La France va interdire les produits des colonies israéliennes, douze pays s'alignent
Jean-Noël Barrot annonce l'interdiction d'importer les produits des colonies israéliennes de Cisjordanie. Douze pays signent la même déclaration, dont le Royaume-Uni et le Canada. Washington menace déjà de représailles commerciales.
La France interdira l'importation des produits issus des colonies israéliennes de Cisjordanie. Le ministre des affaires étrangères Jean-Noël Barrot a rendu l'engagement public le mardi 8 septembre 2026, quelques minutes après la publication d'une déclaration conjointe signée par douze gouvernements. Paris agit en formation groupée, aux côtés de Londres et d'Ottawa, sur un dossier jusqu'ici cantonné au débat parlementaire.
La bascule tient en une phrase du texte commun : le Royaume-Uni, la France et le Canada « présenteront des mesures nationales visant à interdire le commerce de biens issus des colonies ». Ces trois pays saluent au passage l'action déjà engagée par l'Irlande, l'Espagne, les Pays-Bas, la Norvège et la Belgique.
Douze capitales, un seul texte
La déclaration conjointe publiée par le Foreign Office énumère nommément les signataires : Canada, Danemark, Espagne, Finlande, France, Irlande, Islande, Norvège, Pologne, Portugal, Suède et Royaume-Uni. Ces douze pays y confirment leur intention d'introduire des restrictions nationales, ou de soutenir des restrictions européennes, sur le commerce de biens avec des colonies illégales au regard du droit international, ou déclarent envisager activement de telles mesures selon leurs procédures internes.
Le déclencheur est nommé sans détour dans le texte : la publication d'appels d'offres pour le projet de colonisation E1, à l'est de Jérusalem, un chantier qui couperait la Cisjordanie en deux tronçons. La déclaration invoque également le niveau de violence des colons et l'expansion des implantations. Elle rappelle les principes de la déclaration de New York adoptée un an plus tôt.
Le document précise que le président français Emmanuel Macron, le premier ministre britannique Andy Burnham et le premier ministre canadien Mark Carney se sont accordés sur la nécessité d'agir. Le même texte condamne l'attaque terroriste du 7 octobre menée par le Hamas et reconnaît les intérêts de sécurité légitimes d'Israël.
Londres chiffre son dispositif devant les députés
Le chef de la diplomatie britannique Ed Miliband a détaillé le paquet devant le Parlement dans la journée. Le Royaume-Uni instaurera une interdiction d'importation des biens produits dans les colonies et mettra en place un régime de sanctions qualifié de complet. Ottawa a suivi le même calendrier.
Cette séquence coordonnée donne au dossier une portée que les mesures isolées n'avaient pas. Cinq États européens avaient déjà légiféré séparément ces derniers mois. L'ajout simultané de trois membres du G7 change l'échelle de la contrainte pesant sur les circuits d'approvisionnement concernés.
Le cadre douanier européen existe déjà depuis 2004
Le volet commercial ne part pas de zéro. La Commission européenne rappelle que les biens originaires des colonies installées dans les territoires administrés par Israël depuis juin 1967 ne bénéficient d'aucun traitement tarifaire préférentiel, ni au titre de l'accord d'association conclu avec Israël, ni au titre de l'accord intérimaire signé avec l'Organisation de libération de la Palestine.
Cette distinction repose sur un arrangement technique en vigueur depuis 2004 entre les autorités douanières européennes et israéliennes. Les preuves d'origine émises en Israël doivent identifier le lieu de production, et Bruxelles publie une liste de zones occupées identifiées par nom et code postal, actualisée pour la dernière fois en juin 2023. La direction générale de la fiscalité et de l'union douanière a introduit un code douanier dédié le 16 mai 2023. Le contrôle relève des douanes de chaque État membre.
Passer d'une exclusion tarifaire à une interdiction d'importation constitue donc un changement de nature. Les produits concernés circulaient légalement jusqu'ici, au tarif de droit commun. Ils deviendront inadmissibles à l'entrée.
Des volumes limités, un signal qui ne l'est pas
Les colonies pèsent une fraction modeste du commerce israélien. Les chiffres d'ensemble en donnent la mesure. Selon la direction générale du Trésor, les exportations israéliennes de biens ont atteint 60,5 milliards de dollars en 2024, en repli de 4,5 % sur un an après 63,4 milliards en 2023. L'Union européenne en absorbe 28,8 %, soit 17,4 milliards de dollars, devant les États américains qui en captent 28,5 % pour 17,2 milliards.
