Marchés privés

Family offices : 93 % des nouvelles structures privilégient l'investissement direct

FINTRX a recensé 96 family offices supplémentaires au deuxième trimestre 2026. Parmi eux, 92,7 % visent l'investissement direct et 6,3 % seulement le crédit privé, contre 19,3 % un trimestre plus tôt. En France, le baromètre AFFO et EY décrit le mouvement inverse.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Visualisation abstraite de flux de capitaux privés convergeant vers des structures patrimoniales familiales, dégradé bleu profond et vert émeraude

Le fournisseur de données FINTRX a ajouté 96 family offices à sa base mondiale au deuxième trimestre 2026. Dans ce nouveau contingent, 92,7 % des structures déclarent viser l'investissement direct au capital d'entreprises et 89,6 % le private equity, quand 10,4 % seulement mentionnent les fonds spéculatifs et 6,3 % le crédit privé. Publiés le 17 août, ces chiffres décrivent une génération de bureaux familiaux qui s'éloigne des véhicules collectifs au moment même où les investisseurs institutionnels y restent massivement exposés.

Ce que montrent les 96 structures recensées

L'échantillon reste étroit, mais sa composition est homogène : 68 bureaux dédiés à une seule famille et 28 structures multifamiliales, arrêtés au 30 juin 2026. L'Amérique du Nord en concentre 43, l'Europe 26, la zone Asie et Océanie 19, l'Afrique et le Moyen-Orient 8. L'Amérique latine n'en compte aucun. Les structures monofamiliales représentent 70,8 % des ajouts du trimestre, contre 63 % au premier.

L'origine de la fortune éclaire ce basculement. 68,6 % des bureaux nouvellement référencés reposent sur un patrimoine entrepreneurial de première génération, contre 57 % trois mois plus tôt, avec l'investissement privé, la technologie et l'immobilier comme secteurs d'origine dominants. « Les family offices récents et plus jeunes continuent de graviter fortement vers les stratégies directes et orientées actions plutôt que vers des structures de fonds gérées en externe », résume Patrick Galvin, chargé de recherche chez FINTRX. La base du cabinet suit désormais plus de 4 600 profils et 30 000 contacts.

Le crédit privé décroche au pire moment

L'écart entre l'appétit pour le direct et la désaffection pour les véhicules mutualisés atteint son plus haut niveau dans les relevés trimestriels du cabinet. Les fonds spéculatifs figurent dans 10,4 % des profils entrants alors qu'ils apparaissent dans 38,2 % de la base historique. Le crédit privé tombe à 6,3 %, après 19,3 % au premier trimestre.

Ce reflux coïncide avec des signaux de tension sur la classe d'actifs. Le Financial Times rapportait le 17 août que les créances placées en défaut de paiement chez les vingt plus grandes sociétés cotées de financement des entreprises, les business development companies, représentaient 2,8 % du coût des prêts au deuxième trimestre, contre 2 % trois mois plus tôt. Le niveau est le plus élevé depuis 2017 sur un marché évalué à 2 000 milliards de dollars.

L'attentisme domine par ailleurs chez les grandes fortunes. Chris Biotti, responsable Amérique du Nord de Citi Private Bank, indiquait le 17 août que la position de liquidités moyenne de ses clients atteint « environ le double » de son niveau habituel, ces investisseurs attendant une correction de marché. Les fonds monétaires américains destinés aux particuliers détenaient 3 100 milliards de dollars au 12 août 2026, et 7 930 milliards en incluant les encours institutionnels.

La France emprunte le chemin inverse

Le 11e baromètre publié le 24 juin par l'Association française du family office (AFFO) avec EY décrit un mouvement de sens contraire. Menée du 5 mars au 5 mai 2026 auprès de structures représentant 928 familles, dont près de la moitié gèrent plus de 500 millions d'euros d'actifs et un tiers plus d'un milliard, l'étude place le private equity en tête des allocations avec 34 % des portefeuilles en 2025, en repli de 3,5 points sur un an.

Le détail pèse plus lourd que le total. La poche investie en direct revient à 14 %, soit 14 points de moins en un an, tandis que la part logée dans des fonds grimpe à 20 %, en hausse de 10 points. Les actions cotées gagnent 5,7 points à 23 % des allocations, l'immobilier 3 points à 16 %, devant les obligations (12 %), les liquidités (8 %) et les classes alternatives (7 %). Les familles interrogées restent arrimées au tissu productif national : 45 % citent les PME et 36 % les entreprises de taille intermédiaire parmi leurs cibles.

