Analyse des marchés

Luxe d'occasion : record de 617 millions de dollars chez The RealReal au deuxième trimestre

The RealReal a annoncé le 6 août un volume d'affaires record de 617 millions de dollars au deuxième trimestre, en hausse de 22 %. Pendant que la mode et la maroquinerie de LVMH reculent de 5 % en publié, le marché de l'occasion impose ses prix de référence aux garde-robes.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Visualisation abstraite du marché de la revente de luxe, drapés de tissu et courbes de valorisation des garde-robes de créateurs

Le spécialiste américain de la revente de luxe The RealReal a publié le 6 août 2026 un volume d'affaires trimestriel de 617 millions de dollars, le plus élevé de son histoire. La progression atteint 22 % sur un an et marque un quatrième trimestre consécutif de croissance supérieure à 20 %.

Ce chiffre gagne à être rapproché d'un autre, publié trois semaines plus tôt. La division mode et maroquinerie de LVMH, premier pôle du premier groupe mondial du secteur, a reculé de 5 % en données publiées au premier semestre. Le marché de l'occasion progresse désormais bien plus vite que celui du neuf, et cet écart déplace lentement la référence de prix qui sert à évaluer une garde-robe.

Un trimestre record pendant que le neuf patine

The RealReal a enregistré 192,6 millions de dollars de revenus au deuxième trimestre, en hausse de 17 % sur un an. La marge brute ressort à 74,4 % et l'excédent brut d'exploitation ajusté atteint 13,5 millions de dollars, soit 7,0 % des revenus contre 4,1 % un an plus tôt. Le panier moyen progresse de 13 %, à 659 dollars, et le nombre d'acheteurs actifs sur douze mois glissants dépasse 1,1 million. La société a relevé ses objectifs annuels et vise désormais un volume d'affaires compris entre 2,535 et 2,565 milliards de dollars.

« The RealReal a réalisé un deuxième trimestre remarquable, avec un volume d'affaires trimestriel record de 617 millions de dollars, en hausse de 22 % sur un an. »

Rati Levesque, à la tête de The RealReal, communiqué du 6 août 2026

Le contraste avec le marché primaire reste marqué. LVMH a publié 38,64 milliards d'euros de revenus semestriels, en repli de 3 % en données publiées et en hausse de 2 % en organique. Sa division mode et maroquinerie, qui pèse 18,14 milliards d'euros, a retrouvé une croissance organique de 1 % au deuxième trimestre après sept trimestres de baisse. Kering a publié 7,22 milliards d'euros, en recul de 3 % en données publiées, Gucci ramenant sa baisse comparable à 2 % au deuxième trimestre contre 8 % au premier. Hermès conserve un rythme à part, avec 8,2 milliards d'euros et une croissance de 6 % à taux de change constants pour une rentabilité opérationnelle courante de 41,0 %.

« Au premier semestre 2026, Hermès a réalisé une performance solide, qui reflète la forte désirabilité de ses 16 métiers et la confiance de ses clients. »

Axel Dumas, gérant d'Hermès, communiqué du 29 juillet 2026

Ce que la revente révèle du prix réel d'un vestiaire

Bloomberg évaluait le 11 août la taille du marché mondial de la revente à 289 milliards de dollars. McKinsey, dans son rapport State of Fashion 2026, anticipe une croissance de la seconde main deux à trois fois plus rapide que celle du neuf jusqu'en 2027. Une étude du Boston Consulting Group conduite avec Vestiaire Collective situe le potentiel à 360 milliards de dollars en 2030, avec une progression annuelle de 10 %.

Ces estimations divergent parce qu'elles ne couvrent pas le même périmètre. Certaines mesurent les seules plateformes de revente de luxe, d'autres intègrent le textile grand public et les transactions entre particuliers. La direction, en revanche, fait consensus parmi les sources citées.

La mécanique de prix a changé de nature. Vinted a publié en avril un volume d'affaires de 10,8 milliards d'euros pour 2025, en progression de 47 %, pour 1,1 milliard d'euros de revenus et 62 millions d'euros de bénéfice net. Vestiaire Collective vise son premier exercice bénéficiaire en 2026 et a intégré son catalogue authentifié chez Zalando dans quatorze marchés européens en mai. Cette profondeur de marché produit ce qui manquait aux vêtements de luxe : des comparables observables, datés et vérifiables.