Dans l'autre sens, Israël a importé pour 91,9 milliards de dollars de biens en 2024, dont 34 % en provenance de l'Union européenne, l'Allemagne arrivant en tête avec 6,4 milliards. L'Europe reste ainsi le premier partenaire commercial israélien dans les deux directions, ce qui donne à une action coordonnée européenne un poids sans équivalent.
Sur le marché des changes, le shekel s'est légèrement affaibli face à l'euro pendant la phase d'annonces. Le taux de référence de la Banque centrale européenne est passé de 3,4612 shekels pour un euro le 28 août à 3,4991 le 7 septembre, soit une dépréciation de près de 1,1 % en une dizaine de séances.
Washington brandit la menace de représailles
La riposte américaine est venue avant même l'annonce britannique. L'ambassadeur des États-Unis en Israël, Mike Huckabee, a déclaré à la BBC que l'interdiction projetée constituerait une « discrimination à l'égard du peuple juif » et a évoqué une possible action commerciale d'États américains contre le Royaume-Uni.
Le représentant républicain de Floride Randy Fine a été plus explicite encore. Il a averti qu'une loi floridienne dont il est l'auteur permettrait d'écarter des marchés publics de l'État et de ses collectivités toute entreprise britannique contrainte de se conformer au boycott, et d'entraver son activité dès qu'une autorisation administrative locale devient nécessaire. Selon lui, toute société ou tout pays qui boycotte Israël se voit boycotté par la Floride.
Cette dimension mérite l'attention des investisseurs européens. Plusieurs États américains appliquent des législations dites anti boycott. Une entreprise cotée à Paris ou à Londres qui se conformerait à une interdiction nationale pourrait ainsi se retrouver exposée à des restrictions d'accès aux marchés publics outre Atlantique. Le risque n'est plus théorique dès lors qu'un législateur le formule publiquement.
Selon Middle East Eye, Washington avait discrètement demandé à Londres de renoncer, et Andy Burnham avait informé Donald Trump de ses intentions la veille. Du côté israélien, les ministres Itamar Ben Gvir et Bezalel Smotrich ont réclamé des sanctions contre le Royaume-Uni.
Ce que les épargnants français peuvent en retenir
L'exposition directe des portefeuilles français aux actifs israéliens reste marginale. Israël pèse une part très faible des grands indices mondiaux, et les fonds distribués en France y sont peu investis. La transmission passe ailleurs.
Le premier canal est réglementaire. Si Paris légifère, les importateurs, distributeurs et enseignes de la grande distribution devront documenter l'origine de certaines références agricoles et cosmétiques. Les coûts de conformité se logeront dans les comptes des groupes concernés, sans effet macroéconomique visible.
Le deuxième canal est diplomatique, et il est plus lourd. Trois membres du G7 prennent une mesure commerciale contre un allié de Washington, contre l'avis exprimé par l'administration américaine. La question de la suspension du volet commercial de l'accord d'association entre l'Union européenne et Israël, en vigueur depuis juin 2000, revient mécaniquement sur la table des Vingt-Sept. Une décision à cette échelle porterait sur les 17,4 milliards de dollars d'exportations israéliennes vers l'Europe, et non plus sur le seul flux des colonies.
À surveiller
- Le véhicule juridique retenu par Paris : décret, loi ou alignement sur un futur règlement européen. Une proposition de loi transpartisane sur ce sujet avait été déposée à l'Assemblée nationale en juin 2026.
- La position de la Commission européenne sur une restriction à l'échelle des Vingt-Sept, seul niveau où le levier commercial devient significatif.
- La réponse officielle de la Maison Blanche, absente à ce stade, et l'éventuelle activation des lois anti boycott par les États américains.
- Le calendrier du projet E1, dont l'avancement conditionne la suite des annonces européennes.
Sources
- Joint Foreign Ministers' Statement on the Two-State Solution, Foreign, Commonwealth and Development Office, 8 septembre 2026
- EU trade relations with Israel, Commission européenne
- Commerce extérieur d'Israël, direction générale du Trésor
- UK announces sanctions on illegal Israeli settlements, Al Jazeera, 8 septembre 2026
- US officials threaten retaliation against UK over Israeli settlements sanctions, Middle East Eye, 8 septembre 2026
- France and Canada to follow UK in announcing sanctions on Israeli settlements, Middle East Eye, 8 septembre 2026
- Cisjordanie : la France veut interdire l'importation des produits des colonies israéliennes, La Croix, 8 septembre 2026
- Taux de change de référence euro/shekel, Banque centrale européenne
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