Banques centrales

Emmanuel Moulin engage la Banque de France derrière l'euro numérique

Quelques jours après sa prise de fonctions, le nouveau gouverneur de la Banque de France Emmanuel Moulin se dit favorable à l'euro numérique, qu'il qualifie d'atout pour la souveraineté monétaire européenne. Le projet avance vers un pilote en 2027.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Visualisation abstraite d'une architecture monétaire européenne numérique, formes institutionnelles et flux de données dans des tons bleu profond et vert

Arrivé à la tête de la Banque de France le 2 juin 2026, Emmanuel Moulin a clarifié sa position sur l'un des dossiers monétaires les plus sensibles du moment. Le nouveau gouverneur se dit favorable à l'euro numérique et estime que l'institution doit en porter le projet, qu'il rattache directement à la souveraineté monétaire de la zone euro. Cette prise de position aligne la première banque centrale nationale de l'Eurosystème sur la stratégie défendue à Francfort par Christine Lagarde.

Un soutien affiché dès l'entrée en fonction

Devant les commissions des finances du Parlement, Emmanuel Moulin a indiqué être « favorable » à l'euro numérique et juger que la Banque de France « doit en porter » le projet. Il le présente comme un atout essentiel pour la souveraineté monétaire face au développement de nouvelles formes de monnaie privée. Le raisonnement place la monnaie numérique de banque centrale au rang d'infrastructure stratégique, et non de simple innovation de paiement.

Âgé de 57 ans, ancien directeur du Trésor puis secrétaire général de l'Élysée, le nouveau gouverneur succède à François Villeroy de Galhau, en poste depuis 2015. Sa nomination a été entérinée par le conseil des ministres du 27 mai 2026, après le passage devant les commissions parlementaires. Son mandat court sur six ans.

Une nomination qui n'a pas fait l'unanimité

Le parcours de validation a révélé de fortes réserves. Au Sénat, le 20 mai 2026, 52 sénateurs ont soutenu sa candidature et 58 s'y sont opposés. La règle exigeant une majorité des trois cinquièmes pour bloquer une nomination présidentielle, ce vote négatif n'a pas suffi à écarter le candidat. Plusieurs groupes ont dénoncé le profil d'un ancien proche collaborateur du chef de l'État à la tête d'une institution dont l'indépendance est statutaire.

Cette controverse politique encadre le mandat de Moulin, qui prend ses fonctions dans un contexte d'inflation persistante et de finances publiques tendues. Le dossier de l'euro numérique lui offre l'occasion d'inscrire son action dans une priorité européenne plutôt que strictement nationale.

Où en est le projet d'euro numérique

L'euro numérique a franchi plusieurs étapes institutionnelles. Le Conseil de l'Union européenne a arrêté sa position commune en décembre 2025. Le Parlement européen a apporté un large soutien aux travaux préparatoires de la Banque centrale européenne lors d'un vote le 13 février 2026, avant de se prononcer au printemps sur le mandat de négociation du règlement. Ce mandat conditionne l'ouverture du trilogue entre Parlement, Conseil et Commission.

Le calendrier technique de l'Eurosystème prévoit une phase pilote au second semestre 2027, sur douze mois, avant une éventuelle émission auprès du grand public à l'horizon 2029. Le Conseil des gouverneurs de la BCE a par ailleurs fixé, le 24 mars 2026, un plafond de détention de 3 000 euros par personne pour cette phase pilote, afin de limiter le risque de fuite des dépôts bancaires.

« La numérisation croissante des paiements, si elle est laissée exclusivement aux acteurs privés et non européens, risque de créer de nouvelles formes d'exclusion », a souligné le Parlement européen en qualifiant ces travaux d'essentiels pour la souveraineté monétaire.

Un enjeu de souveraineté face aux stablecoins

L'argument de la souveraineté domine le débat. Christine Lagarde défend l'euro numérique comme une réponse au poids des géants américains du paiement et à l'essor des stablecoins, ces jetons numériques adossés à une devise. La présidente de la BCE juge le marché des stablecoins, estimé autour de 310 milliards de dollars et constitué à près de 98 % d'actifs adossés au dollar, porteur de risques pour la stabilité financière. Elle parle d'un risque de « dollarisation numérique » des paiements européens.

Toutes les voix de la Banque de France ne convergent pas sur la méthode. Le sous-gouverneur Denis Beau plaide pour une mobilisation parallèle des acteurs privés européens, afin de développer une monnaie tokenisée privée libellée en euros qui viendrait compléter la monnaie de banque centrale. Cette nuance illustre un débat encore ouvert entre solution publique unique et écosystème mixte.

Ce qu'il faut surveiller

Pour les épargnants, l'euro numérique resterait, à ce stade, un moyen de paiement et non un placement rémunéré. Le plafond de 3 000 euros et l'absence de rémunération visent précisément à éviter qu'il ne concurrence les dépôts et les produits d'épargne réglementée. Les prochains jalons à suivre sont l'issue du trilogue européen, la finalisation du cadre légal attendue courant 2026 et le lancement du pilote en 2027.

Le soutien d'Emmanuel Moulin renforce le poids de la France dans ces négociations. Reste à mesurer comment le nouveau gouverneur conciliera cette ligne européenne avec les critiques sur son indépendance formulées lors de sa nomination.

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.