PER 2026 : la fin de la déduction après 70 ans rebat les cartes de l'épargne retraite
La loi de finances 2026 supprime la déduction fiscale des versements faits sur un PER à partir du 70e anniversaire et porte de trois à cinq ans le report des plafonds inutilisés. Une réforme qui modifie la stratégie patrimoniale des épargnants français.

Depuis le 1er janvier 2026, un versement volontaire effectué sur un plan d'épargne retraite (PER) à partir du 70e anniversaire de son titulaire n'ouvre plus droit à la déduction fiscale du revenu imposable. Cette mesure de la loi de finances pour 2026 ferme une porte longtemps utilisée par les contribuables les plus âgés pour effacer une partie de leurs impôts tout en préparant la transmission de leur patrimoine. En contrepartie, le législateur assouplit une autre règle : le report des plafonds de déduction non consommés passe de trois à cinq ans.
Pour les épargnants français, l'enjeu est concret. Le PER reste l'enveloppe de défiscalisation la plus puissante pour les actifs à fort taux marginal d'imposition, mais la fenêtre fiscale se referme désormais nettement à un âge donné. La réforme invite à anticiper les versements plutôt qu'à les concentrer en toute fin de vie.
Ce que la loi de finances 2026 change précisément
Le texte modifie deux paramètres du régime des versements volontaires. Premièrement, tout versement réalisé après le 70e anniversaire perd son caractère déductible. Le versement reste possible : le contrat continue de fonctionner, l'argent est investi et capitalise. Mais il ne réduit plus l'assiette de l'impôt sur le revenu, ce qui supprime l'incitation fiscale principale du produit pour les souscripteurs concernés.
Deuxièmement, le délai de report des plafonds de déduction inutilisés est allongé. Jusqu'ici, un épargnant qui n'avait pas saturé son plafond annuel pouvait rattraper ce reliquat pendant trois ans. Ce délai passe à cinq ans pour les plafonds nés à compter de 2026. Selon le service public, les reliquats des années 2024 et 2025 restent toutefois soumis à l'ancienne règle des trois ans, une subtilité de transition à surveiller au moment de la déclaration.
La mesure vise l'ensemble des PER : individuel, collectif et obligatoire, ainsi que les versements des travailleurs non salariés. L'objectif affiché par le gouvernement est de recentrer l'avantage fiscal sur la période d'activité, lorsque l'épargne retraite a vocation à se constituer, et de limiter l'usage du PER comme simple outil d'optimisation successorale tardive.
Des plafonds de déduction relevés mécaniquement en 2026
Le montant déductible évolue chaque année avec le plafond annuel de la sécurité sociale (PASS), fixé à 48 060 euros pour 2026 par un arrêté du 22 décembre 2025, en hausse de 2 %. Un salarié peut déduire ses versements à hauteur de 10 % de ses revenus d'activité de l'année précédente, dans une limite de 38 448 euros, avec un plancher de 4 806 euros pour ceux dont les revenus sont faibles ou nuls.
Les indépendants disposent d'une enveloppe plus large. Le plafond combine 10 % du bénéfice imposable dans la limite de huit PASS et 15 % de la fraction du bénéfice comprise entre un et huit PASS, soit un maximum de 88 911 euros en 2026. Cette capacité de déduction élevée explique l'attrait persistant du PER auprès des professions libérales et des dirigeants soumis à une tranche marginale de 41 % ou 45 %.
Le PER conserve toute sa force pour un actif fortement imposé, mais la réforme déplace le curseur : l'avantage doit être saisi avant 70 ans, pas après.
Une fiscalité de sortie alourdie en parallèle
La réforme de la déduction ne se lit pas isolément. La même loi de finances relève les prélèvements sociaux applicables aux revenus du capital, dont les gains du PER, de 17,2 % à 18,6 % au 1er janvier 2026, sous l'effet d'une hausse de 1,4 point de la contribution sociale généralisée. Pour une sortie en capital, le prélèvement forfaitaire applicable aux plus-values atteint ainsi 31,4 %, contre 30 % auparavant, en combinant 12,8 % au titre de l'impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux.
Cette hausse concerne la part des gains, et non le capital lui-même lorsque les versements ont déjà été fiscalisés. Pour les versements faits après 70 ans, désormais non déduits à l'entrée, seule la fraction correspondant aux produits supporte cette imposition à la sortie, le capital versé n'étant pas taxé une seconde fois.
Transmission : le régime successoral du PER reste inchangé
La réforme touche la déductibilité, pas les règles de transmission au décès, qui demeurent régies par le code général des impôts pour les PER souscrits sous forme d'assurance. Lorsque le décès survient avant 70 ans, les capitaux transmis bénéficient de l'abattement de l'article 990 I, soit 152 500 euros par bénéficiaire, tous contrats confondus. Au delà de cet âge, c'est l'article 757 B qui s'applique, avec un abattement global de 30 500 euros réparti entre tous les bénéficiaires, les produits générés restant pour leur part exonérés de droits de succession.
Cette articulation explique pourquoi certains épargnants utilisaient les versements tardifs : avant 2026, ils pouvaient cumuler une déduction à l'entrée et une transmission encadrée à la sortie. La suppression de la déduction après 70 ans retire l'un des deux leviers, sans modifier le second. Pour les PER bancaires, organisés sous forme de compte titres, le capital réintègre la succession selon le droit commun, sans abattement spécifique d'assurance vie.
Quelles stratégies pour les épargnants
La conséquence pratique tient en un mot : anticiper. Un contribuable proche de 70 ans qui dispose de capacités d'épargne a intérêt à effectuer ses versements déductibles avant la date butoir, en mobilisant au besoin les plafonds reportés des années précédentes. Le passage du report à cinq ans offre justement une marge supplémentaire pour lisser les versements et maximiser l'effet de la fiscalité.
Pour les épargnants déjà au delà de 70 ans, le PER ne perd pas tout intérêt. Il conserve son cadre de gestion financière et son régime successoral propre, mais il devient un véhicule de capitalisation parmi d'autres, à comparer à l'assurance vie selon l'objectif visé. Le choix entre sortie en capital et sortie en rente, ainsi que l'arbitrage entre PER et contrat d'assurance vie, méritent un examen au cas par cas avec un conseiller.
La réforme s'inscrit dans une trajectoire budgétaire plus large, marquée par la recherche de recettes nouvelles et un durcissement progressif de la fiscalité de l'épargne. Elle ne remet pas en cause l'attractivité du PER pendant la vie active, période où la déduction reste pleine et entière, mais elle impose désormais aux épargnants de raisonner sur le calendrier de leurs versements autant que sur leur montant.
Pour approfondir, consultez nos guides sur la fiscalité du PER à l'entrée et à la sortie, sur les prélèvements sociaux à 18,6 % en 2026 et sur les stratégies avancées d'optimisation patrimoniale. Vous pouvez aussi estimer votre gain fiscal avec notre simulateur ou échanger avec un conseiller via notre page contact.
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