OpenAI boucle une levée de fonds historique de 122 milliards de dollars
OpenAI a finalisé le plus grand tour de table jamais réalisé par une entreprise privée : 122 milliards de dollars, portant sa valorisation à 852 milliards. Amazon, Nvidia et SoftBank mènent l'opération.

OpenAI vient de franchir un cap sans précédent dans l'histoire du financement technologique. Le créateur de ChatGPT a bouclé, le 31 mars 2026, une levée de fonds de 122 milliards de dollars, portant sa valorisation à 852 milliards de dollars. Cette opération pulvérise tous les records précédents et positionne la société comme l'entreprise privée la plus valorisée de la planète.
Anatomie d'un tour de table sans précédent
Le financement repose sur trois piliers institutionnels majeurs. Amazon s'engage à hauteur de 50 milliards de dollars, dont 35 milliards conditionnés à une introduction en Bourse ou à l'atteinte de l'intelligence artificielle générale (AGI). Nvidia contribue pour 30 milliards, principalement sous forme de capacité de calcul sur son architecture Vera Rubin : 3 gigawatts pour l'inférence et 2 gigawatts pour l'entraînement. SoftBank complète le trio avec 30 milliards supplémentaires et co-dirige l'opération aux côtés d'Andreessen Horowitz (a16z).
Au total, plus de 25 investisseurs institutionnels participent au tour de table : Sequoia Capital, BlackRock, Blackstone, Fidelity, Temasek (Singapour), MGX (Abu Dhabi), D.E. Shaw Ventures, TPG, Thrive Capital, T. Rowe Price et ARK Invest figurent parmi les plus notables.
Ouverture aux investisseurs particuliers : une première
Innovation majeure de ce tour de table : OpenAI a ouvert son capital aux investisseurs individuels via des canaux bancaires, récoltant plus de 3 milliards de dollars auprès de particuliers. Cette démocratisation de l'accès au capital pré-IPO constitue un précédent significatif dans le financement des « licornes » technologiques. Les parts seront également intégrées dans les ETF d'ARK Invest, offrant une exposition indirecte aux investisseurs du monde entier.
Une machine à revenus en pleine accélération
Les chiffres opérationnels d'OpenAI justifient en partie cette valorisation colossale. L'entreprise revendique désormais 2 milliards de dollars de revenus mensuels, soit un chiffre d'affaires annualisé de 24 milliards de dollars. La croissance est quatre fois plus rapide que celle d'Alphabet et de Meta à des stades comparables, selon les données compilées par Deutsche Bank.
ChatGPT comptabilise plus de 900 millions d'utilisateurs actifs hebdomadaires et 50 millions d'abonnés payants. Le trafic web et mobile de la plateforme surpasse de six fois celui de son concurrent le plus proche. L'API traite plus de 15 milliards de tokens par minute, tandis que le segment entreprise représente désormais plus de 40 % du chiffre d'affaires total.
Autre signal notable : le lancement d'un programme publicitaire a généré 100 millions de dollars de revenus récurrents annualisés en seulement six semaines, ouvrant une nouvelle source de monétisation.
La stratégie de la « super application »
OpenAI a confirmé son virage vers une application unifiée regroupant ChatGPT, l'outil de codage Codex (plus de 2 millions d'utilisateurs hebdomadaires) et le navigateur Atlas. Fidji Simo, directrice des applications, pilote cette refonte avec le soutien du président Greg Brockman.
Sam Altman, directeur général, reconnaît que la multiplication des produits distincts a « dispersé les efforts et ralenti l'entreprise ». La nouvelle approche concentre les ressources sur une interface unique intégrant des capacités agentiques : des agents autonomes capables d'exécuter des tâches complexes sur l'ordinateur de l'utilisateur, du code à l'analyse de données.
Le modèle GPT 5.4, dernière itération de la gamme, alimente cette convergence produit. L'objectif affiché vise la parité entre revenus grand public et revenus entreprise d'ici fin 2026.
Un gouffre financier qui inquiète les analystes
Derrière les chiffres de croissance, les signaux d'alerte se multiplient. OpenAI prévoit de brûler 17 milliards de dollars de trésorerie en 2026, soit 89 % de plus qu'en 2025 (9 milliards). L'analyste Simon Taylor estime que le taux de consommation annuel pourrait atteindre 57 milliards de dollars d'ici 2027, rendant l'introduction en Bourse « une nécessité financière plutôt qu'un choix stratégique ».
