Banques centrales

Inflation américaine à 3,7 % : le dollar au plus haut depuis le 18 août

L'indice des prix PCE a progressé de 3,7 % sur un an en juillet, au delà du consensus de 3,6 %. L'indice dollar a réagi en touchant 99,21, son meilleur niveau depuis le 18 août. Les contrats à terme donnent 38 % de probabilité à une hausse de taux de la Fed le 16 septembre.

Rédacteur en chef, France Épargne
8 min de lecture514 vues
Illustration abstraite d'une architecture institutionnelle américaine stylisée et de flux monétaires ascendants, en dégradé bleu profond et vert émeraude

L'indice dollar a touché 99,21 en séance mercredi 26 août, son meilleur niveau depuis le 18 août, après une inflation américaine ressortie au dessus des attentes. Le billet vert cotait encore 99,12 dans la nuit de mercredi à jeudi, effaçant l'essentiel du repli entamé le 19 août.

Une inflation à 3,7 % qui dépasse le consensus

Le Bureau of Economic Analysis (BEA) a publié mercredi 26 août les revenus et dépenses des ménages américains pour juillet. L'indice des prix des dépenses de consommation personnelle, le PCE, mesure d'inflation privilégiée par la Réserve fédérale, a progressé de 0,2 % sur un mois et de 3,7 % sur un an. Hors alimentation et énergie, la progression atteint également 0,2 % sur le mois et 3,3 % sur douze mois.

Les économistes interrogés par FactSet attendaient 3,6 % sur l'indice global, selon CBS News. Le dépassement reste modeste. Il alimente une interrogation installée depuis le printemps sur les marchés obligataires américains, celle d'un resserrement supplémentaire au lieu d'un assouplissement.

La trajectoire de 2026 explique cette nervosité. L'inflation PCE annuelle est passée de 2,9 % en janvier à 3,5 % en mars, puis à 4,1 % en mai, avant de refluer vers 3,7 % en juin et en juillet. L'inflation cœur, elle, campe autour de 3,3 % depuis le début de l'été. La cible de 2 % fixée par la Fed reste hors de portée.

Le billet vert reprend le terrain perdu

La réaction du marché des changes a été immédiate. L'indice dollar évoluait autour de 98,99 avant la publication de 12h30 UTC, soit 8h30 à New York. Il s'est hissé à 99,14 dans l'heure suivante, puis à 99,21 en milieu de journée américaine, avant de terminer la séance vers 99,12.

Ce niveau constitue un plus haut de huit jours. La dernière clôture supérieure remonte au 18 août, à 99,65. Entre les deux, l'indice était retombé jusqu'à 98,80 le 21 août.

Sur les parités majeures, l'euro reculait à 1,1659 dollar jeudi matin, contre 1,1675 la veille. Le dollar s'échangeait à 159,15 yens. Sur le marché obligataire, le rendement du Trésor américain à deux ans, le plus sensible aux anticipations de politique monétaire, est remonté vers 4,22 % contre 4,18 % la veille, tandis que le dix ans s'établissait à 4,66 %. L'once d'or gagnait 0,7 % à 4 671 dollars.

Trois gouverneurs ont déjà voté pour une hausse

Le communiqué du Comité de politique monétaire du 29 juillet éclaire la sensibilité du marché à chaque statistique de prix. La Fed y a maintenu sa fourchette de taux directeurs à 3,50 % à 3,75 %, avec trois voix contre.

Beth M. Hammack, Neel Kashkari et Lorie K. Logan ont voté contre la décision, préférant relever la fourchette cible du taux des fonds fédéraux d'un quart de point de pourcentage lors de cette réunion, selon le texte officiel. Le communiqué se conclut par une formule sans détour : « The Committee will deliver price stability », soit l'engagement du Comité à délivrer la stabilité des prix.

Le même document décrit une activité économique en expansion à un rythme solide malgré l'incertitude liée au conflit au Moyen Orient, une productivité et un investissement en capital soutenus, et une inflation élevée par rapport à l'objectif de 2 % du Comité, en partie du fait de chocs d'offre sur certains secteurs dont l'énergie.

Un pari qui reste minoritaire

La remontée des anticipations ne signifie pas que le marché table sur une hausse. Les contrats à terme sur fonds fédéraux accordaient environ 38 % de probabilité à un relèvement d'un quart de point lors de la réunion des 15 et 16 septembre, selon l'outil FedWatch du CME relayé par FXStreet. Un mois plus tôt, cette probabilité atteignait 55 %.

La statistique de juillet a redressé une courbe qui s'affaissait depuis la fin juillet. Le scénario central demeure celui d'un statu quo en septembre. Le calendrier officiel de la Fed prévoit ensuite deux réunions, les 27 et 28 octobre puis les 8 et 9 décembre.

