L'or atteint 4 796 dollars l'once, un nouveau sommet porté par la fuite vers les valeurs refuges
Le cours de l'or a franchi un nouveau record à 4 796 dollars l'once le 2 avril 2026, porté par l'affaiblissement du dollar, les achats massifs des banques centrales et la demande croissante des investisseurs pour les actifs refuges.

Le métal jaune poursuit son ascension historique. Le 2 avril 2026, le cours de l'or au comptant a atteint 4 796,42 dollars l'once, inscrivant un nouveau record absolu en séance, avec un pic intraday à 4 825,90 dollars. Cette progression de 3,15 % sur la journée marque la quatrième séance consécutive de hausse et confirme un retournement spectaculaire après la correction de plus de 20 % enregistrée entre fin janvier et mi mars.
Un rebond structurel après une correction brutale
En janvier 2026, l'or avait culminé à 5 589 dollars l'once avant de subir un décrochage violent, retombant dans une zone comprise entre 4 370 et 4 400 dollars en mars. Les prises de bénéfices massives, combinées à un regain temporaire d'appétit pour le risque, avaient entraîné près de 9 milliards de dollars de sorties nettes des ETF adossés à l'or en trois semaines, dont un retrait record de 3 milliards de dollars en une seule séance sur le SPDR Gold Shares (GLD).
La reprise actuelle s'inscrit dans un contexte radicalement différent. L'affaiblissement du dollar américain et la détente des rendements obligataires créent un double effet de levier favorable au métal précieux. Les marchés intègrent désormais une probabilité accrue de trois baisses de taux de la Réserve fédérale en 2026, contre deux seulement une semaine auparavant.
Les banques centrales, pilier structurel de la demande
La dynamique d'achat des banques centrales constitue le socle le plus solide du marché aurifère. En 2025, les institutions monétaires ont acquis 1 237 tonnes d'or, troisième année consécutive au dessus du seuil de 1 000 tonnes. Pour 2026, le World Gold Council anticipe des achats compris entre 750 et 850 tonnes, un niveau qualifié de « toujours historiquement exceptionnel ».
La Chine reste le premier acheteur mondial, avec environ 290 tonnes acquises en 2025, portant ses réserves totales à quelque 2 680 tonnes. La Banque populaire de Chine a prolongé ses achats pour un quinzième mois consécutif en janvier 2026, l'or représentant désormais 8 % de ses réserves de change, contre 5,5 % deux ans plus tôt.
L'Inde suit avec 82 tonnes, la Turquie avec 74 tonnes et la Pologne avec 69 tonnes. Varsovie vise une allocation de 20 % de ses réserves en or (contre 16,7 % actuellement), tandis que le Brésil a accumulé 31 tonnes en deux mois après une pause de deux ans. Au total, les réserves mondiales des banques centrales approchent les 36 700 tonnes.
« La tendance à long terme de diversification des réserves officielles et des investisseurs a encore de la marge devant elle. »
Natasha Kaneva, responsable de la stratégie matières premières mondiales, J.P. Morgan
Les ETF or retrouvent le chemin de la collecte
Après les sorties massives de mars, les flux vers les fonds négociés en bourse adossés à l'or montrent des signes de stabilisation. En février 2026, les ETF or mondiaux avaient enregistré 5,3 milliards de dollars d'entrées nettes, portant les encours totaux à un record de 701 milliards de dollars et les avoirs physiques à 4 171 tonnes.
L'Amérique du Nord a concentré l'essentiel des flux avec 4,7 milliards de dollars, suivie par l'Asie avec 2,3 milliards. L'Europe a en revanche enregistré 1,8 milliard de sorties, tirées principalement par le Royaume Uni (1,9 milliard). Le volume d'échanges quotidien moyen sur le marché mondial de l'or a atteint 478 milliards de dollars par jour en février, un niveau exceptionnel.
Un potentiel de réallocation considérable
L'or ne représente que 2,8 % des actifs sous gestion mondiaux (actions, obligations, alternatifs). Selon les analystes de State Street Global Advisors, un passage à 4 ou 5 % dans les années à venir pourrait générer des flux massifs. Une réallocation de seulement 1 % des marchés actions et obligataires vers l'or équivaudrait à 2 500 milliards de dollars, soit une augmentation de 18 % de l'encours total d'or en circulation.