HSBC repousse l'horizon de rentabilité à 2030. La consommation énergétique illustre cette escalade : 200 mégawatts en 2023, 1,9 gigawatt en 2025 (multiplication par 9,5), avec 30 gigawatts supplémentaires planifiés. Les coûts d'inférence auraient même dépassé le chiffre d'affaires au premier semestre 2025, selon des fuites médiatiques.
Gary Marcus, expert reconnu en intelligence artificielle, formule une mise en garde sans détour : « Peu d'investisseurs ont les poches assez profondes. Si la plupart se retirent, la valorisation pourrait baisser précipitamment, comme WeWork. »
Des questions sur la structure du financement
Plusieurs analystes pointent des zones d'ombre dans l'architecture du tour de table. L'investissement d'Amazon est adossé à un contrat d'utilisation AWS de 100 milliards de dollars sur huit ans, ce qui revient, selon certains observateurs, à un financement circulaire : Amazon investit dans OpenAI, qui reverse une large part à Amazon sous forme de services cloud. La contribution de Nvidia repose en grande partie sur de la capacité de calcul plutôt que sur du capital liquide.
PitchBook classe OpenAI comme « le plus faible des trois grands candidats à l'IPO dans le secteur de l'IA » (avec Anthropic et Databricks) en termes de fondamentaux financiers, tout en portant la valorisation la plus élevée.
Anthropic : le rival qui change la donne
La compétition avec Anthropic redistribue les cartes. Le créateur de Claude affiche un chiffre d'affaires annualisé de 19 milliards de dollars, en progression d'un facteur 14 en un an, contre un facteur 3,4 pour OpenAI. L'écart entre les deux entreprises s'est réduit à 6 milliards de dollars.
Sur le segment entreprise, le basculement est encore plus marqué. Selon le Ramp Economics Lab, la part d'Anthropic dans les dépenses combinées des entreprises américaines est passée de 10 % début 2025 à plus de 65 % en février 2026. Parmi les entreprises qui achètent des services d'IA pour la première fois, Anthropic remporte environ 70 % des confrontations directes.
Anthropic prépare sa propre introduction en Bourse, ciblant le quatrième trimestre 2026 avec une valorisation de 60 milliards de dollars. Le conseil d'administration d'OpenAI s'inquiète qu'une cotation anticipée d'Anthropic puisse absorber la demande des investisseurs particuliers avides d'exposition à l'IA.
Quelles implications pour les investisseurs français ?
Pour les épargnants français, l'accès direct au capital d'OpenAI reste complexe. Trois fonds cotés aux États Unis (VCX de Fundrise, DXYZ et RVI) offrent une exposition au capital des grandes entreprises d'IA, mais les primes par rapport à la valeur nette d'inventaire dépassent parfois 1 000 %, avec une liquidité limitée et une fiscalité défavorable (inéligibilité au PEA).
Les proxies boursiers plus classiques restent Microsoft, Amazon et SoftBank, chacun exposé à la croissance d'OpenAI via leurs investissements directs ou leurs contrats d'infrastructure. L'action Microsoft, premier investisseur historique d'OpenAI, offre l'exposition la plus directe depuis un compte titre ou un PEA via des ETF MSCI World.
La directrice financière d'OpenAI, Sarah Friar, insiste sur la volonté de « démocratiser l'accès à la technologie et au potentiel économique que crée l'intelligence artificielle ». L'ouverture aux investisseurs particuliers lors de ce tour de table préfigure ce que pourrait offrir une future IPO, prévue au quatrième trimestre 2026.
Ce qu'il faut surveiller dans les prochains mois
Plusieurs jalons détermineront la trajectoire d'OpenAI au second semestre 2026 :
- Le calendrier de l'IPO : une cotation au quatrième trimestre 2026 reste l'objectif, mais le litige juridique non résolu avec Microsoft pourrait retarder l'opération.
- La course à la rentabilité : avec un taux de combustion de trésorerie qui s'accélère, la capacité à démontrer un chemin crédible vers l'équilibre financier sera déterminante.
- La concurrence d'Anthropic : si le rival poursuit sa trajectoire actuelle, il pourrait dépasser OpenAI en revenus annualisés dès le milieu de l'année, selon les projections d'Epoch AI.
- Le lancement de la super application : la capacité à unifier ChatGPT, Codex et Atlas dans une interface cohérente testera la vision produit de l'entreprise.
- L'exécution du programme Stargate : le projet d'infrastructure, piloté en collaboration avec Oracle et SoftBank sous l'impulsion de l'administration Trump, engage des investissements de 1 400 milliards de dollars sur plusieurs années.

