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La justice kényane annule la prise de contrôle de Safaricom par Vodacom

La Haute Cour du Kenya a jugé inconstitutionnelle la cession de 15 % de Safaricom à Vodacom et ordonné le retour de ces titres à l'État. Nairobi pourrait devoir rembourser près de 1,9 milliard de dollars. Vodacom annonce un appel et une demande de sursis.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Illustration abstraite d'un réseau télécoms africain traversé par une ligne de fracture évoquant une décision de justice, dégradé bleu et vert

La Haute Cour du Kenya a déclaré inconstitutionnelle, le 15 septembre 2026 à Nairobi, la vente par l'État kényan de 15 % du capital de Safaricom à l'opérateur Vodacom. Les juges ont ordonné le retour de cette participation à l'État, onze semaines après la clôture d'une opération de 2,1 milliards de dollars qui avait donné au groupe d'Afrique du Sud le contrôle majoritaire du premier opérateur télécoms d'Afrique de l'Est.

Vodacom a réagi le jour même, par un communiqué réglementaire diffusé sur le service SENS de la Bourse de Johannesburg à 16h55 heure locale. Le groupe indique qu'il va examiner le jugement et ses conséquences, et qu'il engage sans attendre deux démarches : un appel devant la Cour d'appel et une demande de sursis à exécution jusqu'à ce que cet appel soit tranché.

« Vodacom va examiner le jugement et ses implications. À titre de mesures provisoires, un appel contre la décision sera déposé devant la Cour d'appel, ainsi qu'une demande de sursis jusqu'à ce que l'appel soit entendu. »

Communiqué SENS de Vodacom Group Limited, Midrand, 15 septembre 2026

Ce que la Haute Cour reproche à la cession

Le jugement émane d'une formation de trois juges, Francis Gikonyo, Roselyne Aburili et Tabitha Ouya. Selon Bloomberg, la cour retient que la vente a enfreint la législation kényane sur la gestion des finances publiques et qu'elle n'a pas pleinement respecté l'exigence de participation du public. Cette même formation avait déjà gelé l'opération en mai 2026 par une ordonnance conservatoire, estimant que la requête soulevait des questions constitutionnelles sérieuses touchant à la sécurité nationale, à la souveraineté des données et au bon usage des ressources publiques.

La décision vise les 15 % cédés par le Trésor kényan. Bloomberg rapporte que l'État pourrait devoir restituer environ 1,9 milliard de dollars déjà encaissés. Le produit total perçu par Nairobi atteignait 244,5 milliards de shillings kényans, dont 204,3 milliards au titre des actions cédées et 40,2 milliards versés d'avance en contrepartie de dividendes futurs.

Retour sur une acquisition bouclée fin juin

Vodacom avait annoncé l'opération les 4 et 5 décembre 2025. Le montage portait sur une participation effective de 20 % dans Safaricom, en deux volets : 15 % rachetés au gouvernement kényan pour 1,6 milliard de dollars, et 5 % acquis auprès de Vodafone International Holdings B.V. pour 0,5 milliard de dollars, par l'intermédiaire de la filiale Vodafone Kenya Limited. Le prix ressortait à 34 shillings par action Safaricom, soit 2,1 milliards de dollars au total, ou 36 milliards de rands.

Un troisième élément complétait l'ensemble. Vodafone Kenya a acquis le droit de percevoir 55,7 milliards de shillings de dividendes futurs qui seraient revenus à l'État kényan sur ses actions restantes, moyennant un paiement immédiat de 40,2 milliards de shillings.

La Cour d'appel de Nairobi avait levé l'ordonnance conservatoire le 26 juin 2026, à la demande de l'Attorney General. Vodafone Kenya a alors acquis les 15 % détenus par l'État le 30 juin, par une transaction de bloc sur la Bourse de Nairobi. La participation de Vodacom est passée de 35 % à 55 % ce même jour, et le groupe consolide depuis lors Safaricom dans ses comptes. Le capital se répartissait ensuite entre Vodacom pour 55 %, l'État kényan pour 20 % et les investisseurs de la place de Nairobi pour 25 %.

Un actif devenu central dans la trajectoire du groupe

Safaricom pèse lourd dans l'équation. Première capitalisation boursière du Kenya, l'opérateur revendiquait plus de 62 millions de clients et 65 % de parts de marché au moment de l'annonce, avec une marge d'EBITDA de 57,3 % sur le semestre clos le 30 septembre 2025 et une rentabilité des capitaux employés supérieure à 50 %. Sa plateforme de paiement mobile M-Pesa traite plus de 100 millions de transactions par jour.

Vodacom avait tiré les conséquences financières de cette prise de contrôle dès son point d'activité trimestriel du 27 juillet 2026. Le groupe y a relevé ses objectifs de croissance à moyen terme pour l'EBITDA et pour le flux de trésorerie disponible opérationnel. Il a dans le même mouvement révisé sa politique de distribution, portée à au moins 65 % du résultat headline, en indiquant viser une progression du dividende par action pour l'exercice 2027.

Quel enjeu pour les épargnants européens

Vodacom est détenu à environ 65,1 % par Vodafone, chiffre que le groupe mentionne dans le document d'acquisition déposé en décembre 2025. L'opérateur britannique figure dans de nombreux portefeuilles et fonds indiciels européens, ce qui expose indirectement une partie des épargnants français à l'issue de ce contentieux kényan. L'acquisition a par ailleurs été financée par de nouvelles lignes de crédit à terme, dont des facilités consenties par Vodafone.

La réaction boursière est restée contenue mardi. Le certificat américain de Vodacom cotait 9,67 dollars à 14h25 GMT, en repli de 0,82 % sur la clôture précédente de 9,75 dollars, sur des volumes très faibles qui limitent la portée du signal. L'action Vodafone gagnait pour sa part 0,23 % à Londres, à 130,65 pence.

Ce qu'il faut surveiller

Quatre échéances vont compter dans les prochaines semaines.

  • La réponse de la Cour d'appel de Nairobi à la demande de sursis, qui déterminera si le jugement produit ses effets pendant l'examen de l'appel.
  • Le traitement comptable de Safaricom dans les états financiers de Vodacom, le groupe consolidant l'opérateur kényan depuis le 30 juin 2026.
  • Les finances publiques kényanes, un remboursement de l'ordre de 1,9 milliard de dollars pesant sur un budget déjà tendu.
  • La situation des actionnaires minoritaires de Safaricom, l'opération ayant été conditionnée à une confirmation de l'autorité des marchés kényane dispensant Vodacom de déposer une offre sur le flottant.

Le calendrier judiciaire kényan a déjà montré sa capacité à se retourner en quelques jours. Entre l'ordonnance conservatoire de mai et la levée de cette ordonnance le 26 juin, puis la clôture de l'opération le 30 juin, il s'est écoulé moins de six semaines. La procédure d'appel annoncée par Vodacom ouvre une nouvelle séquence dont l'issue conditionne la structure du capital de la première entreprise kényane.

Sources

Tags :

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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