Euro numérique : la commission ECON franchit une étape clé vers le lancement
La commission des affaires économiques du Parlement européen a adopté le 23 juin 2026 le rapport sur l'euro numérique. Le compromis prévoit une version en ligne et hors ligne, des paiements hors ligne gratuits et une limite de détention fixée par la BCE. Le vote en plénière est attendu en juillet.

La commission des affaires économiques et monétaires (ECON) du Parlement européen a adopté le 23 juin 2026 le rapport sur la proposition de règlement instaurant un euro numérique. Ce vote lève l'un des principaux obstacles politiques qui pesaient sur le dossier depuis sa présentation par la Commission européenne en juin 2023 et rapproche la monnaie numérique de banque centrale de sa phase de finalisation législative.
Le texte, porté par le rapporteur Fernando Navarrete (Parti populaire européen, Espagne), avait fait l'objet de longues négociations entre les groupes politiques sur ses points les plus sensibles. Les compromis trouvés avant le scrutin portent sur la portée du futur euro numérique, ses modalités de paiement et la répartition des frais entre commerçants et intermédiaires.
Une monnaie numérique en ligne et hors ligne
Les négociateurs se sont accordés sur un euro numérique fonctionnant à la fois en ligne et hors ligne. Cette double approche marque une évolution par rapport aux versions antérieures du rapport, dans lesquelles le rapporteur privilégiait un usage hors ligne, plus protecteur de la vie privée, sauf carence de l'offre privée.
Les paiements hors ligne resteraient, dans un premier temps, limités aux transactions locales entre particuliers ou réalisées auprès d'un terminal de paiement. Cette fonctionnalité vise à reproduire certaines caractéristiques de l'argent liquide, notamment la possibilité de régler un achat sans connexion internet et avec un niveau de confidentialité renforcé.
Lors d'un vote indicatif organisé en séance plénière en février 2026, les députés avaient largement soutenu le principe d'un euro numérique disponible dans ses deux formats, par 420 voix contre 158. Ce résultat avait conforté la position défendue par la Banque centrale européenne (BCE).
Les faits clés du compromis
- Frais pour les commerçants : les marchands ne paieraient pas davantage qu'aujourd'hui pour accepter l'euro numérique, et les paiements hors ligne seraient gratuits.
- Limite de détention : la BCE fixerait un plafond de détention par utilisateur, dans les paramètres définis par les colégislateurs européens. L'institution a indiqué que ses analyses ne décelaient pas de risque pour la stabilité financière jusqu'à un seuil de 3 000 euros par personne.
- Calendrier : une phase pilote pourrait débuter en 2027, pour une première émission potentielle envisagée à l'horizon 2029.
- Étapes suivantes : le vote en séance plénière est attendu en juillet 2026, avant l'ouverture des négociations en trilogue avec le Conseil et la Commission.
Le sujet sensible des plafonds de détention
La question de la limite de détention demeure l'un des points les plus délicats. La BCE conserverait la main pour fixer ce plafond, mais dans le cadre des paramètres arrêtés par le Parlement et le Conseil. L'objectif affiché est d'éviter une fuite massive des dépôts bancaires vers la monnaie de banque centrale, qui priverait les établissements de crédit d'une part de leurs ressources de financement.
Dans un courrier adressé à la commission ECON, la BCE a fait valoir que ses travaux ne mettaient pas en évidence de risque pour la stabilité financière en deçà de 3 000 euros par détenteur. Le secteur bancaire reste néanmoins vigilant sur le mécanisme de désintermédiation que pourrait induire un plafond trop élevé.
Perspectives d'experts
Le compromis sur les frais a été salué par certains négociateurs. Damian von Boeselager, député du groupe des Verts (Allemagne), a estimé que « les plus grands commerçants ne paieront pas plus qu'aujourd'hui, tandis que de nombreuses petites entreprises bénéficieront enfin de frais réduits ».
« Il aurait été totalement inapproprié de notre part d'aller faire la promotion d'un produit qui n'existe pas », a déclaré Piero Cipollone, membre du directoire de la BCE, ajoutant que l'institution planifiait désormais réellement le déploiement.
La BCE met en avant la souveraineté monétaire et la réduction de la dépendance européenne aux solutions de paiement internationales. Les estimations de coût pour le secteur bancaire varient toutefois fortement selon les sources, de 4 à 5,8 milliards d'euros selon la BCE, à environ 18 milliards d'euros selon une étude du cabinet PwC.
Implications pour les épargnants français
Pour les particuliers, l'euro numérique se présenterait comme un moyen de paiement complémentaire de l'argent liquide et des solutions existantes, et non comme un placement. Il ne serait pas rémunéré, à la différence d'un livret ou d'un contrat d'assurance vie, ce qui limite son intérêt patrimonial direct.
Le plafond de détention envisagé conditionnera l'usage concret du futur instrument. Un seuil de l'ordre de quelques milliers d'euros orienterait l'euro numérique vers les dépenses courantes, en préservant le rôle des dépôts bancaires et des produits d'épargne dans la constitution d'un patrimoine. La BCE a par ailleurs rappelé à plusieurs reprises que l'argent liquide conserverait son cours légal.
Ce qu'il faut surveiller
Le vote en séance plénière, attendu au début du mois de juillet 2026, déterminera la position officielle du Parlement. S'ouvriront ensuite les négociations en trilogue avec le Conseil de l'Union européenne et la Commission, au cours desquelles le plafond de détention et le partage des frais resteront des points de friction. Le règlement n'obligerait pas la BCE à émettre la monnaie, mais lèverait le cadre juridique sans lequel aucune émission n'est possible.
Les épargnants français suivront avec attention le calibrage final du plafond de détention et le calendrier de déploiement, qui prévoit une phase pilote en 2027 et une émission potentielle en 2029.