Réglementation

Gratification de stage à 4,50 € en 2026 : la barre qui déplace la responsabilité vers l'entreprise

Depuis le 1er janvier 2026, la gratification minimale de stage atteint 4,50 € de l'heure. Ce seuil sert aussi de bascule : au-delà, c'est l'entreprise qui couvre les accidents du travail du stagiaire. Une évolution qui redessine les obligations d'assurance des employeurs.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Illustration abstraite d'une balance basculant, symbolisant le transfert de responsabilité d'assurance vers l'entreprise pour les stagiaires et apprentis

La revalorisation de la gratification minimale de stage, effective depuis le 1er janvier 2026, dépasse le simple ajustement de pouvoir d'achat. En portant le taux horaire plancher à 4,50 €, l'arrêté du 22 décembre 2025 déplace aussi une frontière juridique méconnue : celle qui détermine qui, de l'établissement d'enseignement ou de l'entreprise d'accueil, assume la couverture des accidents du travail. Pour les employeurs qui accueillent des jeunes en formation, la période estivale, propice aux stages et aux contrats d'apprentissage, remet cette mécanique au premier plan.

Une gratification indexée sur le plafond de la Sécurité sociale

Le montant minimal versé à un stagiaire n'est pas fixé librement. Il correspond à 15 % du plafond horaire de la Sécurité sociale, lui même relevé de 29 € à 30 € pour 2026 par l'arrêté du 22 décembre 2025. Le calcul donne un plancher de 4,50 € par heure, contre 4,35 € en 2025, soit une progression de 3,5 %.

Cette gratification devient obligatoire dès lors que le stage dépasse deux mois consécutifs, c'est à dire à partir de la 309e heure de présence. Pour un stagiaire à temps plein effectuant 154 heures dans le mois, la rémunération minimale s'établit autour de 693 € mensuels. Le plafond mensuel de la Sécurité sociale, fixé à 4 005 € pour 2026, encadre l'ensemble du dispositif.

Le seuil de 4,50 € qui bascule la charge de l'assurance

Le même montant de 4,50 € joue un second rôle, décisif pour les entreprises. Il constitue la franchise de cotisations sociales prévue par l'article L136-1-1 du Code de la sécurité sociale. Tant que la gratification reste inférieure ou égale à cette limite, elle échappe aux prélèvements sociaux. Dès qu'elle la dépasse, la fraction excédentaire est soumise à cotisations.

Or ce basculement emporte une conséquence directe sur la couverture accident du travail et maladie professionnelle. Aux termes de l'article L412-8 du Code de la sécurité sociale, lorsque la gratification demeure sous la franchise, l'affiliation et la déclaration relèvent de l'établissement d'enseignement signataire de la convention. Lorsqu'elle la franchit, l'obligation d'affiliation, de déclaration et de paiement des cotisations AT/MP passe à l'entreprise d'accueil.

La ligne de partage ne dépend pas du statut du jeune, mais du montant versé : un même stagiaire peut relever de son école ou de son entreprise selon que sa gratification franchit ou non le seuil de 4,50 € de l'heure.

Ce que l'entreprise doit assumer en cas d'accident

Quand la responsabilité lui incombe, l'entreprise supporte des obligations concrètes. En cas d'accident survenu par le fait ou à l'occasion du stage, l'employeur doit déclarer le sinistre à la caisse primaire d'assurance maladie compétente, en principe sous 48 heures, et adresser sans délai une copie de cette déclaration à l'établissement d'enseignement, conformément à l'article R412-4 du Code de la sécurité sociale. Le stagiaire, de son côté, informe l'entreprise dans les 24 heures suivant l'événement.

À cette couverture des accidents s'ajoute une seconde obligation, indépendante du montant de la gratification : la responsabilité civile. Le Code de l'éducation, aux articles L124-1 à L124-20, impose que la convention de stage comporte la justification d'une assurance couvrant la responsabilité civile du stagiaire pour les dommages causés aux tiers. Sans attestation valide, aucun établissement ne valide la convention et le stage ne peut débuter. Les employeurs qui accueillent régulièrement des jeunes ont tout intérêt à sécuriser ces garanties en amont, en souscrivant une assurance dédiée aux stagiaires et apprentis plutôt que de découvrir la répartition des responsabilités au moment du sinistre.

L'apprentissage, une réforme parallèle qui alourdit le coût employeur

Le sujet dépasse le seul cas des stagiaires. Le décret n° 2026-168 du 6 mars 2026 a reconduit une aide exceptionnelle à l'embauche d'apprentis, réservée aux entreprises de moins de 250 salariés préparant un diplôme de niveau 5, pour les contrats conclus entre le 8 mars et le 31 décembre 2026. Les montants de l'aide unique et de cette aide exceptionnelle sont désormais différenciés selon la taille de l'entreprise et le niveau de diplôme préparé.

Pour une structure de moins de 250 salariés, l'aide atteint 5 000 € jusqu'au niveau bac, 4 500 € pour un Bac +2 et 2 000 € à partir du Bac +3. Les entreprises de 250 salariés et plus perçoivent respectivement 2 000 €, 1 500 € et 750 €. Un apprenti reconnu travailleur handicapé ouvre droit à une aide majorée de 6 000 €, quelle que soit la taille de l'employeur. En parallèle, tout contrat préparant un diplôme de niveau 6 ou plus, à partir du Bac +3, prévoit depuis le 1er juillet 2025 une participation forfaitaire de 750 € à la charge de l'employeur.

Le maintien des exonérations pour les apprentis

Sur le volet social, une clarification importante est intervenue fin 2025. Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 prévoyait de supprimer l'exonération de CSG-CRDS et de cotisations salariales dont bénéficient les apprentis. Le 7 novembre 2025, l'Assemblée nationale a écarté cette suppression, préservant l'avantage.

Cet avantage avait toutefois déjà été réduit au 1er mars 2025, le seuil d'exonération passant de 79 % à 50 % du SMIC. Cette limite est portée à 911,51 € au 1er janvier 2026, puis à 933,51 € au 1er juin 2026. Au delà de ce plafond, la part de rémunération de l'apprenti supporte les prélèvements sociaux dans les conditions de droit commun.

Ce qu'il faut surveiller

Trois échéances méritent l'attention des employeurs cet été. D'abord, l'application du seuil de 4,50 € pour chaque stagiaire gratifié, qui conditionne la charge de la couverture AT/MP. Ensuite, la fenêtre du 8 mars au 31 décembre 2026 pour bénéficier de l'aide exceptionnelle à l'apprentissage. Enfin, le passage du plafond d'exonération des apprentis à 933,51 € au 1er juin 2026, qui modifie le coût réel d'un contrat rémunéré au dessus de cette limite.

Pour les structures qui accueillent plusieurs jeunes chaque année, la conclusion est pratique : anticiper la répartition des responsabilités et vérifier l'articulation entre la couverture de l'école, celle de l'entreprise et la responsabilité civile exigée par la convention évite les mauvaises surprises lorsqu'un accident survient.

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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