Par ailleurs, 7 500 milliards de dollars stationnent actuellement dans les fonds monétaires américains, un niveau record. Si les taux d'intérêt baissent, une partie de ces capitaux pourrait se rediriger vers le métal précieux.
Les prévisions des grandes banques convergent vers 5 000 dollars
Les institutions financières majeures affichent un consensus haussier remarquable sur l'or. J.P. Morgan anticipe un cours moyen de 5 055 dollars au quatrième trimestre 2026, avec un objectif à 5 400 dollars fin 2027. Goldman Sachs vise 5 400 dollars en fin d'année, tandis que Wells Fargo projette une fourchette de 6 100 à 6 300 dollars.
State Street Global Advisors attribue une probabilité de 30 % à un scénario haussier entre 4 500 et 5 000 dollars, et de 50 % à un scénario de base entre 4 000 et 4 500 dollars. Le scénario le plus favorable, baptisé « doom loop » (cercle vicieux), prévoit une hausse de 15 à 30 % en cas de ralentissement mondial synchronisé et d'escalade géopolitique.
« Environ 350 tonnes ou plus de demande nette trimestrielle sont nécessaires pour que les prix de l'or continuent à progresser. »
Gregory Shearer, responsable de la stratégie métaux précieux, J.P. Morgan
Ce que cela signifie pour les épargnants français
En France, l'or d'investissement (lingots de plus d'un gramme d'une pureté supérieure à 995/1000 et pièces d'une pureté supérieure à 900/1000) bénéficie d'une exonération de TVA à l'achat. La revente est soumise à deux régimes au choix : la taxe forfaitaire de 11,5 % sur le montant total, ou le régime des plus values à 37,6 % (depuis 2026, avec la hausse de la CSG de 1,4 point) uniquement sur le gain réalisé, avec un abattement de 5 % par an à partir de la troisième année de détention. L'exonération totale intervient après 22 ans.
Le cours de l'or en euros s'établit autour de 4 400 euros l'once, un niveau qui traduit à la fois la hausse du métal et l'affaiblissement relatif du dollar face à la monnaie unique. Un lingot d'un kilogramme se négocie aux alentours de 126 000 euros, tandis qu'un Napoléon 20 Francs cote environ 733 euros.
Les analystes recommandent une allocation comprise entre 5 et 10 % du patrimoine financier en or, comme composante de diversification et de protection contre l'inflation. L'argent métal constitue une alternative plus accessible, avec un cours au comptant de 75 dollars l'once.
Facteurs de risque et points de vigilance
Plusieurs éléments pourraient freiner la progression du métal jaune. Un apaisement durable des tensions au Moyen Orient réduirait la prime de risque géopolitique intégrée dans les cours. Un dollar plus ferme, porté par un resserrement monétaire inattendu, pèserait sur les cours libellés en billet vert. Enfin, un scénario de « reflation » avec une croissance économique plus vigoureuse et un retour de l'appétit pour le risque pourrait entraîner une correction de 5 à 20 %, selon les estimations de State Street.
Le niveau technique de support immédiat se situe à 4 700 dollars, tandis que la résistance suivante est identifiée à 4 900 dollars. La volatilité reste élevée, comme en témoigne la correction de 20 % subie entre janvier et mars, un rappel que même les actifs refuges ne sont pas à l'abri de mouvements brusques.
Ce qu'il faut surveiller dans les semaines à venir
- Les prochaines décisions de la Fed sur les taux directeurs et les projections économiques actualisées (dot plot)
- L'évolution du conflit en Iran et ses répercussions sur les marchés de l'énergie
- Les données de collecte des ETF or pour mars et avril, qui confirmeront ou infirmeront le retour des investisseurs
- Le rapport trimestriel du World Gold Council sur la demande des banques centrales au premier trimestre 2026
- La visite de Trump en Chine (reportée à mai), dont les résultats pourraient influencer l'appétit pour le risque