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Nvidia et LG bâtissent une AI factory en Corée : la robotique physique entre en scène

Jensen Huang et le président de LG, Koo Kwang-mo, ont scellé lundi à Séoul un partenariat pour construire une usine d'intelligence artificielle dédiée aux robots humanoïdes et aux centres de données. L'action Nvidia a gagné 1,73 %, portée par le pari de l'IA physique.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Visualisation abstraite de structures robotiques et de réseaux de calcul interconnectés évoquant une usine d'intelligence artificielle

Le déplacement de Jensen Huang à Séoul s'est conclu lundi 8 juin 2026 par une poignée de main aux Twin Towers de LG, à Yeouido. Le directeur général de Nvidia et le président du groupe LG, Koo Kwang-mo, y ont annoncé la construction d'une usine d'intelligence artificielle (AI factory) destinée à propulser les prochaines activités du conglomérat coréen dans la robotique, la conduite autonome, les centres de données et les services de cloud spécialisés. L'action Nvidia a clôturé en hausse de 1,73 % à 208,64 dollars, dans le sillage d'un rebond des semi-conducteurs à Wall Street.

L'accord prolonge une tournée asiatique entamée le 4 juin et marque une étape dans la stratégie de Nvidia : sortir du seul commerce de processeurs graphiques pour investir le terrain de l'IA physique, ces machines capables de percevoir et d'agir dans le monde réel. Pour les investisseurs européens, l'épisode éclaire la course mondiale à la souveraineté technologique, un thème que Bruxelles et Paris placent désormais au cœur de leur agenda.

Un partenariat qui mobilise tout le conglomérat

La singularité de l'annonce tient à son ampleur : cinq filiales majeures de LG y participent, chacune sur un segment précis. LG Electronics codéveloppera des robots de référence Nvidia sur la plateforme Isaac GR00T, en s'appuyant sur les outils Isaac, Cosmos et le modèle de fondation robotique GR00T pour ses humanoïdes et ses robots logistiques. LG Innotek fournira les modules de détection optique et les capteurs, présentés par les deux groupes comme les « yeux et les oreilles » de ces machines.

LG CNS intégrera de son côté les briques robotiques de Nvidia (Isaac, Cosmos, GR00T) à sa plateforme industrielle PhysicalWorks, dédiée aux usines et aux entrepôts. LG Energy Solution travaillera sur des solutions d'alimentation en courant continu 800 volts pour les centres de données, afin d'améliorer leur efficacité énergétique. Enfin, LG AI Research fera progresser EXAONE, l'un des principaux modèles d'IA souveraine coréens, à l'aide des puces Blackwell de Nvidia et des cadres logiciels NeMo, Nemotron et TensorRT-LLM.

Aux côtés du président Koo Kwang-mo figuraient le vice-président et directeur des opérations Kwon Bong-seok, ainsi que le directeur général de LG Electronics, Lyu Jae-cheol. Aucun montant financier n'a été communiqué, une réserve notable pour un projet de cette envergure.

La robotique humanoïde au centre du jeu

Interrogé après la réunion, Jensen Huang a décrit la robotique comme « une fusion de l'électronique, des systèmes mécaniques et de l'IA », ajoutant que la collaboration « grandit et se transforme en un partenariat spectaculaire ». Le dirigeant a insisté sur les technologies de moteurs et les systèmes mécaniques, briques indispensables pour rapprocher la robotique humanoïde de la production industrielle.

« L'infrastructure d'IA de la Corée est si réduite aujourd'hui que l'avenir de cette industrie sera nécessairement bien plus vaste. »

Jensen Huang, directeur général de Nvidia

Le volet automobile complète l'édifice. LG Electronics associera ses systèmes d'aide à la conduite et d'infodivertissement embarqué à la plateforme de conduite autonome Nvidia DRIVE Hyperion, tandis que LG Innotek fournira modules de communication, capteurs et systèmes d'éclairage optimisés pour cette même architecture.

Une pièce d'un dispositif coréen à 260 000 puces

L'accord avec LG ne se comprend qu'à l'échelle du pays. En juin 2026, Séoul et Nvidia ont scellé un déploiement de plus de 260 000 processeurs graphiques à travers la Corée du Sud. Samsung Electronics, SK Group et Hyundai Motor Group construisent chacun une usine d'IA pouvant accueillir jusqu'à 50 000 puces, NAVER en prévoit plus de 60 000, et plus de 50 000 unités supplémentaires sont destinées aux infrastructures publiques, dont le Centre national de calcul pour l'IA.

SK Hynix a parallèlement noué un partenariat pluriannuel avec Nvidia pour codévelopper des mémoires destinées à la feuille de route du fabricant américain. Cette concentration illustre une bascule : la souveraineté en matière d'IA passe d'une ambition gouvernementale à une réalité industrielle, portée par les grands conglomérats.

Pourquoi le sujet concerne l'épargnant français

Nvidia pèse désormais lourd dans les indices mondiaux et, par ricochet, dans de nombreux fonds détenus par les épargnants français, qu'il s'agisse de contrats d'assurance vie en unités de compte ou de plans d'épargne en actions exposés aux marchés américains. Chaque inflexion du dossier IA se répercute donc sur des portefeuilles bien au-delà de la Silicon Valley.

La comparaison avec l'Europe est instructive. La France a vu se multiplier les engagements en faveur de l'IA, à l'image des montants annoncés lors du sommet Choose France ou des projets de gigafactories portés par des acteurs comme Ardian. Le modèle coréen, qui adosse des champions industriels privés à un fournisseur unique de puces, offre un point de comparaison avec la voie européenne, davantage centrée sur les financements publics et les modèles ouverts tels que ceux de Mistral.

Deux lectures s'opposent sur la valorisation

Du côté optimiste, l'accord conforte la thèse selon laquelle Nvidia n'est plus un simple vendeur de puces, mais l'architecte d'un écosystème complet allant des centres de données aux robots. Cette diversification vers l'IA physique, encore embryonnaire, ouvre un marché potentiellement immense au-delà des seules cartes graphiques.

La prudence reste néanmoins de mise. L'absence de montant chiffré rappelle que ces partenariats relèvent autant de l'intention stratégique que de l'engagement ferme. Plusieurs gérants alertent depuis des mois sur le risque d'une bulle autour des valeurs d'IA, dont les multiples de valorisation supposent une croissance ininterrompue. La concentration des commandes mondiales autour d'un seul fournisseur de puces fait par ailleurs peser un risque systémique sur des indices très exposés à une poignée de méga-capitalisations technologiques.

Ce qu'il faut surveiller

Les prochains résultats trimestriels d'Oracle, attendus en milieu de semaine, fourniront un nouveau test grandeur nature de la demande en infrastructures d'IA. À plus long terme, la capacité de LG et de ses concurrents coréens à livrer des robots humanoïdes en production, et non en démonstration, départagera les promesses des réalisations. Pour l'investisseur français, la leçon tient en une phrase : l'exposition à l'IA, désormais diffuse dans l'épargne, mérite d'être mesurée et diversifiée plutôt que subie.

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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