Banques centrales

BCE : les marchés ne parient plus sur une nouvelle hausse de taux en 2026

Après la hausse du 11 juin à 2,25 %, les opérateurs anticipent désormais moins d'un quart de point de resserrement supplémentaire d'ici fin 2026. La chute du pétrole et le ton prudent de Christine Lagarde ont effacé les paris sur un nouveau tour de vis.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Visualisation abstraite d'une institution monétaire européenne aux tons bleu profond et vert, évoquant la stabilisation des taux directeurs de la BCE

Les opérateurs de marché ont nettement réduit leurs anticipations de resserrement monétaire de la Banque centrale européenne (BCE) pour le reste de 2026. Après la première hausse de taux depuis 2023, décidée le 11 juin, les contrats sur les taux courts intègrent désormais moins d'un quart de point de relèvement supplémentaire d'ici la fin de l'année. Pour la réunion du 23 juillet, la probabilité d'une nouvelle hausse de 25 points de base est tombée autour de 10 %.

Ce revirement marque un contraste saisissant avec le printemps. En mars, les marchés avaient pleinement intégré trois hausses d'un quart de point sur l'ensemble de 2026, alors que la flambée des prix de l'énergie nourrissait les craintes inflationnistes. Le scénario d'un cycle de resserrement prolongé s'est largement dissipé en quelques semaines.

Le repli du pétrole change la donne

Le principal moteur de ce changement tient à la normalisation des prix de l'énergie. Le baril de Brent, qui avait atteint un sommet de plusieurs années pendant le conflit entre les États-Unis et l'Iran, est retombé sous les 75 dollars le 26 juin, soit ses niveaux d'avant-guerre. La réouverture annoncée du détroit d'Ormuz et l'accord de paix signé en Suisse ont fait refluer la prime de risque géopolitique.

Pour une zone euro fortement importatrice d'énergie, cette détente change l'équation. La poussée inflationniste liée à l'énergie, qui avait porté l'inflation à 3,2 % en mai selon l'estimation rapide d'Eurostat, apparaît désormais comme un choc temporaire plutôt que comme une dynamique installée.

Oxford Economics n'attend plus de mouvement supplémentaire après la hausse de juin, estimant que la chute brutale des prix de l'énergie après l'accord entre Washington et Téhéran a "écourté le pic inflationniste initial".

Le ton prudent de Christine Lagarde

La présidente de la BCE a accentué ce mouvement. Le 23 juin, Christine Lagarde a tempéré les attentes d'une réponse plus agressive face aux pressions inflationnistes d'origine énergétique. Selon elle, la banque centrale n'a pas besoin de réagir plus fermement aux développements liés au conflit au Proche-Orient, l'inflation devant revenir vers la cible de 2 % à moyen terme.

Ces propos ont pesé sur la monnaie unique. L'euro est tombé à environ 1,1392 dollar le 23 juin, son plus bas niveau en un an. La divergence avec la Réserve fédérale américaine, qui a maintenu ses taux le 17 juin tout en relevant à 3,8 % sa projection médiane de taux directeur pour 2026, a renforcé l'écart de rendement en faveur du dollar.

Une croissance européenne sous surveillance

La fragilité de l'activité conforte le scénario d'un statu quo monétaire. L'économie de la zone euro a à peine progressé au premier trimestre, soulignant la vulnérabilité du continent aux chocs énergétiques. En Allemagne, l'institut IMK évalue à 34 % la probabilité d'une récession de la première économie de la zone au deuxième trimestre, contre 12 % en mars.

Les analystes restent partagés sur la suite. Mark Wall, économiste en chef pour l'Europe chez Deutsche Bank, anticipe "une dernière hausse en septembre, et c'est tout". D'autres, comme Neil Birrell, directeur des investissements chez Premier Miton, jugent que de nouveaux relèvements restent possibles cette année, selon l'évolution des données.

Ce que cela change pour les épargnants

Pour les détenteurs d'épargne, ce plafonnement probable des taux a des implications concrètes. Le taux de la facilité de dépôt, désormais fixé à 2,25 % depuis le 17 juin, conditionne en partie la rémunération des placements sans risque et les rendements obligataires qui alimentent les fonds en euros des contrats d'assurance vie.

Un cycle de hausses écourté limite la perspective d'une remontée rapide des rendements servis sur les supports sécurisés. À l'inverse, des taux qui se stabilisent à un niveau modéré offrent un environnement plus lisible pour arbitrer entre fonds en euros, unités de compte et épargne réglementée, dont le Livret A est rémunéré à 1,5 % depuis le 1er février 2026.

Les prochaines échéances

La réunion du 23 juillet constituera le premier test de ce scénario d'attentisme. Les opérateurs scruteront l'évolution des prix de l'énergie, la trajectoire de l'inflation sous-jacente et la solidité de la reprise allemande. Un rebond durable du pétrole ou une surprise sur l'inflation pourrait réveiller les paris sur un resserrement, tandis qu'une dégradation de la conjoncture renforcerait le statu quo.

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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