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La France retient Safran et MBDA pour sa future roquette longue portée Thundart

Paris a choisi le tandem Safran et MBDA et leur roquette Thundart de 150 kilomètres pour succéder aux lance-roquettes unitaires de l'armée de Terre. Le programme Frappe longue portée terrestre vise une première capacité dès 2029.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Visualisation abstraite d'une trajectoire ascendante symbolisant une roquette longue portée et la puissance industrielle de la défense française

Une décision attendue pour la frappe longue portée terrestre

La France a tranché en faveur du tandem formé par Safran et MBDA pour développer sa nouvelle roquette d'artillerie longue portée. Leur système Thundart, doté d'une portée de 150 kilomètres, est retenu dans le cadre du programme Frappe longue portée terrestre (FLP-T) lancé par la Direction générale de l'armement (DGA) en 2023.

Le choix met fin à une compétition serrée entre deux consortiums entièrement français. Safran et MBDA affrontaient l'alliance entre Thales et ArianeGroup, qui proposait une solution concurrente baptisée FLP-T 150. La sélection conditionne le remplacement des lance-roquettes unitaires (LRU) de l'armée de Terre, jugés obsolescents à l'horizon 2030.

Les faits clés du programme

Le programme FLP-T répond à un besoin capacitaire identifié de longue date. La France n'aligne aujourd'hui que neuf LRU, dont la portée plafonne autour de 70 kilomètres. La roquette Thundart porte cette allonge à 150 kilomètres, soit plus du double, avec une charge militaire de 100 kilogrammes.

La loi de programmation militaire 2024-2030 prévoit l'acquisition d'au moins treize systèmes avant 2030. La cible de plus long terme évoquée par les industriels et la DGA porte sur 26 systèmes et environ 300 munitions à l'horizon 2035, un volume qui traduit l'ampleur du réarmement terrestre engagé par Paris.

  • Portée : 150 kilomètres, contre environ 70 kilomètres pour le LRU actuel
  • Lanceur : camion Scania 8x8 emportant huit roquettes, capable de rouler à 80 km/h
  • Guidage : kit AASM adapté par Safran, avec navigation inertielle, laser et infrarouge
  • Propulsion : Roxel, filiale de MBDA

Un premier tir réussi avant la sélection

Le choix de Paris intervient après une démonstration jugée probante. Safran et MBDA ont procédé au premier tir de la munition Thundart le 14 avril 2026, depuis le site de l'île du Levant (Var), avec le concours de la DGA Essais Missiles. Les deux groupes ont fait état de performances supérieures aux attentes, validant l'architecture du système et son ensemble propulsif.

Le successeur du LRU, c'est une capacité prioritaire et, soyons clairs, indispensable pour l'armée de Terre, avait souligné Catherine Vautrin, ministre des Armées.

Le consortium rival mené par ArianeGroup et Thales avait pour sa part réalisé un premier essai en vol de sa munition le 12 mai 2026, validant lui aussi son architecture et son guidage. La compétition aura donc opposé deux offres souveraines parvenues à un stade de maturité comparable en quelques semaines d'intervalle.

Souveraineté contre solutions sur étagère

Au delà du duel franco-français, Paris avait laissé ouverte l'option de systèmes étrangers disponibles immédiatement. Le HIMARS de Lockheed Martin, le Chunmoo du sud-coréen Hanwha Aerospace, le Pinaka indien et le PULS de l'israélien Elbit Systems figuraient parmi les alternatives examinées.

En privilégiant une roquette conçue et produite en France, l'État retient la carte de l'autonomie stratégique. Thundart se présente comme le seul système souverain en Europe à avoir démontré une capacité de frappe dans la profondeur supérieure à celle des LRU en service. Cette orientation s'inscrit dans la logique de réduction de la dépendance aux équipements soumis à la réglementation américaine sur les exportations.

Implications pour les industriels et leurs actionnaires

La décision conforte deux acteurs majeurs de la base industrielle de défense française. Safran, coté à la Bourse de Paris et membre du CAC 40, élargit son portefeuille au delà de la propulsion aéronautique et des équipements. MBDA, détenu conjointement par Airbus, BAE Systems et Leonardo, renforce sa position de maître d'oeuvre missilier sur le segment terrestre.

MBDA prévoit d'investir deux milliards d'euros en France entre 2026 et 2030 pour accroître ses capacités de production, dans un contexte de hausse généralisée des budgets militaires européens. Safran, de son côté, a multiplié par quatre sa production de kits AASM entre 2022 et 2025, un effort directement réutilisé pour le guidage de Thundart.

Ce qu'il faut surveiller

La sélection ouvre la phase de développement et d'industrialisation. Les industriels visent une première livraison dès 2029, pour une capacité opérationnelle attendue au plus tard en 2030, calendrier resserré par l'obsolescence programmée des LRU. Le rythme des commandes fermes et le volume effectivement notifié par la DGA détermineront la portée financière réelle du contrat.

Pour les épargnants exposés au secteur de la défense, via des actions Safran, des fonds thématiques ou des indices comme le CAC 40, ce type de décision illustre la dynamique du réarmement européen. La visibilité offerte par les programmes pluriannuels constitue un facteur de soutien aux carnets de commandes, sans préjuger des aléas budgétaires propres aux marchés publics.

Conclusion

Le choix de Thundart marque une étape structurante pour l'artillerie française et pour la souveraineté de sa frappe dans la profondeur. Il confirme la montée en puissance de Safran et de MBDA sur un segment stratégique, tout en s'inscrivant dans un cycle d'investissement de défense appelé à durer. Les prochaines notifications de la DGA préciseront l'ampleur économique de ce programme.

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.