Analyse des marchés

L'Euribor 12 mois repasse au-dessus de 3 %, une première depuis octobre 2024

L'Euribor 12 mois a atteint 3,003 % le 21 août 2026, son premier passage au-dessus de 3 % depuis octobre 2024. Les marchés parient sur une hausse de la BCE le 10 septembre, et les instruments à coupon révisable ont capté 6 milliards de dollars en une semaine.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Visualisation abstraite de flux monétaires ascendants par paliers, évoquant la remontée de l'Euribor et la révision périodique des coupons obligataires en zone euro

L'Euribor 12 mois s'est établi à 3,003 % le 21 août 2026, selon les fixings de l'EMMI relayés par euribor-rates.eu et global-rates.com. C'est le premier passage au-dessus de 3 % depuis octobre 2024. L'indice, référence de la plupart des crédits immobiliers de la zone euro et d'une partie des coupons révisables du marché obligataire, avait terminé 2025 sans jamais franchir ce seuil : son point haut de l'année précédente s'établissait à 2,448 %, atteint le 2 janvier 2025.

Le mouvement concerne toute la courbe monétaire. Le 21 août, l'Euribor 1 semaine cotait 2,158 %, le 1 mois 2,216 %, le 3 mois 2,524 % et le 6 mois 2,765 %. Au 2 janvier 2026, ces mêmes échéances affichaient respectivement 1,891 %, 1,953 %, 2,029 % et 2,105 %. En huit mois, l'échéance trois mois, celle qui sert de référence à la majorité des émissions à coupon révisable en euros, a gagné près de 50 points de base (un point de base vaut 0,01 %).

Un cycle de resserrement rouvert en juin

Le Conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE) a relevé ses trois taux directeurs de 25 points de base le 11 juin 2026, avec effet au 17 juin. Le taux de dépôt est passé à 2,25 %, les opérations principales de refinancement à 2,40 % et le prêt marginal à 2,65 %. Il s'agissait de la première hausse depuis 2023, motivée par le choc énergétique provoqué par le conflit au Moyen-Orient.

Les projections publiées le même jour tablent sur une inflation moyenne de 3,0 % en 2026, 2,3 % en 2027 et un retour à la cible de 2 % en 2028. L'inflation sous-jacente est attendue à 2,5 % en 2026 et 2027. La croissance de la zone euro est estimée à 0,8 % pour 2026. Le 23 juillet, la BCE a laissé ses taux inchangés. Son communiqué précisait que la perspective des prix de l'énergie se situait « bien au-dessus des niveaux enregistrés avant le conflit au Moyen-Orient » et que le Conseil surveillait de près « l'intensité et la durée du choc, ainsi que ses effets indirects et de second tour ».

Le prochain rendez-vous est fixé aux 9 et 10 septembre à Berlin, une réunion accueillie par la Deutsche Bundesbank et accompagnée de nouvelles projections de l'Eurosystème. Une enquête Reuters menée du 13 au 16 juillet auprès de 74 économistes montrait que 52 d'entre eux, soit 70 %, anticipaient une ultime hausse d'un quart de point en septembre, portant le taux de dépôt à 2,50 %. Près de 30 % du panel voyait les taux figés jusqu'à la fin de l'année, et trois économistes seulement attendaient deux hausses supplémentaires.

« Il est très difficile d'être confiant sur quoi que ce soit en ce moment. Mais il est très clair pour moi que plus l'inflation énergétique monte, plus le risque d'effets de second tour sur les salaires puis sur les prix augmente », déclarait Simon Wells, chef économiste Europe de HSBC, cité par Reuters.

Le coupon se recale tous les trois mois

Un titre à coupon révisable verse un intérêt recalculé périodiquement à partir d'un indice monétaire, le plus souvent l'Euribor 3 mois, majoré d'une marge fixée à l'émission. Chaque révision aligne la rémunération sur le loyer de l'argent du moment. La conséquence mécanique est une sensibilité au risque de taux quasi nulle : le prix du titre bouge peu quand les rendements de marché montent, puisque le coupon monte avec eux.

Les chiffres de l'univers investment grade libellé en euros illustrent cet écart. La duration effective ressort à 0,13, pour une maturité moyenne pondérée de 1,29 an et un rendement actuariel moyen de 2,83 % relevé en juillet 2026 sur un gisement de 130 titres. Le contraste avec les emprunts à taux fixe explique le regain d'attention porté aux obligations à taux variable depuis la réouverture du cycle de hausses.

Sur le compartiment souverain, l'OAT française à dix ans rapportait 4,08 % le 21 août, contre 3,24 % pour le Bund allemand de même échéance, soit un écart de 0,84 point. Un porteur de titre à taux fixe entré avant la remontée subit celle-ci sous forme de moins-value latente. Un porteur de titre indexé l'encaisse sous forme de coupon supplémentaire.

Les émetteurs reviennent sur le format révisable

AT&T a bouclé le 17 août une émission de 1,2 milliard d'euros à échéance du 17 août 2028, rémunérée à l'Euribor 3 mois majoré de 40 points de base, avec révision trimestrielle. Le prospectus déposé auprès de la SEC le 11 août fixe le prix d'émission à 100 % du pair, une commission de placement de 0,150 % et un produit net de 1 198,2 millions d'euros. Le premier coupon tombera le 17 novembre 2026. La coupure minimale est de 100 000 euros, un seuil qui ferme de fait l'accès direct aux particuliers et renvoie ces derniers vers des fonds ou des fonds indiciels cotés.

