Pétrole revenu à son niveau d'avant-guerre : la BCE revoit ses hausses de taux
Le Brent est retombé sous 73 dollars le 25 juin, soit son niveau d'avant le conflit, après une quatrième séance de baisse. Cette normalisation énergétique conduit les marchés à revoir les anticipations de hausse de taux de la BCE, qui devrait désormais marquer une pause le 24 juillet.

Le baril de Brent est revenu à son niveau d'avant le conflit au Moyen-Orient. Le 25 juin 2026, la référence européenne s'échangeait autour de 72,70 dollars, en recul de 1,4 % sur la séance, prolongeant une baisse pour la quatrième journée consécutive. La veille, le 24 juin, le baril avait déjà glissé sous 74 dollars, un plus bas inédit depuis fin février. Cette décrue efface la quasi-totalité de la prime de risque accumulée pendant la guerre, le brut ayant abandonné près de 40 % depuis son sommet de la période de conflit, proche de 120 dollars.
Pour les épargnants de la zone euro, ce retournement compte autant que la trajectoire des taux directeurs. Le pétrole avait été le moteur de l'inflation importée qui a poussé la Banque centrale européenne à relever ses taux pour la première fois depuis 2023. Son repli rebat aujourd'hui les cartes des anticipations monétaires.
Une détente énergétique portée par le détroit d'Ormuz
La baisse des cours tient à deux ressorts conjoints. D'une part, le trafic des pétroliers à travers le détroit d'Ormuz, point de passage par lequel transite une part majeure du brut mondial, se rétablit progressivement. Les armateurs y transitent de nouveau avec des garanties de sécurité, dénouant la prime géopolitique que les traders avaient intégrée dans les prix.
D'autre part, les pourparlers entre Washington et Téhéran progressent, alimentant l'idée d'une normalisation durable des flux. L'Agence internationale de l'énergie estime que les Émirats arabes unis exportent déjà à près de 85 % de leur niveau d'avant-guerre. Goldman Sachs anticipe pour sa part un retour des exportations du Golfe à leur niveau d'avant le conflit dès la fin du mois de juillet, soit un mois plus tôt que prévu.
Les flux de brut pourraient se normaliser davantage à court terme, mais la volatilité ne devrait pas disparaître entièrement compte tenu de la situation toujours mouvante au Moyen-Orient.
Les chiffres de la décrue
L'ampleur du mouvement se lit dans les statistiques de marché. Sur un mois, le Brent a cédé près de 24,8 %, l'une de ses plus fortes contractions mensuelles récentes. Le 16 juin encore, le baril s'établissait autour de 81,55 dollars ; il en valait près de 112 un mois plus tôt, au plus fort de la crise. Le franchissement à la baisse du seuil des 74 dollars, sous le niveau qui prévalait avant le déclenchement des hostilités, marque un basculement de régime pour les opérateurs.
- 72,70 dollars : cours du Brent le 25 juin 2026
- 40 % : repli depuis le pic de la période de guerre, proche de 120 dollars
- 24,8 % : baisse sur un mois
- 85 % : taux d'exportation des Émirats par rapport à l'avant-guerre, selon l'AIE
La BCE face à un choc énergétique qui s'estompe
Le 11 juin, la Banque centrale européenne avait relevé ses trois taux directeurs de 25 points de base, une décision effective le 17 juin. Le taux de la facilité de dépôt est ainsi passé à 2,25 %, celui des opérations principales de refinancement à 2,40 % et celui de la facilité de prêt marginal à 2,65 %. Cette remontée, la première depuis 2023, répondait à un choc énergétique que sa présidente Christine Lagarde décrivait non comme une simple assurance, mais comme une réponse à un renchérissement de l'énergie installé depuis le mois de mars et qui se diffusait à l'ensemble de l'économie.
Les projections de juin des services de l'Eurosystème tablaient sur une inflation moyenne de 3,0 % en 2026, puis de 2,3 % en 2027 et de 2,0 % en 2028. L'inflation sous-jacente, hors énergie et alimentation, était attendue à 2,5 % en 2026 et 2027. Ces prévisions reposaient sur un baril de Brent voisin de 112 dollars en moyenne au deuxième trimestre, hypothèse que la réalité du marché vient désormais largement contredire à la baisse.
Des anticipations de hausse révisées
Le reflux du pétrole modifie la lecture que font les marchés de la suite du cycle. La prochaine réunion de politique monétaire est fixée au 24 juillet, et le scénario d'un statu quo s'impose désormais comme le plus probable. Les opérateurs n'attribuaient qu'environ 36 % de probabilité à une hausse en juillet, et près de 70 % à un relèvement en septembre. La désinflation énergétique en cours pèse directement sur ces estimations : un baril revenu à son niveau d'avant-guerre réduit mécaniquement la pression sur les prix à la consommation que la BCE cherchait à contenir.
Christine Lagarde a par ailleurs adopté un ton plus mesuré sur le risque d'effets de second tour, estimant qu'aucun élément ne témoignait à ce stade d'un désancrage des anticipations d'inflation. Cette prudence, conjuguée à la baisse des cours, nourrit l'idée d'une institution prête à observer avant d'agir de nouveau.
Ce que cela change pour les épargnants
Un cycle de hausse moins prononcé qu'anticipé influe sur plusieurs compartiments de l'épargne. Les rendements des produits de taux, livrets et fonds en euros profitent d'un environnement de taux plus élevé qu'en 2025, mais un arrêt précoce du resserrement limite leur progression future. Pour le marché obligataire, la perspective d'une BCE moins offensive soutient la valorisation des titres déjà émis.
Du côté des emprunteurs immobiliers, une pause monétaire éloigne le risque d'un nouveau renchérissement du crédit. Reste que la trajectoire demeure suspendue à l'évolution du Moyen-Orient : un regain de tension sur le détroit d'Ormuz suffirait à inverser la donne et à raviver les craintes inflationnistes.
Ce qu'il faut surveiller
- La réunion de la BCE du 24 juillet et le ton employé par Christine Lagarde sur la suite du cycle
- L'évolution du trafic de pétroliers dans le détroit d'Ormuz et l'avancée des négociations entre Washington et Téhéran
- Le retour effectif des exportations du Golfe à leur niveau d'avant-guerre, attendu d'ici fin juillet selon Goldman Sachs
- Les prochaines publications d'inflation de la zone euro, qui valideront ou non la détente des prix
La normalisation du marché pétrolier offre à la zone euro un répit que peu d'observateurs anticipaient au printemps. Elle ne referme pas pour autant le dossier monétaire : la BCE conserve une approche au cas par cas, réunion après réunion, et la moindre rechute géopolitique remettrait la question des taux au centre du jeu.