Marchés privés

DigitalBridge étudierait une cession d'AIMS, sa plateforme de centres de données en Malaisie

DigitalBridge explorerait des options stratégiques pour AIMS, son opérateur malaisien de centres de données. Le réexamen intervient alors que le gestionnaire américain passe sous le contrôle de SoftBank, dans un marché asiatique dopé par la demande liée à l'intelligence artificielle.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Illustration abstraite d'un réseau de centres de données asiatiques, flux de capitaux et puissance de calcul, dégradé bleu profond et vert émeraude

Contexte et enjeux

DigitalBridge examinerait des options stratégiques pour AIMS Data Centre, l'opérateur malaisien dont le gestionnaire américain d'infrastructures numériques détient le contrôle depuis 2022. Selon les premiers éléments rapportés, le réexamen pourrait conduire à une cession totale ou partielle de la participation, sans qu'aucune décision définitive ne soit arrêtée à ce stade.

Le calendrier retient l'attention des investisseurs. DigitalBridge est lui même en cours d'absorption par le japonais SoftBank, dans une opération évaluée à environ 4 milliards de dollars (3 milliards en numéraire) qui doit se boucler au second semestre 2026. Un arbitrage de portefeuille sur une plateforme asiatique de taille intermédiaire s'inscrit dans la logique habituelle d'un changement d'actionnaire de cette ampleur.

Les faits clés

AIMS est un acteur historique de l'hébergement informatique en Malaisie. Sa tour phare, Menara AIMS, joue le rôle de principal point d'interconnexion du pays et héberge le Malaysia Internet Exchange (MyIX), le noeud d'échange de trafic national. Cette position de carrefour des réseaux confère à la plateforme une valeur stratégique qui dépasse sa seule capacité physique.

  • Prise de contrôle 2022 : DigitalBridge a acquis une participation de 49 % auprès de l'opérateur télécoms TIME dotCom, convertible jusqu'à 70 %, pour un montant en numéraire d'environ 2,01 milliards de ringgits (438 millions de dollars).
  • Valorisation d'entrée : l'opération valorisait AIMS à 3,2 milliards de ringgits, soit près de 700 millions de dollars en valeur d'entreprise. L'acquisition des 49 % a été finalisée le 20 avril 2023.
  • Capacité actuelle : la plateforme dépasse 100 mégawatts de capacité potentielle dans la vallée de Klang, après l'achèvement anticipé du bloc 3 de Cyberjaya à l'été 2025.

Une plateforme en pleine expansion

Le réexamen supposé surprend par son moment, car AIMS est engagée dans un cycle d'investissement soutenu. En février 2026, l'opérateur a acquis dix acres à Cyberjaya auprès du promoteur public Cyberview pour y développer un centre de données dédié à l'intelligence artificielle de 200 mégawatts. Le projet représente un investissement d'environ 4 milliards de ringgits (1 milliard de dollars) et vise une livraison en 2027.

Cette montée en puissance illustre la dynamique du marché malaisien, devenu l'un des points de chute privilégiés des capacités de calcul en Asie du Sud Est. La proximité avec Singapour, où les autorisations de nouveaux sites restent contraintes, alimente le report de la demande vers la péninsule. Pour un vendeur, ce contexte porteur peut justifier une valorisation nettement supérieure au prix d'entrée de 2022.

Le poids de l'opération SoftBank

L'arrière plan de cette réflexion reste le rapprochement entre DigitalBridge et SoftBank. Le conglomérat japonais a annoncé le 29 décembre 2025 son intention d'acquérir le gestionnaire pour 16 dollars par action, une prime de 65 % sur le cours du 4 décembre. Les actionnaires de DigitalBridge ont approuvé l'opération le 23 avril 2026, la clôture étant attendue au second semestre.

L'acquisition renforcera les fondations des centres de données de nouvelle génération dédiés à l'intelligence artificielle, a déclaré Masayoshi Son, dirigeant de SoftBank, lors de l'annonce de l'opération.

DigitalBridge, dirigé par Marc Ganzi, gère environ 108 milliards de dollars d'actifs d'infrastructures pour le compte de ses investisseurs. Son portefeuille rassemble des plateformes de premier plan comme Vantage Data Centers, Switch, DataBank, Yondr ou AtlasEdge. Face à ces géants, AIMS demeure un actif de taille modeste, dont la logique au sein d'un ensemble recentré sur les très grandes capacités peut être réinterrogée.

Perspectives et lectures divergentes

Plusieurs lectures coexistent. Pour les tenants d'une cession, l'envolée des valorisations d'infrastructures numériques en Asie offre une fenêtre de sortie attractive, et la plateforme malaisienne pourrait intéresser des opérateurs régionaux comme des fonds spécialisés. Les candidats écartés lors de l'enchère de 2022, parmi lesquels figuraient Equinix et ST Telemedia Global Data Centres, témoignent de l'appétit pour ce type d'actif.

À l'inverse, le programme d'investissement de 1 milliard de dollars à Cyberjaya plaide pour une conservation. Céder maintenant reviendrait à se priver d'une montée en gamme vers les capacités destinées à l'intelligence artificielle, segment le plus recherché du moment. Aucune confirmation officielle n'a par ailleurs été apportée par DigitalBridge ou AIMS sur l'existence d'un processus formel.

Ce qu'il faut surveiller

Les épargnants exposés aux thématiques d'infrastructures numériques, via des fonds cotés ou des supports non cotés, suivront trois points. D'abord, la confirmation ou non d'un mandat de cession et l'identité des acquéreurs potentiels. Ensuite, la valorisation retenue, qui servira de référence pour le marché des centres de données en Asie du Sud Est. Enfin, l'articulation de cette réflexion avec la prise de contrôle par SoftBank, dont la stratégie d'allocation déterminera le sort des actifs périphériques.

Conclusion

L'examen supposé des options pour AIMS illustre la recomposition rapide du secteur des centres de données, à la croisée des arbitrages de portefeuille et de la course aux capacités pour l'intelligence artificielle. Que DigitalBridge cède ou conserve sa plateforme malaisienne, l'épisode confirme la valeur stratégique prise par l'infrastructure numérique asiatique et l'intensité des flux de capitaux qui s'y déversent.

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.