La demande suit. Selon le décompte hebdomadaire de VettaFi publié le 20 août, les fonds indiciels obligataires ont collecté 13,2 milliards de dollars sur la semaine achevée le 14 août, dont 6 milliards sur les instruments à coupon révisable et 7 milliards sur les fonds à échéance déterminée. Du côté bancaire, Bank of Cyprus a placé 300 millions d'euros de dette senior préférée avec un carnet d'ordres de 1,7 milliard, soit près de six fois le montant offert, et un resserrement du prix de 30 à 35 points de base par rapport aux indications initiales.

Ce que rapporte vraiment un coupon indexé à un épargnant français

Le calcul mérite d'être posé jusqu'au bout. Sur la base de l'Euribor 3 mois du 21 août, la souche AT&T sert 2,924 % brut. Les coupons obligataires détenus en compte-titres relèvent du prélèvement forfaitaire unique, soit 12,8 % d'impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux depuis la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, une addition de 31,4 %. Le rendement net tombe à 2,01 %.

Le point de comparaison est le Livret A, remonté à 1,70 % au 1er août 2026, sa première hausse depuis le 1er février 2023, dans une décision du ministre de l'Économie prise sur proposition du gouverneur de la Banque de France. Le LDDS suit à 1,70 %, le LEP reste à 2,50 % et le CEL passe à 1,25 %. Ces rémunérations sont nettes de toute fiscalité. L'écart réel entre un titre indexé investment grade et le livret réglementé se réduit donc à une trentaine de centièmes de point, en échange d'un risque de crédit et d'une liquidité de marché. Les fonds en euros de l'assurance vie ont servi 2,6 % en moyenne au titre de 2025 selon France Assureurs, 2,63 % selon l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution.

Ce que la mécanique de révision ne couvre pas

Trois limites encadrent l'attrait du format. La première tient à ce que le marché a déjà intégré. L'Euribor 12 mois à 3,003 % incorpore les hausses attendues, alors que le coût réel de l'argent au jour le jour reste inférieur : le taux à court terme de l'euro (€STR) s'établissait à 2,189 % le 21 août, sur 65,83 milliards d'euros échangés en 891 transactions par 48 banques. Un coupon révisable capte les fixings constatés, pas la courbe anticipée.

La deuxième limite est symétrique de l'avantage. Si le cycle s'arrête à 2,50 % en septembre, les coupons plafonnent puis refluent au rythme des baisses futures. L'enquête Reuters montre qu'environ 30 % des économistes interrogés excluaient déjà tout mouvement au-delà de septembre.

La troisième porte sur le risque de crédit, que la révision du coupon laisse intact. Un écartement des marges fait baisser le prix du titre indépendamment du niveau de l'Euribor. Le carnet sursouscrit six fois de Bank of Cyprus et le resserrement de 30 à 35 centièmes de point obtenu à l'émission signalent des primes comprimées, donc un coussin de protection mince en cas de retournement.

« Nous pourrions aussi dire que la valorisation de marché du taux directeur reflète l'hypothèse que la guerre se poursuivra jusqu'en novembre », observait Carsten Brzeski, responsable mondial de la recherche macroéconomique d'ING, dans une dépêche Reuters du 21 août.

Ce qu'il faut surveiller d'ici au 10 septembre

Le prix du pétrole reste le déterminant central. Le Brent se traite au-dessus de 90 dollars le baril après un pic à 120 dollars en avril, tandis que les primes du marché physique se sont effondrées de 40 à 7 dollars. Les stocks de gaz européens sont au plus bas pour la saison depuis plus d'une décennie.

Les anticipations de marché se sont durcies. Le swap de taux d'intérêt à cinq ans indexé sur l'€STR est remonté vers 2,85 %, au plus haut depuis novembre 2023. La probabilité implicite d'un taux de dépôt à 3 % dès mars 2027 atteint environ 25 %, contre zéro un mois plus tôt, et environ 60 % à l'horizon de septembre 2027, selon les calculs rapportés par Reuters.

« L'hypothèse de base reste qu'un accord de paix durable au Moyen-Orient est atteignable avant les élections de mi-mandat américaines de novembre. Si cela commence à sembler hors de portée et que les prix de l'énergie se rapprochent du scénario adverse de la BCE, nous pourrions voir quelque chose qui ressemble davantage à un cycle de resserrement complet », estimait Henry Cook, économiste senior chez MUFG, évoquant un taux terminal d'« au moins 3 % ».

Trois échéances vont trancher le débat : l'estimation rapide de l'inflation de la zone euro pour août, attendue en fin de mois après 2,9 % en juillet et une composante énergie à 10,0 %, les projections de l'Eurosystème du 10 septembre, et la trajectoire des produits raffinés. Mark Dowding, directeur des investissements de BlueBay Fixed Income, juge que « les marges de raffinage resteront élevées dans un avenir prévisible, les marchés des produits raffinés étant bien plus tendus que celui du brut ». Tant que ces marges tiennent, les coupons indexés continueront de se recaler vers le haut.

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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