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Volkswagen Osnabrück : Rafael, Aurelius et la Basse-Saxe signent pour un site de défense

Le Land de Basse-Saxe, l'israélien Rafael et l'investisseur Aurelius Capital ont signé lundi une déclaration d'intention pour convertir l'usine Volkswagen d'Osnabrück en site de défense. Le site emploie 1 800 personnes et la production automobile s'arrête en 2027.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Visualisation abstraite d'une halle industrielle automobile se muant en structure de protection, symbole de la reconversion du site d'Osnabrück vers la défense

Le Land de Basse-Saxe, le groupe israélien Rafael Advanced Defense Systems et l'investisseur Aurelius Capital ont signé lundi 7 septembre 2026 une déclaration d'intention commune visant à transformer le site Volkswagen d'Osnabrück en centre de compétences pour les technologies de sécurité et de défense. L'annonce émane de la chancellerie d'État de Basse-Saxe.

Le document ne vaut pas encore cession. Il formalise l'intention des trois parties d'établir un partenariat stratégique et ouvre une phase de négociations détaillées, d'évaluation des exigences réglementaires et de validations internes chez chacun des signataires. Volkswagen AG soutient la démarche sans compter parmi les signataires.

Pour un épargnant français, l'opération donne un visage concret à la reconversion de capacités automobiles européennes vers l'armement, dans un secteur où la Bourse accorde aujourd'hui des multiples cinq fois supérieurs à ceux de l'automobile.

Le contenu de l'accord signé lundi

La coopération portera d'abord sur « le développement et la production possibles de composants pour des systèmes de défense antiaérienne », indique le communiqué du Land, qui précise que ces travaux s'appuieront sur des technologies éprouvées et internationalement reconnues. Le texte officiel ne cite aucun système par son nom. La presse allemande et israélienne rapporte que le site fabriquerait des camions lourds, des lanceurs et des générateurs destinés au système Dôme de fer, un détail que le communiqué ne confirme pas.

Chaque partie apporte une contribution distincte. Rafael fournit l'expertise technologique et l'expérience de conception des systèmes de défense avancés. Aurelius Capital met à disposition sa capacité d'investissement et son accès à un réseau international d'investisseurs. La Basse-Saxe accompagnera la transformation avec un objectif affiché de préservation de la valeur ajoutée et des emplois qualifiés dans la région.

« Avec cette déclaration d'intention, nous ouvrons une véritable perspective d'avenir pour le site Volkswagen d'Osnabrück. Cet accord reflète une conviction commune : Osnabrück dispose des fondations industrielles pour se repositionner dans un secteur d'avenir. »

Olaf Lies, ministre président de Basse-Saxe

Le chef de l'exécutif régional relie cette bascule au changement de contexte sécuritaire. « Notre situation sécuritaire a fondamentalement changé. L'Allemagne et l'Europe doivent renforcer leurs capacités dans l'industrie de la sécurité et de la défense et gagner en indépendance », a-t-il déclaré, en rappelant que le site d'Osnabrück incarne l'excellence industrielle depuis 125 ans.

Yoav Tourgeman, président et directeur général de Rafael, place la fabrication sur le sol allemand au centre de l'engagement pris lundi.

« Nous construisons aujourd'hui une relation industrielle de long terme avec nos partenaires allemands, avec l'idée que la technologie sera intégralement produite en Allemagne, pour protéger l'Allemagne et l'Europe. »

Yoav Tourgeman, président directeur général de Rafael Advanced Defense Systems

Rafael opère en Allemagne depuis plus de vingt ans, à travers ses filiales Dynamit Nobel Defence, EuroSpike et EuroTrophy GmbH. Le groupe appartient à l'État israélien.

Pourquoi Volkswagen laisse la place

Le constructeur a arrêté en décembre 2024 le principe d'une fin de la production automobile à Osnabrück. Le dernier T-Roc Cabriolet doit sortir des chaînes à l'été 2027. Volkswagen, la Basse-Saxe et Aurelius Capital se sont entendus sur les points clés d'une cession de la filiale Volkswagen Osnabrück GmbH, selon Handelsblatt et l'agence dpa : Aurelius en deviendrait l'actionnaire majoritaire et le Land le coactionnaire.