Les enchères fournissent le haut de la courbe. En juillet 2025, le Birkin original de Jane Birkin a été adjugé 8,6 millions d'euros, soit 10,1 millions de dollars, chez Sotheby's à Paris. Le précédent record mondial pour un sac à main, un Kelly 28 Himalaya en crocodile serti de diamants, s'établissait à 513 040 dollars en 2021.

Les limites d'une lecture trop enthousiaste

La revente ne valorise pas toutes les pièces de la même façon. La performance se concentre sur un nombre restreint de modèles et de maisons. Hermès et Chanel dominent les cotes les plus stables, quand la majorité des vêtements de créateurs se négocient en dessous de leur prix boutique d'origine. Un vestiaire diversifié se comporte donc très différemment d'une collection de sacs emblématiques.

La santé des plateformes appelle elle aussi des nuances. The RealReal demeure déficitaire au niveau du résultat net, avec une perte nette de 27,2 millions au deuxième trimestre contre 11,4 millions un an plus tôt. Vinted a vu son bénéfice net reculer de 19 % en 2025 sous l'effet de ses investissements en Allemagne, dans les paiements et dans de nouvelles catégories. La rentabilité opérationnelle progresse plus vite que le résultat net.

L'assurance habitation n'a pas suivi le mouvement

En France, la multirisque habitation traite les vêtements comme du mobilier courant. Les objets qualifiés de précieux y sont plafonnés, le plus souvent entre 10 % et 30 % du capital mobilier assuré, et l'indemnisation s'effectue vétusté déduite. Une veste de haute couture acquise 12 000 euros il y a dix ans sera donc indemnisée sur la base d'un vêtement amorti, quel que soit son prix de revente constaté aujourd'hui.

Le risque, lui, est documenté. Le service statistique ministériel de la sécurité intérieure a recensé 211 600 cambriolages de logement en France en 2025, en baisse de 3 % sur un an. Les biens peu encombrants et de forte valeur unitaire figurent parmi les cibles les plus fréquentes des auteurs.

Le marché a répondu par des contrats dédiés. L'assurance de garde-robe de luxe repose sur un autre mécanisme : la valeur agréée, arrêtée par expertise au moment de la souscription puis révisée chaque année. Le principe écarte la vétusté et le plafond proportionnel, en contrepartie d'un inventaire photographique préalable et d'une prime annuelle qui se situe généralement entre 0,5 % et 1,5 % de la valeur assurée. La sous déclaration reste sanctionnée par l'article L113-8 du code des assurances, qui prévoit la nullité du contrat en cas de réticence ou de fausse déclaration intentionnelle.

La clause de révision annuelle prend une importance particulière quand les cotes bougent de 10 % à 20 % par an. Un contrat signé sur une expertise de 2022 et jamais actualisé reproduit le défaut qu'il prétendait corriger.

Le passeport numérique va déplacer la charge de la preuve

Le règlement européen sur l'écoconception des produits durables introduit un passeport numérique de produit. Le Centre commun de recherche de la Commission a publié le 13 mai 2026 la première spécification complète de son contenu pour l'habillement, organisée autour de 49 points de données couvrant la composition des fibres, la durabilité, la teneur en matières recyclées, l'empreinte environnementale et l'entretien. Les actes délégués applicables au textile sont attendus courant 2026, pour une obligation échelonnée en 2027 et 2028.

Pour la revente comme pour l'assurance, l'enjeu porte sur la traçabilité. L'authentification constitue aujourd'hui le principal poste de coût des plateformes et la première source de litige avec un assureur lors d'un sinistre. L'horlogerie a pris de l'avance sur ce terrain, plusieurs maisons certifiant déjà chaque pièce par un passeport numérique adossé à un registre distribué.

Ce qu'il faut surveiller

  • Le troisième trimestre de The RealReal, qui dira si la barre des 20 % de croissance tient un cinquième trimestre après le relèvement des objectifs annuels.
  • Le résultat annuel de Vestiaire Collective, attendu comme le premier exercice bénéficiaire de la plateforme parisienne depuis sa création en 2009.
  • Les actes délégués textile du règlement européen sur l'écoconception, qui fixeront le calendrier réel du passeport numérique et le format des données d'authentification.
  • Les tarifs de la multirisque habitation et le traitement des plafonds objets précieux, dans un marché où la sinistralité vol pèse sur les comptes des assureurs.

Pour un épargnant français, la conclusion pratique reste mesurée. Une garde-robe ne devient pas un placement du seul fait que le marché secondaire s'organise. Elle devient en revanche un actif dont la valeur se constate, se documente et s'assure autrement que par un plafond forfaitaire hérité du mobilier de salon.

Sources

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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