Actions IA en Europe : la quête des investisseurs s'élargit à l'électricité et aux banques
Faute de géants comparables à Nvidia, les investisseurs européens cherchant à s'exposer à l'intelligence artificielle se reportent sur les fournisseurs d'électricité, les équipementiers et les banques. Une rotation qui élargit un marché jusqu'ici porté par une poignée de valeurs.

À court de mastodontes technologiques comparables à Nvidia ou Microsoft, les investisseurs désireux de miser sur l'intelligence artificielle (IA) en Europe explorent désormais des secteurs longtemps tenus à l'écart de cette thématique. Les fournisseurs d'électricité, les spécialistes de l'électrification des centres de données et, plus récemment, les banques deviennent les nouveaux relais d'un mouvement de hausse qui s'élargit nettement.
Cette rotation traduit une réalité structurelle du marché européen : le continent ne compte aucun fabricant de puces d'IA de rang mondial. Les gérants contournent cette absence en achetant les fournisseurs d'infrastructure qui rendent possible le déploiement de l'IA, depuis les semi-conducteurs jusqu'aux réseaux électriques.
Une rotation née d'un marché trop concentré
Pendant la majeure partie de l'année, la performance de la cote européenne a reposé sur un nombre restreint de valeurs liées aux composants. Les quatre meilleures performances de l'indice Stoxx Europe 600 en 2026 sont toutes des acteurs de l'infrastructure de l'IA. STMicroelectronics a vu son cours plus que doubler, avec une progression d'environ 133 % depuis le début de l'année. Aixtron affiche près de 189 %, Technoprobe environ 129 % et Nokia, qui se réinvente en fournisseur d'équipements de réseau et de matériel optique pour les centres de données, gagne autour de 108 %.
Cette concentration explique en partie le retard de l'Europe sur les autres places. Le Stoxx 600 progressait de 8,1 % en performance globale au 3 juin 2026, un rythme inférieur à celui des marchés mondiaux. Pour les gérants convaincus du potentiel de l'IA, la solution consiste à descendre d'un cran dans la chaîne de valeur.
« Quiconque investit en Europe est désespéré d'obtenir une exposition à ce thème de l'IA », résume Emmanuel Cau, responsable de la stratégie actions européennes chez Barclays, qui évoque une véritable ruée vers l'or sur le secteur.
L'électricité, nouveau cœur de la thèse
La demande énergétique des centres de données est devenue le principal argument d'investissement. Entraîner et faire tourner des modèles d'IA exige une puissance électrique considérable, ce qui place les acteurs de l'électrification et du refroidissement au centre du jeu. En France, Schneider Electric incarne cette thèse, aux côtés des allemands Siemens et Infineon.
Le mouvement s'est matérialisé début juin. Après que STMicroelectronics a relevé ses objectifs de chiffre d'affaires pour son activité dédiée aux centres de données, le titre a bondi de 15,1 % en une séance. Dans son sillage, Infineon a pris 9,5 % et Schneider Electric près de 4 %. Les sociétés de gestion qui ont anticipé cette bascule en tirent profit : certains fonds positionnés sur l'électrification européenne liée à l'IA surpassent cette année plus de neuf concurrents sur dix.
Les services aux collectivités, longtemps considérés comme défensifs et peu dynamiques, sont désormais relevés par plusieurs maisons de gestion. Leur statut a changé : ils apparaissent comme des bénéficiaires structurels du cycle de l'IA, portés par la hausse de la consommation d'électricité et l'expansion des centres de données.
Les banques, relais inattendu de l'élargissement
Dernier maillon de cette extension, le secteur bancaire profite du retour de l'appétit pour le risque. Les valeurs financières européennes émergent de la longue période de défiance héritée de la crise de la dette et offrent, selon plusieurs stratégistes, des valorisations jugées attrayantes au regard de leur rentabilité retrouvée.
Sur l'ensemble de l'année 2025, les banques avaient déjà été le premier moteur de la cote, avec un gain sectoriel de l'ordre de 65 %, leur meilleure performance annuelle depuis 1997, soutenu par des résultats solides et des distributions généreuses aux actionnaires. Leur inclusion dans la thématique IA tient moins à une exposition directe qu'à leur rôle dans un marché qui s'élargit : à mesure que la hausse gagne consommation cyclique, services aux collectivités et financières, les banques captent une partie des flux qui se détournent des seules valeurs technologiques.
Un consensus encore fragile
Cet optimisme n'efface pas les réserves. Plusieurs intervenants de Wall Street identifient un risque de retour de bâton sur l'IA, susceptible de fragiliser une hausse largement alimentée par la technologie. À l'inverse, certains stratégistes estiment qu'un éventuel trou d'air des valeurs d'IA pourrait paradoxalement prolonger le mouvement européen, en forçant les capitaux à se redéployer vers des segments moins chers et plus diversifiés.
L'argument central reste l'ampleur du marché. Là où les États-Unis offrent une exposition profonde mais concentrée, l'Europe propose une exposition plus étroite sur les puces, mais plus large dès lors que l'on intègre l'énergie, l'industrie et la finance. Cette diversité constitue, pour ses partisans, la principale qualité de la place européenne dans le cycle de l'IA.
Ce que les épargnants peuvent en retenir
Pour un investisseur particulier, cette dynamique illustre l'intérêt d'une approche diversifiée plutôt qu'une concentration sur les seules vedettes technologiques. Les supports indiciels larges, accessibles notamment via un plan d'épargne en actions ou une assurance vie en unités de compte, permettent de capter l'élargissement de la hausse sans parier sur une valeur unique.
La prudence reste de mise : les niveaux de valorisation atteints par certaines valeurs d'infrastructure supposent une poursuite soutenue des investissements dans les centres de données. Tout ralentissement de ces dépenses pèserait d'abord sur les titres les plus exposés. Une exposition mesurée, intégrée à une stratégie patrimoniale de long terme, demeure préférable à une recherche de performance immédiate.