Ce montage contourne un obstacle capitalistique. Une coopération directe entre Volkswagen et Rafael s'est heurtée à l'opposition du fonds souverain qatari, troisième actionnaire du constructeur. Au 31 décembre 2025, Qatar Holding détenait 17,0 % des droits de vote de Volkswagen AG, derrière Porsche Automobil Holding SE (53,3 %) et le Land de Basse-Saxe (20,0 %), le flottant se limitant à 9,7 % pour 295 089 818 actions ordinaires. En cédant le site, le constructeur rend possible une production d'équipements militaires à Osnabrück sans y être partie prenante.

Combien d'emplois sont couverts ?

L'usine emploie environ 1 800 personnes. La solution retenue offre une perspective à près de 1 400 d'entre elles, soit environ trois quarts de l'effectif, selon le comité d'entreprise cité par dpa. Handelsblatt évoque de son côté environ 1 200 emplois sécurisés jusqu'à fin 2029.

L'écart entre ces deux chiffres délimite la zone de friction sociale. Le communiqué du Land ne fixe aucun objectif d'emploi chiffré. La présidente d'IG Metall, Christiane Benner, estime selon dpa que la solution ouvre des opportunités tout en maintenant Volkswagen comptable de l'avenir des salariés qui ne seront pas repris.

Aurelius, un investisseur allemand spécialisé dans les reprises

Aurelius Capital a été fondé à Munich et s'est spécialisé dans le rachat d'activités détachées de grands groupes, rapporte Handelsblatt. Le groupe, créé en 2006, revendique 49 sociétés en portefeuille, 14 milliards d'euros de chiffre d'affaires cumulé, environ 65 000 salariés et dix bureaux en Europe, en Amérique du Nord et en Asie, selon sa propre communication.

Le choix d'un investisseur financier pour porter un site industriel de cette taille nourrit la principale critique locale. Le quotidien Hasepost souligne qu'Osnabrück devra désormais servir le rendement d'un fonds et cite le précédent de Hüppe, à Bad Zwischenahn, où IG Metall avait reproché à Aurelius une dotation en capital insuffisante.

Rheinmetall vaut désormais plus que Volkswagen en Bourse

L'action Volkswagen préférentielle s'échangeait à 80,66 euros lundi à 11h27, en baisse de 0,79 % par rapport à la clôture de vendredi à 81,30 euros. La capitalisation du constructeur ressort à 40,4 milliards d'euros pour un ratio cours sur bénéfices de 7,7, selon les données de marché de CNBC. Au même moment, Rheinmetall cotait 1 028,00 euros, en repli de 0,58 %, pour 48,1 milliards d'euros de capitalisation et un multiple de 39,2.

Le principal fabricant d'armement allemand pèse donc plus lourd en Bourse que Volkswagen, avec un multiple de bénéfices cinq fois supérieur. Cet écart de valorisation éclaire la logique financière d'une conversion : les mêmes ateliers, les mêmes chaînes d'assemblage et la même main d'œuvre qualifiée servent un marché que les investisseurs paient bien plus cher.

Quel intérêt pour un épargnant français ?

L'opération d'Osnabrück n'ouvre aucun véhicule d'investissement direct. Aurelius Capital reste un investisseur non coté et Rafael appartient à l'État israélien. L'exposition à ce mouvement passe par les valeurs cotées du secteur et par les fonds thématiques.

Les titres allemands comme Rheinmetall ou Volkswagen restent logeables dans un plan d'épargne en actions, l'enveloppe acceptant les sociétés dont le siège se situe dans l'Union européenne ou l'Espace économique européen. Le capital investissement constitue l'autre porte d'entrée sur ce type de reconversion industrielle, avec les contraintes de liquidité et d'horizon de placement qui lui sont propres.

À surveiller dans les prochains mois

  • Le passage de la déclaration d'intention au contrat. Les signataires ont ouvert une phase de négociations détaillées et d'évaluation des exigences réglementaires. Aucun calendrier de signature définitive n'a été communiqué.
  • Le volume d'emplois réellement contractualisé. Entre les 1 400 salariés évoqués par le comité d'entreprise et les 1 200 postes garantis jusqu'à fin 2029 rapportés par Handelsblatt, l'écart porte sur 200 personnes et sur la durée de la garantie.
  • L'échéance industrielle de l'été 2027. La sortie du dernier T-Roc Cabriolet fixe la date de bascule entre l'automobile et la défense.
  • La nature exacte des productions. Le communiqué officiel s'en tient à des composants de défense antiaérienne, sans nommer de système ni chiffrer d'investissement.

Sources

Tags :

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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