Dette publique : la Cour des comptes alerte sur la confiance des marchés
La Cour des comptes avertit que le report des efforts budgétaires fragilise la confiance des investisseurs dans la dette française. Les taux à 10 ans rejoignent ceux de l'Italie et de la Grèce, et la charge d'intérêts dépasserait 100 milliards d'euros d'ici 2029.

La Cour des comptes place la confiance des marchés au coeur de son diagnostic sur les finances publiques françaises. Dans son rapport thématique consacré à la situation des comptes publics, l'institution de la rue Cambon estime que la persistance d'un déficit élevé et le report des économies attendues nourrissent la défiance des investisseurs qui détiennent la dette de l'État. La prime croissante exigée pour acheter les titres français menace de déclencher un cercle vicieux entre hausse des taux et alourdissement de la charge d'intérêts.
Un déficit qui recule trop lentement
Le déficit public devrait atteindre 161,0 milliards d'euros en 2025, soit 5,4 points de PIB, contre 5,8 points en 2024. La réduction reste limitée à 0,4 point de PIB et provient presque exclusivement de hausses d'impôts, pour un montant d'environ 23 Md€. Les magistrats financiers qualifient cet effort de nettement insuffisant pour enrayer la progression de l'endettement, après deux années qu'elle décrit comme noires en 2023 et 2024.
Pour 2026, le gouvernement vise un déficit de 5,0 points de PIB, un niveau encore supérieur à l'engagement de 4,6 points pris auprès des partenaires européens. La marge d'incertitude demeure forte, tant sur les recettes que sur les dépenses, alors que le taux de prélèvements obligatoires français figure déjà parmi les plus élevés de la zone euro.
Une dette qui dépasse le pic de 2020
Faute d'ajustement suffisant, le ratio de dette publique grimperait de 3,1 points pour atteindre 116,3 points de PIB en 2025, soit 3 465 Md€, un niveau supérieur au sommet enregistré pendant la crise sanitaire de 2020. La trajectoire ne s'inverse pas en 2026 : l'endettement atteindrait 118,6 points de PIB en fin d'année.
La France se classe au troisième rang des pays les plus endettés de la zone euro, derrière la Grèce et l'Italie, tout en affichant le déficit public le plus élevé. Cette double dégradation se répercute directement sur les conditions de financement de l'État.
Des taux français au niveau de l'Italie et de la Grèce
Le signal le plus scruté par les épargnants se lit sur le marché obligataire. Les taux français sur les obligations d'État à 10 ans ont dépassé depuis deux ans ceux de la plupart des autres pays très endettés de la zone euro. En février 2026, ils s'établissaient à un niveau proche des taux exigés en Italie et en Grèce, alors même que ces deux pays présentent un ratio de dette supérieur à celui de la France.
La hausse de 55 points de base des taux à 10 ans enregistrée depuis deux ans risque, si elle perdure en réaction à des perspectives de redressement jugées trop fragiles, d'alourdir la charge d'intérêts de plus de 1,6 milliard d'euros en 2026, de 4 milliards en 2027 et de 8 milliards en 2029.
L'institution décrit un enchaînement préoccupant : la prime réclamée par les investisseurs rend plus exigeants les efforts à fournir sur la dépense hors intérêts, ce qui pousse à son tour la charge de la dette vers le haut. Elle conclut qu'un effort graduel et durable reste indispensable pour revenir à un endettement maîtrisé et restaurer la confiance dans les engagements de la France.
La charge de la dette, futur premier poste budgétaire
Proche de 65 Md€ en 2025, la charge de la dette publique dépasse déjà le budget de l'enseignement scolaire ou celui de la défense. Sous l'effet du refinancement progressif du stock de dette à des taux de marché plus élevés, les dépenses d'intérêts franchiraient la barre des 100 milliards d'euros à l'horizon 2029, contraignant le reste de la dépense publique et les marges de manoeuvre pour financer les priorités nationales.
La rue Cambon chiffre à environ 80 Md€ les efforts encore nécessaires, au-delà des ajustements de 2025, pour ramener le déficit sous le seuil de 3 % du PIB. Elle juge qu'une telle correction ne pourra plus reposer sur les seuls impôts sans risquer de peser sur la compétitivité et l'emploi.
Ce que cela change pour les épargnants
La dette souveraine française n'est pas une abstraction pour les ménages. Les fonds en euros de l'assurance vie, premier placement des Français, sont massivement investis en obligations d'État. Une remontée durable des taux améliore mécaniquement le rendement servi sur les nouveaux versements, mais une perte de confiance brutale des marchés ferait baisser la valeur des titres déjà détenus en portefeuille et fragiliserait les assureurs.
Pour l'épargnant, la vigilance porte sur deux signaux complémentaires : l'écart de taux entre la France et l'Allemagne, baromètre du risque souverain, et les décisions des agences de notation. Une diversification entre supports en euros, unités de compte et actifs réels reste la réponse classique à un environnement où la trajectoire budgétaire demeure incertaine.
Ce qu'il faut surveiller
- L'adoption et l'exécution du budget 2026, et la capacité du gouvernement à tenir la cible de 5,0 points de PIB.
- L'évolution de l'écart de rendement entre l'obligation française à 10 ans et son équivalent allemand.
- Les prochaines décisions des agences de notation sur la signature de la France.
- La répartition des prochains efforts entre nouvelles économies de dépenses et hausses de prélèvements.
Le message de la Cour des comptes est sans ambiguïté : chaque année de report rend l'ajustement plus difficile et expose davantage le pays à une hausse des taux qui deviendrait, à terme, insoutenable.
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