Banques centrales

Inflation sous-jacente en zone euro : la BCE vers une hausse des taux en juin

L'inflation de la zone euro a atteint 3,2 % en mai 2026, son plus haut niveau depuis septembre 2023, et l'inflation sous-jacente est remontée à 2,5 %. Ces chiffres confortent l'hypothèse d'une hausse des taux de la BCE le 11 juin.

Rédacteur en chef, France Épargne
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Visualisation abstraite de l'architecture institutionnelle européenne et de la pression monétaire, tons bleu profond et vert émeraude

L'inflation de la zone euro a accéléré à 3,2 % sur un an en mai 2026, selon l'estimation rapide publiée par Eurostat le 2 juin. Ce niveau, le plus élevé depuis septembre 2023, dépasse les 3,0 % d'avril et conforte les anticipations d'un resserrement monétaire de la Banque centrale européenne lors de sa réunion du 11 juin.

Au delà du chiffre global, c'est la remontée de l'inflation sous-jacente, hors énergie et alimentation, qui retient l'attention des marchés. Cet indicateur, suivi de près par la BCE pour juger des tensions de fond sur les prix, est passé de 2,2 % en avril à 2,5 % en mai. Il s'éloigne ainsi de la cible de 2 % que l'institution de Francfort s'est fixée.

Une accélération portée par l'énergie mais qui se diffuse

Le choc énergétique reste le premier moteur de la hausse des prix. Les prix de l'énergie ont bondi de 10,9 % sur un an, conséquence directe des tensions au Moyen Orient et de leur effet sur les cours du pétrole. Cette composante explique la majeure partie de l'écart entre l'inflation totale et la cible de la BCE.

La progression de l'inflation sous-jacente signale toutefois que la hausse des prix déborde désormais du seul poste énergétique. Lorsque le renchérissement de l'énergie se répercute sur les coûts de production, les transports et les services, il alimente ce que les banquiers centraux nomment les effets de second tour. C'est précisément ce risque de diffusion qui préoccupe le Conseil des gouverneurs.

Les quatre grandes économies divergent

Les données nationales de mai font apparaître des trajectoires contrastées au sein de la zone. L'Espagne affiche l'inflation la plus élevée parmi les grands pays, à 3,6 %, suivie de l'Italie à 3,3 %. La France ressort à 2,8 %, son plus haut niveau depuis février 2024, tandis que l'Allemagne reflue à 2,6 %, contre 2,9 % en avril.

Cette divergence complique la lecture de la BCE. En Italie, l'inflation sous-jacente est remontée à 1,8 %, contre 1,6 % le mois précédent. En Allemagne, elle atteint 2,5 %, en progression depuis 2,3 %. La diffusion des tensions de prix n'est donc pas uniforme, mais elle se vérifie dans les deux premières économies de la zone.

Une BCE face à un arbitrage délicat

La Banque centrale européenne maintient ses taux inchangés depuis juin 2025. Le taux de dépôt s'établit à 2,00 %, le taux de refinancement principal à 2,15 % et le taux de prêt marginal à 2,40 %. Après la pause d'avril, plusieurs membres du Conseil des gouverneurs jugent désormais une hausse en juin difficilement évitable.

Les investisseurs anticipent un relèvement de 25 points de base le 11 juin, qui porterait le taux de dépôt à 2,25 %. Une seconde hausse de même ampleur est attendue d'ici septembre. Cette inflexion marquerait un tournant pour une institution qui avait orienté sa communication vers la détente monétaire au début de l'année.

Le tableau prospectif semble appeler une recalibration de l'orientation de politique monétaire pour contrer le risque de tensions inflationnistes persistantes.

Fabio Panetta, gouverneur de la Banque d'Italie

L'arbitrage est d'autant plus complexe que la conjoncture reste atone. La croissance du produit intérieur brut (PIB) de la zone euro a stagné au premier trimestre 2026, à un rythme proche de zéro. Resserrer la politique monétaire dans un contexte de croissance quasi nulle expose la BCE au reproche de freiner une économie déjà fragile.

Des anticipations d'inflation qui se tendent

Un signal supplémentaire pousse la BCE vers l'action. L'enquête de la banque centrale auprès des consommateurs a montré une remontée des anticipations d'inflation à un an à 4 % en avril, contre 2,5 % en mars. Les anticipations à cinq ans ont également progressé, à 2,4 %.

Pour une banque centrale, le décrochage des anticipations constitue un facteur de vigilance majeur. Lorsque ménages et entreprises intègrent une inflation durablement élevée dans leurs décisions de consommation et de fixation des salaires, le retour à la cible devient plus coûteux. C'est l'un des arguments avancés par les partisans d'une hausse rapide.

Quelles conséquences pour l'épargnant français

Un resserrement de la BCE se transmet directement à l'épargne et au crédit en France. La remontée des taux directeurs tend à soutenir la rémunération des placements indexés sur les taux courts et pèse sur le coût des emprunts immobiliers. Le taux du Livret A, fixé à 1,5 % depuis le 1er février 2026, est calculé en partie sur l'inflation et les taux de marché monétaire, ce qui en fait un indicateur à surveiller pour les prochaines révisions.

Pour les détenteurs d'assurance vie en fonds en euros, une hausse des taux obligataires améliore progressivement le rendement des nouveaux investissements des assureurs, avec un effet décalé dans le temps. À l'inverse, les emprunteurs immobiliers pourraient voir les conditions de crédit se durcir si la BCE engage un cycle de hausses.

Ce qu'il faut surveiller

La décision du 11 juin et la conférence de presse de Christine Lagarde livreront les premiers éléments concrets. Les marchés guetteront en particulier le ton des projections macroéconomiques actualisées et tout signal sur le rythme des hausses ultérieures. La publication de l'estimation définitive de l'inflation de mai, attendue le 17 juin, permettra par ailleurs de confirmer ou de réviser le chiffre de 3,2 %.

La trajectoire des prix de l'énergie demeurera déterminante. Une désescalade au Moyen Orient pourrait rapidement détendre la composante énergétique et modifier l'équation de la BCE, tandis qu'une aggravation prolongerait la pression sur les prix et renforcerait le scénario d'un cycle de resserrement.

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À propos de l'auteur

Emmanuel d'Ibelin

Rédacteur en chef, France Épargne

Emmanuel d'Ibelin dirige la rédaction de France Épargne. Juriste de formation, titulaire d'un master de droit des affaires, il analyse au quotidien les annonces des banques centrales, les évolutions réglementaires et les opportunités d'investissement pour les épargnants français.

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