L'Arcom enquête sur Mym : contrôle de l'âge et transparence dans le viseur
L'Arcom soupçonne la plateforme française Mym d'enfreindre le règlement européen sur les services numériques, sur le contrôle de l'âge et la transparence. Mym a quinze jours pour répondre, sous peine de sanction pouvant atteindre 6 % de son chiffre d'affaires mondial.
L'Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (Arcom) a ouvert une enquête visant Mym, la plateforme française de contenus exclusifs payants, annonce le régulateur le vendredi 16 octobre 2026. Elle soupçonne la société d'enfreindre le règlement européen sur les services numériques (RSN, ou DSA en anglais) sur deux points : la protection des mineurs, en particulier le contrôle de l'âge, et la transparence de son service.
Une demande d'informations assortie d'un délai de quinze jours
L'Arcom a adressé le 14 octobre 2026 une demande d'informations à Mym, en vertu de ses pouvoirs d'enquête. La plateforme dispose de quinze jours pour y répondre, sous peine de sanction. Le délai court donc jusqu'à la fin du mois d'octobre.
Le régulateur précise que cette démarche fait suite à une « première analyse de la conformité de Mym à ses obligations ». Le stade actuel reste celui de la vérification : l'Arcom cherche à « déterminer si ses griefs sont fondés ». Aucune infraction n'est donc constatée à ce jour, et Mym n'a pas communiqué publiquement sur la procédure à l'heure de la publication.
Les deux griefs retenus par le régulateur
Le premier volet porte sur la protection des mineurs, et notamment sur « les modalités et l'activation du contrôle de l'âge ». L'article 28 du RSN impose aux plateformes accessibles aux mineurs des mesures appropriées et proportionnées pour garantir un niveau élevé de vie privée, de sûreté et de sécurité de ces utilisateurs.
Le second volet concerne la transparence du service : l'Arcom évoque des conditions générales d'utilisation incomplètes et des informations insuffisantes sur le fonctionnement des systèmes de recommandation. Le règlement exige que les conditions générales décrivent en langage clair les règles de modération (article 14) et que les plateformes exposent les principaux paramètres de leurs algorithmes de recommandation, ainsi que les options offertes aux utilisateurs pour les modifier (article 27).
Pourquoi l'Arcom est compétente
Le RSN répartit la surveillance entre la Commission européenne, chargée des très grandes plateformes, et les autorités nationales, chargées des acteurs établis sur leur territoire. Depuis la loi Sren de mai 2024 (sécuriser et réguler l'espace numérique), c'est l'Arcom qui veille au respect de ces obligations par les plateformes établies en France. Mym, fondée en 2019 par Gaspard Hafner et Pierre Garonnaire, entre dans ce périmètre.
Le modèle de Mym repose sur l'abonnement et l'achat à l'unité de contenus publiés par des créateurs, le plus souvent à caractère érotique ou sexuel, selon la description qu'en donne l'Arcom. La plateforme revendiquait en octobre 2022 plus de 9 millions d'utilisateurs et 350 000 créateurs, puis annonçait un chiffre d'affaires de 100 millions d'euros pour l'exercice 2022.
Ce que la société risque en cas de manquement
Le règlement fixe des plafonds que chaque État membre doit respecter. Une infraction à une obligation de fond peut coûter jusqu'à 6 % du chiffre d'affaires annuel mondial de l'exercice précédent. La fourniture d'informations inexactes, incomplètes ou trompeuses, ou l'absence de réponse à une demande, est plafonnée à 1 % du chiffre d'affaires. Les astreintes peuvent atteindre 5 % du chiffre d'affaires quotidien moyen mondial.
À titre d'ordre de grandeur, et sur la base du seul chiffre public disponible, un plafond de 6 % appliqué à 100 millions d'euros de chiffre d'affaires représenterait environ 6 millions d'euros. Le montant réel dépendrait du dernier exercice clos, de la gravité et de la durée des manquements éventuellement retenus.
Un secteur sous pression législative
L'enquête intervient alors que le Parlement s'intéresse de près aux plateformes de contenus pour adultes. En février 2026, le Sénat a adopté une proposition de loi de la sénatrice Marie Mercier (Les Républicains) créant un délit d'« exploitation sexuelle en ligne ». Le texte vise les agents et intermédiaires qui gèrent les comptes de créatrices sur des services comme OnlyFans ou Mym, avec des peines allant jusqu'à sept ans d'emprisonnement et 150 000 euros d'amende.
L'Arcom inscrit sa démarche dans une ligne plus large. L'Autorité « entend continuer son action visant à obtenir des plateformes en ligne une meilleure transparence de leur fonctionnement et une réelle protection de leurs utilisateurs, notamment des enfants », indique son communiqué.
Les prochaines étapes
- Fin octobre 2026 : expiration du délai de réponse de quinze jours accordé à Mym.
- Analyse des réponses par l'Arcom, qui décidera de classer le dossier ou d'engager une procédure de sanction.
- Pour les créateurs qui tirent un revenu de la plateforme, l'issue de l'enquête pourrait se traduire par des contrôles d'âge renforcés et des changements dans la présentation des contenus, avec un effet possible sur l'audience.
Sources
- Arcom, « L'Arcom ouvre une enquête sur la plateforme française Mym », communiqué de presse, 16 octobre 2026. arcom.fr
- Arcom, « Arcom launches an investigation into the French platform Mym », 16 octobre 2026. arcom.fr
- Reuters, « France opens probe into creator platform Mym over suspected rule breaches », 16 octobre 2026. reuters.com
- Règlement (UE) 2022/2065 du 19 octobre 2022 relatif à un marché unique des services numériques, articles 14, 27, 28 et 52. Journal officiel de l’Union européenne
- Loi n° 2024-449 du 21 mai 2024 visant à sécuriser et à réguler l'espace numérique. legifrance.gouv.fr
- Euronews, « Why France wants to penalise online sexual exploitation on OnlyFans and Mym », 11 février 2026. euronews.com
- Le Journal des entreprises, « DJ Snake entre au capital de la plateforme Mym », 5 octobre 2022. lejournaldesentreprises.com
- Le Journal des entreprises, « La plateforme Mym prépare une levée de fonds d'envergure », 30 janvier 2023. lejournaldesentreprises.com