Brexit : une majorité de Britanniques déçus dix ans après, selon un sondage ECFR
Dix ans après le référendum, un sondage YouGov et Mandate pour l'ECFR montre que 57 % des Britanniques jugent la sortie de l'Union européenne erronée et que 75 % souhaitent une relation plus étroite avec Bruxelles. Un basculement qui rouvre la question européenne pour les marchés.

Dix ans presque jour pour jour après le référendum du 23 juin 2016, l'opinion britannique a basculé. Un sondage réalisé par YouGov et Mandate Research pour l'European Council on Foreign Relations (ECFR), publié le 21 juin 2026, conclut qu'une majorité claire de Britanniques considèrent désormais le Brexit comme une erreur. La note de synthèse, signée par Mark Leonard, directeur de l'ECFR, porte un titre sans ambiguïté : le Brexit ne fonctionne pas.
Pour les épargnants français, ce retournement d'opinion n'est pas un simple fait politique d'outre-Manche. Il rouvre la perspective d'un rapprochement commercial entre Londres et Bruxelles, avec des répercussions possibles sur les marchés européens vers lesquels une partie de leur épargne reste exposée.
Ce que dit le sondage
Interrogés sur la décision de quitter l'Union européenne, 57 % des Britanniques estiment qu'elle était mauvaise, contre 30 % qui la jugent toujours bonne et 13 % d'indécis. La déception traverse les sujets du quotidien : 66 % des sondés considèrent que le Brexit a eu un effet négatif sur le coût de la vie et 65 % sur l'économie. Sur l'immigration, terrain historique des partisans du départ, 56 % jugent l'impact négatif et 58 % des électeurs ayant voté pour la sortie attribuent au Brexit une dégradation de la situation migratoire.
L'enquête repose sur quatre vagues en ligne menées entre le 7 et le 14 mai 2026, chacune auprès de 2 120 à 2 146 personnes représentatives de l'électorat britannique. Un volet européen, conduit dans quinze pays entre le 30 avril et le 19 mai 2026, complète le dispositif.
Un appétit net pour le rapprochement
Le basculement ne se limite pas au regret. Trois quarts des sondés (75 %) réclament une relation plus étroite avec l'Union européenne, contre seulement 8 % qui souhaitent davantage de distance. Plus frappant encore, 63 % se disent prêts à accepter le retour de la libre circulation des personnes en échange d'un meilleur accès commercial, une concession qu'une majorité d'électeurs du camp du départ (57 %) approuve désormais.
Placés devant un choix binaire entre l'Europe et les États-Unis comme partenaire prioritaire, 63 % des Britanniques privilégient l'Europe et 19 % seulement Washington. Mark Leonard y voit le signe que les vieilles catégories politiques s'effacent.
« La fracture du Brexit a pu représenter un séisme dans la vie politique britannique il y a dix ans, mais avec chaque année qui passe, elle devient moins pertinente », écrit Mark Leonard dans la note de l'ECFR.
Le coût économique en toile de fond
Ce désenchantement s'enracine dans des chiffres tangibles. L'Office for Budget Responsibility (OBR), l'organisme britannique chargé des prévisions budgétaires, estime depuis 2021 que le Brexit ampute la productivité de long terme d'environ 4 % par rapport à un maintien dans l'Union. Des travaux plus récents avancent des fourchettes supérieures : 5 à 6 % pour le National Institute of Economic and Social Research et jusqu'à 8 % selon certaines estimations bancaires.
Cet écart de croissance pèse sur la livre sterling, sur les valeurs britanniques et, par ricochet, sur la perception du risque dans la zone élargie. Pour un détenteur de contrat d'assurance vie ou de plan d'épargne en actions exposé aux marchés européens, l'évolution de la relation entre Londres et Bruxelles constitue un facteur à suivre, au même titre que les décisions de la Banque centrale européenne.
Une fenêtre côté continental
Le rapprochement ne dépend pas que de Londres. Le volet européen du sondage révèle que 66 % des électeurs interrogés dans les pays de l'Union se disent favorables, sur le principe, à un retour du Royaume-Uni. Le soutien atteint 75 % au Danemark et aux Pays-Bas, 59 % en France et en Italie. Fait notable, une part importante des électeurs de partis souverainistes du continent partage cet avis.
Un retour formel reste hautement hypothétique et n'est pas à l'ordre du jour des gouvernements. La dynamique d'opinion, elle, alimente le débat sur un nouveau cadre commercial, qu'il prenne la forme d'un accord élargi ou d'une participation au marché unique sur le modèle norvégien, option citée par 23 % des sondés britanniques.
Ce qu'il faut surveiller
Trois signaux méritent attention dans les mois à venir : la teneur des négociations sur un éventuel rapprochement commercial, les prochaines prévisions de l'OBR sur l'impact du Brexit, et la trajectoire de la livre face à l'euro. Chacun peut influencer la valorisation des actifs européens présents dans les portefeuilles diversifiés.
Pour les épargnants français, la leçon est moins géopolitique que méthodologique : un événement politique majeur chez un partenaire commercial de premier plan se transmet, avec un décalage, aux marchés et donc à la performance des supports en unités de compte. La diversification reste le meilleur amortisseur face à ces incertitudes.
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