« Malgré les incertitudes actuelles, les Family Offices maintiennent leurs investissements, voire même les augmentent. En revanche, ils sont plus sélectifs et nous avons une plus forte attention qui est portée au modèle économique. »

Amandine Allix-Cieutat, avocate chez EY Société d'Avocats, lors de la présentation du baromètre AFFO

Deux modèles, deux structures de coûts

L'investissement direct supprime la double couche de frais du fonds et laisse à la famille la main sur la gouvernance de la participation. Il suppose en échange une équipe capable de sourcer, d'analyser et de suivre les dossiers. Les praticiens du secteur situent le seuil de rentabilité d'une telle organisation autour de 500 millions de dollars d'actifs : en deçà, le coût de l'infrastructure de sourcing dépasse les frais de gestion économisés.

Les données de JP Morgan Private Bank donnent la mesure de cette contrainte. Son rapport 2026, mené auprès de 333 bureaux monofamiliaux dans 30 pays affichant un patrimoine moyen de 1,65 milliard de dollars, chiffre le budget annuel de fonctionnement à 6,6 millions de dollars pour les structures dépassant le milliard d'actifs, et à 2,5 millions en Europe et au Moyen-Orient. Dans cet échantillon, 80 % des bureaux délèguent au moins une partie de la gestion financière et 86 % n'ont pas formalisé de plan de succession.

Le rapport 2026 d'UBS, conduit auprès de plus de 300 structures dans plus de 30 marchés au patrimoine moyen de 2,7 milliards de dollars, pointe la même fragilité : 35 % seulement disposent d'un plan de succession défini, et 60 % prévoient de modifier leur allocation stratégique dans les douze prochains mois, contre 35 % un an plus tôt.

Ce que cela change pour les patrimoines français

Pour une famille française, l'arbitrage entre direct et fonds ne se joue pas seulement sur le rendement attendu. Il engage la capacité à consolider des actifs financiers, immobiliers, professionnels et non cotés dans une vision unique, puis à en organiser la transmission. Ce travail de consolidation relève du mandat d'une gestion privée de type family office, dont le ticket d'entrée se situe autour de 5 millions d'euros d'actifs financiers pour des frais annuels compris entre 0,5 % et 1,5 % des encours.

La variable fiscale s'est imposée comme la première préoccupation de l'écosystème français : 44 % des répondants au baromètre AFFO la citent, en progression de 17 points sur un an. Les décisions d'allocation restent commandées par les facteurs macroéconomiques (88 %), devant les tensions géopolitiques (73 %) et les incertitudes politiques et fiscales (71 %). L'instabilité du cadre pèse autant que son niveau, souligne Amandine Allix-Cieutat : « Le fait d'avoir un cadre qui change régulièrement, le fait d'avoir des projets et des rapports qui sortent régulièrement sur des possibles modifications crée un risque qui peut devenir un frein aussi à l'investissement. »

Malgré ce climat, 65 % des family offices français jugent 2026 porteuse d'opportunités, 48 % ont maintenu leur niveau d'investissement et 36 % l'ont augmenté, cette dernière proportion cédant 6 points sur un an. Sept répondants sur dix anticipent une stabilité ou une progression de leur poche de private equity.

Ce qu'il faut surveiller

  • Le relevé FINTRX du troisième trimestre, attendu à l'automne, dira si la désaffection pour le crédit privé se prolonge au delà de deux trimestres.
  • L'évolution des créances en défaut de paiement chez les sociétés de financement des entreprises cotées, indicateur avancé du stress sur la dette privée.
  • Le calendrier budgétaire français, principal déterminant du niveau de préoccupation fiscale mesuré par l'AFFO.
  • Le rythme de création de bureaux familiaux en Europe, qui a représenté 26 des 96 structures recensées au deuxième trimestre.

Sources

  • FINTRX, communiqué et rapport « Q2 2026 Family Office Report », 17 août 2026
  • Family Wealth Report, « New Family Offices Show Pivot To Direct Investing », 19 août 2026
  • AFFO et EY, 11e baromètre du family office, 24 juin 2026
  • JP Morgan Private Bank, Global Family Office Report 2026
  • UBS, Global Family Office Report 2026
  • Financial Times et Private Equity Wire, sur les créances en défaut du crédit privé, 17 août 2026
  • Family Wealth Report, « Ultra Wealthy Investors Shelter In Cash Amidst Volatility », 17 août 2026
  • Club Patrimoine et Option Finance, comptes rendus du baromètre AFFO et EY

Tags :

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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