Banques centrales

BCE : Schnabel veut poursuivre le resserrement malgré le cessez-le-feu en Iran

Isabel Schnabel a prévenu le 24 juin que la BCE devra relever encore ses taux pour ramener l'inflation à 2 %. Le cessez-le-feu en Iran ne justifie selon elle aucun relâchement, et les taux actuels ne sont pas encore restrictifs.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Visualisation abstraite de formes institutionnelles européennes et de flux énergétiques ascendants symbolisant le resserrement monétaire de la BCE

La trêve conclue au Proche-Orient ne referme pas le cycle de hausse des taux. Le 24 juin 2026, Isabel Schnabel, membre du directoire de la Banque centrale européenne (BCE), a estimé que l'institution devrait relever davantage ses taux directeurs pour ramener l'inflation vers sa cible de 2 % à moyen terme. Une position résolument restrictive, deux semaines après la première hausse de taux de la zone euro depuis 2023.

Une vigilance maintenue après le cessez-le-feu

Le message central de Schnabel tient en une phrase. Le cessez-le-feu entre les États-Unis et l'Iran, dont le cadre de soixante jours a été agréé le 12 juin puis formalisé par le mémorandum d'Islamabad signé le 17 juin, ne constitue selon elle aucune raison de baisser la garde sur le front monétaire.

"Le cessez-le-feu n'est pas une raison pour les responsables de la politique monétaire de relâcher leur vigilance."
Isabel Schnabel, membre du directoire de la BCE, 24 juin 2026

Schnabel a rappelé que le repli récent des cours du pétrole, après les pics atteints pendant le conflit, ne suffit pas à dissiper le risque inflationniste. Les prix de l'énergie à moyen terme restent élevés et l'incertitude demeure forte. Pour la responsable allemande, une partie des dégâts est déjà faite : infrastructures énergétiques endommagées et chaînes d'approvisionnement mondiales perturbées entretiennent une dynamique de prix plus durable.

Les taux actuels jugés non restrictifs

L'argument le plus lourd de conséquences porte sur le niveau atteint par la politique monétaire. Selon Schnabel, les taux de la BCE ne sont pas encore en territoire restrictif, ce qui ouvre la voie à de nouvelles hausses sans que l'institution ne juge freiner l'activité de manière excessive.

"De mon point de vue actuel, nous devrons relever encore nos taux d'intérêt afin de ramener l'inflation à notre objectif de 2 % à moyen terme."
Isabel Schnabel, 24 juin 2026

La dirigeante a toutefois écarté l'idée d'une trajectoire prédéterminée. L'ampleur et le calendrier des prochaines mesures dépendront, a-t-elle précisé, de l'évolution du conflit, de la conjoncture et de l'inflation. Le suiveur de discours de FXStreet a noté un ton nettement plus ferme qu'à l'accoutumée, avec un score de 8,6 contre une moyenne historique de 7,1.

Le point de départ : la hausse du 11 juin

Ces propos prolongent la décision prise par le conseil des gouverneurs le 11 juin 2026. La BCE avait alors relevé ses trois taux directeurs de 25 points de base, mettant fin à près de trois ans sans resserrement. Le taux de la facilité de dépôt est passé de 2,00 % à 2,25 %, celui des opérations principales de refinancement à 2,40 %, et celui de la facilité de prêt marginal à 2,65 %.

  • Facilité de dépôt : 2,25 % (hausse de 25 points de base)
  • Refinancement principal : 2,40 %
  • Prêt marginal : 2,65 %

Schnabel a défendu cette décision comme adaptée à tous les scénarios envisagés, y compris celui, plus favorable, d'une normalisation rapide des cours pétroliers. Le geste visait, a-t-elle expliqué, à empêcher que des prix de l'énergie durablement élevés ne déclenchent des effets de second tour et une inflation encore plus forte.

Une inflation au plus haut depuis 2023

Le contexte de prix justifie cette fermeté. En mai 2026, l'inflation de la zone euro a atteint 3,2 %, son niveau le plus élevé depuis septembre 2023. L'inflation sous-jacente est montée de 2,2 % en avril à 2,5 % en mai, tandis que les prix de l'énergie bondissaient de 10,9 % sur un an.

Schnabel s'inquiète d'un enclenchement de la spirale entre prix et salaires. La BCE, a-t-elle averti, ne peut laisser la situation atteindre un point où prix et salaires se renforcent mutuellement. Elle a aussi souligné que le risque de désancrage des anticipations d'inflation s'accroît, un signal d'alerte classique pour une banque centrale.

Une économie jugée résiliente

Contrepoint notable à ce diagnostic prudent : Schnabel décrit une économie de la zone euro étonnamment résistante au choc énergétique. Elle a cité plusieurs moteurs : les dépenses budgétaires, l'investissement dans les infrastructures, l'effort de défense et le cycle d'investissement mondial porté par l'intelligence artificielle.

Cette résilience nourrit l'argumentaire restrictif. Si la demande tient malgré le renchérissement du crédit, la banque centrale dispose de davantage de marge pour continuer à relever ses taux sans craindre de provoquer un décrochage de l'activité. Tous les responsables de la BCE ne partagent pas ce degré de fermeté, et le débat interne sur le rythme des prochaines hausses reste ouvert.

Ce qu'il faut surveiller

Pour les épargnants français, ce discours confirme un environnement de taux orienté à la hausse, après une longue parenthèse. Plusieurs jalons méritent attention dans les semaines à venir :

  • Les prochaines publications d'inflation en zone euro et la trajectoire des prix de l'énergie
  • La tenue du cessez-le-feu et l'issue des négociations dans le cadre du mémorandum d'Islamabad
  • Les indices de salaires négociés, surveillés de près pour détecter d'éventuels effets de second tour
  • La réunion suivante du conseil des gouverneurs et le ton des autres membres du directoire

Schnabel a posé un cadre clair : tant que l'inflation ne converge pas durablement vers 2 %, l'hypothèse d'un nouveau tour de vis reste sur la table, indépendamment de l'accalmie géopolitique.

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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