Matières premières

Pétrole : le scénario du surplus refait surface après l'accord États-Unis et Iran

Le brut a chuté à son plus bas niveau depuis trois mois après la signature d'un accord de cadre entre Washington et Téhéran. La réouverture du détroit d'Ormuz ravive les paris sur un excédent mondial, que l'AIE situe désormais en 2027.

Rédacteur en chef, France Épargne
6 min de lecture689 vues
Visualisation abstraite de flux énergétiques sombres traversant un passage maritime stylisé, symbole du marché pétrolier après la réouverture du détroit d'Ormuz

La perspective d'un retour à l'abondance s'est imposée sur le marché pétrolier. Le baril a reculé à son plus bas niveau depuis trois mois après la signature, le 17 juin 2026, d'un accord de cadre entre les États-Unis et l'Iran destiné à mettre fin à la guerre déclenchée le 28 février. Le mémorandum prévoit une réouverture immédiate du détroit d'Ormuz par Téhéran et la levée du blocus naval américain sur les ports iraniens. Les opérateurs anticipent désormais un afflux de brut longtemps bloqué, et le thème du surplus mondial, écarté pendant le conflit, revient au premier plan.

Un repli marqué sur les deux références mondiales

Le Brent, référence internationale, est tombé sous les 78 dollars le baril, cédant 2,3 % le 18 juin pour s'établir autour de 77,73 dollars sur l'échéance d'août. Le West Texas Intermediate américain a suivi, reculant à environ 75,18 dollars sur l'échéance de juillet. Ces niveaux marquent un plus bas depuis le 3 mars, soit quelques jours après le début des hostilités. Le baril avait pourtant brièvement dépassé 81 dollars en milieu de semaine, après une mise en garde de Donald Trump, signe de la nervosité persistante du marché.

Malgré cette correction, les prix restent supérieurs d'environ 7 % à leur niveau d'avant guerre du 28 février. Le repli traduit moins une détente totale qu'un pari sur la normalisation progressive des flux. Pour Tamas Varga, analyste chez PVM Oil Associates, le brut se situe désormais « à portée de souffle » de ses niveaux de fin février. « Le scénario de référence est que le détroit d'Ormuz rouvre et que les navires recommencent à transiter dans les deux sens, expliquait-il. La reprise graduelle des flux, aussi lente soit-elle, modifiera sensiblement l'équilibre du marché. La vraie question est de savoir dans quelle ampleur. »

Le détroit d'Ormuz au cœur du rebond

Le passage stratégique avait été pratiquement fermé pendant le conflit, paralysant une partie des exportations du Golfe. Les flux remontent déjà : d'un creux de 9,6 millions de barils par jour en mai, ils sont revenus autour de 12 millions, soutenus par des transferts de navire à navire dans le golfe d'Oman. Plus de 500 navires attendaient de franchir le détroit, et trois pétroliers iraniens transportant près de cinq millions de barils ont récemment traversé le blocus américain. Les analystes évoquent environ 100 millions de barils de brut immobilisés, susceptibles de regagner le marché une fois l'accord pleinement appliqué.

La normalisation prendra toutefois du temps. L'Agence internationale de l'énergie (AIE) prévient que les mines devront être retirées des principales voies de navigation et que les chaînes logistiques mettront plusieurs mois à se rétablir. La prudence reste de mise : les pourparlers de suivi entre Washington et Téhéran, prévus en Suisse, ont été brusquement suspendus, ce qui rappelle la fragilité du cadre signé.

L'excédent attendu en 2027, pas en 2026

C'est la nuance essentielle du dernier rapport mensuel de l'AIE, publié le 17 juin. Le choc de la guerre a détruit une part de la demande mondiale, si bien que l'offre devrait reculer de 3,9 millions de barils par jour en 2026, à 102,4 millions. L'agence a abaissé sa prévision de croissance de la demande pour 2026 à 1,1 million de barils par jour, soit une révision en baisse de 700 000 barils, après une chute des livraisons de 5 millions au deuxième trimestre.

Le basculement vers l'abondance se produirait l'année suivante. L'AIE anticipe un rebond de la production d'environ 8 millions de barils par jour en 2027, à près de 110 millions, bien au delà d'une reprise modeste de la demande de 2 millions, à 105,3 millions. « Notre premier aperçu des équilibres 2027 fait apparaître un excédent significatif l'an prochain », souligne l'agence. Ce surplus annoncé repose en partie sur la reprise complète des exportations iraniennes une fois le blocus levé, ainsi que sur la remontée en puissance de l'OPEP et de ses alliés.

Des stocks érodés à un rythme record

Avant ce basculement attendu, les réserves mondiales restent sous tension. Les stocks observés ont reculé de 143 millions de barils en mai, après un retrait de 74 millions en avril. Depuis le début du conflit, le 28 février, le marché a puisé l'équivalent de 3,8 millions de barils par jour dans ses réserves. « Malgré les fortes réductions de la demande de brut et de produits raffinés, les marges de manœuvre du système continuent de s'éroder à un rythme record », observe l'AIE, qui n'exclut pas de voir les stocks tomber à des plus bas historiques avant que l'équilibre ne bascule vers l'excédent en fin d'année.

Cette tension explique la divergence des lectures. Plusieurs membres de l'OPEP et de ses alliés doutent que le surplus se matérialise réellement, tandis que les banques restent prudentes. J.P. Morgan maintient un objectif structurel proche de 58 dollars pour le WTI, scénario qui suppose une normalisation rapide des flux. La fragilité du cadre diplomatique laisse la porte ouverte à une remontée des cours en cas de nouvelle tension.

Ce que cela change pour les épargnants

La baisse du baril agit comme un soutien indirect pour les marchés actions et le pouvoir d'achat des ménages. Les Bourses asiatiques ont salué l'accord : le Nikkei a gagné plus de 2 % et atteint un record, le Kospi sud-coréen a progressé de 1,7 %, et les contrats à terme sur le S&P 500 et le Nasdaq se sont appréciés. Un pétrole moins cher allège la facture énergétique, ce qui réduit les pressions inflationnistes et conforte la trajectoire des banques centrales.

Pour les détenteurs d'assurance vie en unités de compte ou de plans d'épargne en actions exposés aux valeurs énergétiques, le mouvement reste à double tranchant. Un recul prolongé du brut pèserait sur les marges des majors pétrolières, tandis qu'un rebond géopolitique pourrait raviver la volatilité. La diversification des supports demeure la meilleure protection face à un marché que la moindre annonce diplomatique peut retourner.

Ce qu'il faut surveiller

  • La reprise effective du trafic dans le détroit d'Ormuz et le rythme de déminage des voies de navigation.
  • La tenue de l'accord de cadre et la reprise des pourparlers suspendus entre Washington et Téhéran.
  • Le retour des exportations iraniennes sur le marché et la cadence de production de l'OPEP et de ses alliés.
  • L'évolution des stocks mondiaux, encore proches de plus bas, avant le basculement vers l'excédent attendu fin 2026 puis amplifié en 2027.

Tags :

#petrole#brent#wti#iran#detroit-ormuz#aie#opep#matieres-premieres#geopolitique#energie

À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

Approfondir avec nos guides