Macroéconomie

Livret A : la poussée d'inflation de mai rouvre la voie à une hausse au 1er août

L'inflation française est remontée à 2,4 % sur un an en mai, selon l'INSEE. Combinée à la hausse des taux de la BCE du 11 juin, cette accélération relance le scénario d'un Livret A revalorisé au 1er août, autour de 1,6 % à 1,8 % contre 1,5 % aujourd'hui.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Visualisation abstraite de la remontée des taux de l'épargne réglementée française, formes ascendantes en dégradé bleu et vert

L'accélération des prix change la donne pour les 58 millions de détenteurs d'un Livret A. En mai 2026, l'indice des prix à la consommation a progressé de 2,4 % sur un an, contre 2,2 % en avril, a annoncé l'INSEE le 12 juin. Cette poussée, portée par l'énergie, réveille un débat que les épargnants suivent de près : le taux du Livret A sera-t-il enfin relevé lors de sa prochaine révision, le 1er août ?

La question n'allait pas de soi il y a encore quelques semaines. Fin mai, les projections fondées sur la formule réglementaire pointaient vers une rémunération proche de 1,4 %, soit un repli par rapport aux 1,5 % en vigueur depuis le 1er février. La statistique publiée le 12 juin, conjuguée à la première remontée des taux directeurs de la Banque centrale européenne depuis 2023, inverse cette trajectoire.

Une formule qui combine inflation et taux interbancaires

Le taux du Livret A n'est pas fixé au doigt mouillé. Il résulte d'une formule réglementaire qui prend la moyenne arithmétique entre deux paramètres mesurés sur les six mois précédents : l'inflation hors tabac et l'€STR, le taux auquel les banques de la zone euro se prêtent de l'argent au jour le jour. Un plancher de 0,50 % s'applique et le résultat est arrondi au dixième de point le plus proche.

Concrètement, la rémunération se calcule ainsi : taux = moyenne entre l'inflation hors tabac moyenne sur six mois et l'€STR moyen sur six mois. Deux révisions ordinaires interviennent chaque année, à la mi-janvier pour une application au 1er février, et à la mi-juillet pour une entrée en vigueur au 1er août.

Chacun des deux ingrédients de la recette s'oriente désormais à la hausse. Côté inflation hors tabac, l'indice de mai ressort à 2,4 % sur un an, bien au-dessus des hypothèses retenues au printemps. Côté €STR, la décision de la BCE de relever son taux de dépôt de 2,00 % à 2,25 % le 11 juin tire mécaniquement vers le haut la composante monétaire de la formule.

Le scénario d'une hausse repasse en tête

Les estimations convergent vers une revalorisation. Selon les calculs diffusés par plusieurs observateurs du marché de l'épargne, l'application stricte de la formule conduirait à un taux d'environ 1,6 %, certains évoquant 1,7 % voire 1,8 % si la moyenne semestrielle d'inflation se tend davantage d'ici juin.

Olivier Sichel, directeur général de la Caisse des dépôts et consignations, qui centralise une partie de l'épargne réglementée, s'attend publiquement à une remontée. Il anticipe un taux fixé « aux alentours de 1,8 % » lors de la prochaine échéance. La Caisse des dépôts utilise les fonds du Livret A pour financer le logement social, ce qui place l'institution au cœur du dispositif.

« Le scénario d'une hausse au 1er août se crédibilise nettement avec la statistique de mai », résume l'analyse partagée par les principaux comparateurs d'épargne, qui voyaient encore récemment le taux stagner, voire reculer.

Pour un épargnant détenant le plafond de 22 950 euros, le passage de 1,5 % à 1,8 % représenterait un gain d'intérêts annuel supplémentaire d'environ 69 euros, portant la rémunération nette de 344 à 413 euros par an. L'avantage reste défiscalisé : ni impôt sur le revenu, ni prélèvements sociaux ne s'appliquent.

Le pouvoir d'achat reste rogné

Une revalorisation ne suffirait pas à effacer l'érosion provoquée par la hausse des prix. Avec une inflation à 2,4 % et un taux à 1,5 %, le rendement réel du Livret A demeure négatif : un détenteur au plafond perd autour de 200 euros de pouvoir d'achat sur un an. Même portée à 1,8 %, la rémunération resterait inférieure à l'inflation, limitant la perte sans la combler.

Cette réalité explique pourquoi les flux se réorientent. La collecte nette de l'assurance vie a battu un record en avril, tandis que le Livret A perdait du terrain. Les épargnants en quête de rendement réel positif se tournent vers des supports plus risqués, des fonds en euros dynamiques aux unités de compte, en passant par les SCPI.

La décision finale échappe à la formule

Le calcul réglementaire ne fait que produire une recommandation. La Banque de France, désormais dirigée par Emmanuel Moulin entré en fonction le 2 juin, transmet une proposition à la mi-juillet. Le ministre de l'Économie et des Finances arrête ensuite le taux définitif, avec la faculté de s'écarter de la formule s'il l'estime justifié.

Cette latitude alimente la prudence. L'économiste Philippe Crevel rappelle que le gouvernement pourrait choisir de ne pas répercuter intégralement la hausse, au motif que l'inflation actuelle découle largement d'un choc énergétique jugé temporaire, lié aux tensions au Moyen-Orient. Geler le taux ou n'accorder qu'une revalorisation partielle préserverait le financement à bon compte du logement social et de l'économie.

L'arbitrage budgétaire pèse également. Un Livret A plus généreux renchérit le coût de la ressource pour la Caisse des dépôts et pour les banques, qui rémunèrent l'encours collecté. À l'inverse, un taux figé au moment où l'inflation grimpe exposerait l'exécutif à la critique d'épargnants déjà pénalisés.

Ce qu'il faut surveiller d'ici le 1er août

Plusieurs jalons rythmeront les prochaines semaines. La publication de l'inflation de juin, attendue début juillet, fixera la dernière donnée de la moyenne semestrielle et tranchera entre les scénarios à 1,6 % et 1,8 %. La trajectoire de l'€STR, dépendante des signaux de la BCE après sa hausse du 11 juin et d'un éventuel nouveau tour de vis en septembre, ajustera la composante monétaire.

Le Livret d'épargne populaire (LEP), réservé aux ménages modestes, suivra la même échéance. Sa rémunération, aujourd'hui à 2,50 %, correspond au plus élevé de l'inflation semestrielle ou du taux du Livret A majoré de 0,50 point. Une hausse du Livret A entraînerait une revalorisation parallèle du LEP, dont le plafond de versement atteint 10 000 euros.

La recommandation de la Banque de France, puis l'annonce du ministre à la mi-juillet, livreront le verdict. Pour l'heure, la statistique de mai a fait pencher la balance du côté d'une hausse, sans pour autant la garantir : la formule propose, le gouvernement dispose.

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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