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SK Hynix lève 28,1 milliards de dollars au Nasdaq, plus grande cotation d'un groupe étranger

Le sud-coréen SK Hynix, premier fournisseur mondial de mémoire HBM pour Nvidia, lance une offre de 28,1 milliards de dollars au Nasdaq. La cotation, attendue le 10 juillet, devient un test grandeur nature du supercycle de la mémoire pour l'intelligence artificielle.

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Illustration abstraite de structures cristallines de mémoire et de circuits évoquant le supercycle des semi-conducteurs pour l'intelligence artificielle

Le fabricant sud-coréen de puces SK Hynix a dévoilé lundi 6 juillet les modalités d'une offre de 28,1 milliards de dollars au Nasdaq, l'une des plus importantes ventes d'actions jamais réalisées par un groupe étranger sur une place américaine. Deuxième producteur mondial de mémoire, le groupe supplante Micron comme fournisseur privilégié de Nvidia et cristallise l'espoir, comme les doutes, autour du supercycle de la mémoire lié à l'intelligence artificielle.

Une opération d'une ampleur historique

SK Hynix va émettre 177,9 millions d'American Depositary Shares (ADS), chaque titre représentant un dixième d'une action ordinaire, à un prix indicatif de 158,14 dollars. La cotation, sous le symbole SKHY, est attendue le 10 juillet. L'opération se distingue d'une introduction en bourse classique : le groupe est déjà coté à Séoul, où son action fait partie de l'indice Kospi. Il s'agit donc d'une double cotation destinée à ouvrir le capital aux investisseurs américains, dont la profondeur de marché reste inégalée pour les valeurs technologiques.

Par sa taille, la vente se hisse parmi les plus grandes de l'histoire boursière américaine, derrière la seule cotation de SpaceX (86 milliards de dollars) le mois précédent. Elle rivalise avec les débuts de Saudi Aramco en 2019. Les quatre coordinateurs mondiaux (BofA Securities, Citigroup, Goldman Sachs et J.P. Morgan) ont enregistré une demande supérieure à l'offre dès l'ouverture du livre d'ordres.

Trois investisseurs de référence, Baillie Gifford, Coatue Management et Situational Awareness Partners, se sont engagés à hauteur de 7 milliards de dollars, soit près de 24,9 % de l'opération. Cette assise d'ancrage sécurise le placement et signale l'appétit persistant des grands gérants pour l'infrastructure de l'IA.

La rente de la mémoire HBM

SK Hynix tire sa valorisation de sa domination sur la mémoire à haute bande passante (HBM, high bandwidth memory), composant indispensable aux accélérateurs graphiques de Nvidia. Le groupe détient près de 60 % de ce marché et a été le premier à qualifier ses puces auprès du concepteur américain. L'essor de l'IA a provoqué une pénurie mondiale de mémoire, les systèmes de calcul absorbant d'énormes volumes de DRAM reconvertie en HBM.

Les comptes témoignent de cette rente. Au premier trimestre 2026, SK Hynix a publié un chiffre d'affaires record de 52,58 billions de wons (environ 35,5 milliards de dollars), en hausse de 198 % sur un an, pour un résultat opérationnel de 37,61 billions de wons (environ 25,4 milliards de dollars). La marge opérationnelle a atteint 72 %, un niveau supérieur à celui de Nvidia (65 %) ou de TSMC. Le groupe anticipe une demande de HBM excédant l'offre pendant trois ans et prévoit de livrer à Nvidia des échantillons de sa septième génération, la HBM4E, au second semestre, pour une production de masse en 2027.

La demande pour l'opération a dépassé le nombre de titres disponibles dès l'ouverture, selon les termes rapportés par Bloomberg, un signal de l'appétit des investisseurs pour les producteurs de mémoire à haute bande passante.

Les fonds levés financeront l'expansion industrielle en Corée du Sud, avec deux nouvelles usines, et l'achat d'équipements de lithographie à ultraviolets extrêmes (EUV) nécessaires aux puces les plus avancées.

Un pari sur la poursuite du cycle

Pour les partisans de l'opération, la cotation américaine ouvre un accès à une base d'actionnaires plus large et pourrait combler l'écart de valorisation avec Micron. Les analystes de HSBC rappellent que le concurrent américain s'est négocié en moyenne 35 % au-dessus de SK Hynix sur treize ans, porté par un meilleur accès aux investisseurs américains et une politique plus favorable aux actionnaires. L'action cotée à Séoul a bondi de plus de 250 % en un an, dépassant même le rebond de Micron sur la période.

Le camp adverse met en garde contre la nature cyclique du secteur. Samsung accroît sa propre production de HBM de 50 % cette année, et les trois grands fabricants prévoient d'investir plus de 1 500 milliards de dollars d'ici à 2027. Une telle vague d'investissement s'est historiquement soldée par une surcapacité, une chute des prix et des pertes. En 2023, un violent retournement avait plongé SK Hynix dans une perte opérationnelle annuelle de 7,73 billions de wons. La volatilité annualisée du titre sur trente jours atteint 115 %, exposant l'action à tout ralentissement des dépenses d'IA.

Le contexte de marché nourrit ces réserves. Un avertissement de SK Hynix sur un ralentissement de son activité mémoire avait, le mois dernier, provoqué l'une des cinq pires séances de l'histoire du Kospi. Chez Capital Economics, l'économiste James Reilly estime que de telles secousses trahissent une exubérance excessive et interrogent la solidité du rallye. Bank of America maintient de son côté un objectif de fin d'année de 7 100 points pour le S&P 500, soit un recul par rapport aux niveaux récents.

Ce qu'il faut surveiller

Pour l'épargnant français exposé au thème de l'IA via des fonds ou des trackers, la cotation de SK Hynix agit comme un baromètre. Une entrée en bourse réussie prolongerait la confiance dans les fournisseurs d'infrastructure. Un accueil tiède, à l'inverse d'un scénario de vente au fait accompli, signalerait un essoufflement du supercycle. Les publications trimestrielles de Micron et de Samsung, la trajectoire des dépenses des géants du cloud et le calendrier de la HBM4E constitueront les prochains points de repère.

La séance du 10 juillet dira si les marchés valident encore la thèse structurelle de la mémoire ou s'ils basculent vers la prudence face à un cycle déjà largement anticipé.

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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