« L'économie américaine a toujours un problème d'inflation. L'inflation PCE est ressortie plus élevée que prévu. »
Heather Long, chef économiste de Navy Federal Credit Union, citée par CBS News

La croissance ne plaide pas pour un assouplissement

Publiée le même jour, la deuxième estimation du produit intérieur brut du deuxième trimestre confirme une croissance annualisée de 1,5 %, après 2,1 % au premier trimestre. La composante que surveille la Fed a été révisée en hausse : les ventes finales réelles aux acheteurs privés domestiques, somme de la consommation et de l'investissement fixe privé, ont progressé de 4,2 % en rythme annualisé, soit 0,3 point de plus que la première estimation.

Les indices de prix trimestriels vont dans le même sens. L'indice des prix des achats intérieurs bruts a augmenté de 5,8 % au deuxième trimestre, révisé de 0,1 point à la hausse. L'indice PCE trimestriel affiche 5,3 %, révisé de 0,2 point, et sa version hors alimentation et énergie 3,6 %, également révisée de 0,2 point. Les profits des sociétés ont bondi de 400,9 milliards de dollars sur le trimestre, contre 74,4 milliards au premier.

Du côté des ménages, le revenu personnel a augmenté de 0,4 % en juillet, soit 115,1 milliards de dollars, et le revenu disponible de 0,5 %. La consommation n'a suivi que de 0,2 % en valeur, et de moins de 0,1 % en volume. Les dépenses de services ont progressé de 86,2 milliards de dollars quand celles de biens reculaient de 49,9 milliards. Le taux d'épargne s'établit à 3,0 %.

Un écart de taux qui pèse sur l'euro

Pour un épargnant de la zone euro, la comparaison des politiques monétaires détermine une large part du rendement de ses placements internationaux. La Banque centrale européenne applique depuis le 17 juin 2026 un taux de facilité de dépôt de 2,25 % et un taux de refinancement principal de 2,40 %, après un relèvement d'un quart de point.

L'écart avec la fourchette américaine de 3,50 % à 3,75 % dépasse ainsi 125 points de base sur les taux directeurs. Un tour de vis supplémentaire de la Fed en septembre creuserait cet écart et soutiendrait mécaniquement le dollar face à l'euro.

Cette mécanique joue dans les deux sens pour les portefeuilles français. Un fonds indiciel actions internationales non couvert en devise, logé dans un contrat d'assurance vie ou un plan d'épargne en actions, voit sa performance exprimée en euros augmenter quand le dollar s'apprécie. La même exposition amplifie le recul lors des phases de faiblesse du billet vert, comme celle observée entre le 18 et le 21 août.

Jackson Hole, prochaine échéance

Le symposium économique organisé par la Réserve fédérale de Kansas City se tient du 27 au 29 août à Jackson Hole, dans le Wyoming. Kevin Warsh, entré en fonction comme président du Conseil des gouverneurs le 22 mai 2026 pour un mandat de quatre ans, doit y prendre la parole vendredi 28 août, selon CBS News et FXStreet.

Les analystes d'OCBC cités par FXStreet estiment que le dollar a besoin que Warsh et d'autres responsables de la Fed repoussent les inquiétudes émergentes de dévaluation et réaffirment leur engagement à ramener l'inflation vers l'objectif de 2 % pour bénéficier d'un soutien durable.

Bret Kenwell, analyste investissement chez eToro, souligne dans CBS News que l'inflation reste trop élevée pour être confortable, et que les investisseurs surveilleront si le président de la Fed profite de cette tribune pour détailler la manière dont les responsables comptent la ramener vers leur objectif de long terme.

Les points à surveiller

  • Vendredi 28 août : intervention de Kevin Warsh à Jackson Hole, scrutée pour tout signal sur la réunion de septembre.
  • 15 et 16 septembre : réunion du Comité de politique monétaire, accompagnée d'une mise à jour des projections économiques des membres.
  • 30 septembre : publication par le BEA des revenus et dépenses d'août, prochaine lecture mensuelle de l'inflation PCE.
  • Parité euro dollar : le seuil de 1,15 dollar marque le bas de la fourchette observée en août.

Une décision suspendue à septembre

La statistique de juillet ne tranche pas le débat monétaire américain. Elle maintient la Fed dans une position inconfortable : une inflation à 3,7 %, un taux directeur réel proche de 0,3 point une fois l'inflation cœur de 3,3 % déduite, et trois gouverneurs déjà favorables à un tour de vis. Le dollar a intégré cette configuration en effaçant, en trois séances, le repli amorcé le 19 août.

Sources

Tags :

#fed#dollar#inflation#pce#taux-directeurs#reserve-federale#kevin-warsh#jackson-hole#euro-dollar#banques-centrales#marche-des-changes#politique-monetaire

À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

Approfondir avec nos guides