a fait ses débuts au Nasdaq jeudi 4 juin 2026 sous le symbole QNT, au terme de la plus importante introduction en bourse jamais réalisée par une entreprise dédiée à l'informatique quantique. La société, issue de la division quantique de Honeywell, a levé 1,68 milliard de dollars en cédant 28 millions d'actions de catégorie A au prix de 60 dollars l'unité.

Le prix retenu se situe au dessus de la fourchette initiale de 53 à 55 dollars, signe d'une demande soutenue qui a conduit la société à élargir son opération. À 60 dollars, la capitalisation ressort autour de 14 milliards de dollars. L'action a ouvert à 68 dollars, touché un plus haut de séance à 71,35 dollars, puis terminé quasiment stable, portant la valeur de marché à environ 15,7 milliards de dollars.

Une valorisation sans commune mesure avec les revenus

Le contraste entre la capitalisation et l'activité réelle frappe les analystes. Quantinuum a publié un chiffre d'affaires de 30,9 millions de dollars en 2025, en progression de 35 % par rapport aux 23 millions de l'exercice précédent. La valorisation représente ainsi plus de 450 fois les revenus annuels, un multiple sans équivalent parmi les sociétés technologiques cotées.

Les pertes restent elles aussi conséquentes. La perte nette a atteint 192,6 millions de dollars sur l'année, alimentée par des dépenses de recherche et développement de 165,4 millions, soit plus de cinq fois le chiffre d'affaires. Les prises de commandes, qui correspondent à des contrats signés susceptibles de se convertir en revenus futurs, se sont élevées à 79,3 millions sur 2025.

Le premier trimestre 2026 témoigne de la volatilité du modèle. Les revenus y ont reculé à 5,2 millions de dollars, contre 19,1 millions un an plus tôt, tandis que la perte nette trimestrielle s'est creusée à 136,6 millions. Cette irrégularité tient à la nature des contrats, souvent ponctuels et de grande taille, propres à un marché encore en phase de constitution.

Un actionnariat dominé par Honeywell

Née en 2021 de la fusion entre la division quantique de Honeywell et le britannique Cambridge Quantum, la société conserve un capital très concentré. Honeywell et Cambridge Quantum Holdings détiennent ensemble environ 82 % des titres après l'opération, le groupe industriel américain gardant près de la moitié des droits de vote.

L'entreprise est dirigée par Rajeeb Hazra, ancien cadre d'Intel devenu directeur général en 2024, et présidée par Vimal Kapur, le patron de Honeywell. Ilyas Khan, fondateur de Cambridge Quantum, occupe la fonction de directeur produit et demeure le premier actionnaire individuel.

« Honeywell restera un actionnaire très discipliné et continuera de nous accompagner, comme il l'a fait, avec des accords sur notre chaîne d'approvisionnement, la production et l'accès à sa base de clients », a déclaré Rajeeb Hazra à la chaîne CNBC.

La course aux qubits logiques

Quantinuum revendique une approche dite intégrée, couvrant le matériel comme les logiciels. Son architecture repose sur des ions de baryum 137 piégés, une technologie distincte des qubits supraconducteurs employés par IBM, Google ou Rigetti. Son système commercial le plus récent, baptisé Helios, aligne 98 qubits physiques et 48 qubits logiques, avec une fidélité de porte à deux qubits de 99,921 % mesurée fin décembre 2025.

La feuille de route vise un système Apollo à l'horizon 2029, censé offrir plusieurs centaines de qubits logiques. Le principal concurrent coté sur la même technologie d'ions piégés, IonQ, a affiché un chiffre d'affaires de 64,67 millions de dollars au premier trimestre 2026, soit davantage que Quantinuum sur la période, sans pour autant que les deux modèles soient strictement comparables.

Deux lectures opposées du dossier

Pour les partisans de l'opération, l'arrivée d'un acteur de cette taille structure un secteur encore jeune. Des analystes de Wedbush Securities estiment que la multiplication des sociétés quantiques cotées « élargit l'univers d'investissement et améliore la formation des prix », attirant au passage la couverture des bureaux d'études.

Les sceptiques pointent au contraire le décalage entre les promesses technologiques et les résultats financiers. Un multiple de 450 fois les revenus suppose une exécution parfaite sur une décennie, dans un domaine où la rentabilité à grande échelle reste à démontrer. La forte concentration du capital entre les mains de Honeywell limite par ailleurs le flottant disponible, un facteur d'amplification des mouvements de cours pour les investisseurs particuliers.

Un signal pour la souveraineté quantique européenne

L'opération résonne particulièrement en France, où l'État a fait du quantique une priorité industrielle. La stratégie nationale lancée en 2021 a été renforcée en mai 2026 par une enveloppe supplémentaire d'un milliard d'euros annoncée par Emmanuel Macron. Le programme PROQCIMA a sélectionné cinq sociétés tricolores, Alice & Bob, Pasqal, Quandela, Quobly et C12 Quantum Electronics, pour une première phase dotée de 500 millions d'euros.

Pasqal, spécialiste des atomes neutres, prépare sa propre cotation sur une valorisation évoquée autour de 2 milliards de dollars. La réussite de Quantinuum au Nasdaq pourrait servir de référence à ces champions européens, à l'heure où la Commission européenne travaille à un Quantum Act destiné à coordonner les efforts du continent.

Ce qu'il faut surveiller

Les prochains trimestres diront si Quantinuum parvient à lisser ses revenus et à transformer son carnet de commandes en facturation récurrente. La trajectoire des concurrents cotés, le rythme des avancées sur les qubits logiques et l'accueil réservé aux introductions à venir, dont celle de Pasqal, fourniront autant de repères. Pour l'épargnant français tenté par cette thématique, le profil de risque demeure celui d'un placement spéculatif, à manier avec une diversification rigoureuse et un horizon long.

Pour situer ce type de valeur dans une allocation cohérente et mesurer sa part au regard de votre profil, vous pouvez utiliser notre simulateur d'épargne ou solliciter un accompagnement personnalisé via notre page contact. Pour approfondir la sélection d'actions et de supports cotés, consultez nos guides Top 15 des meilleures actions à acheter, Meilleurs ETF pour PEA et Private equity contre actions cotées.

Tags :

#quantinuum#informatique-quantique#introduction-en-bourse#nasdaq#honeywell#ionq#valorisation#technologie#souverainete-numerique#pasqal

À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

Approfondir avec nos guides